Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 08:14

Quand Pierre soumet Jésus une vérification d’identité

Jérémie 30, 1-2. 12-15. 18-22 ;  Matthieu 14, 22-36

Si Jérémie est le prophète qui conseillait à Israël de se soumettre au joug babylonien, le Dieu qu’il proclame n’est pas un Dieu vengeur et revanchard, mais un Dieu d’amour et de tendresse pour son peuple. Certes, il est question de châtiment, mais il faut le comprendre comme l’ultime moyen d’interrompre un mal rebelle à tout autre remède. La finalité, c’est le retour, la libération, la restauration d’Israël et l’intimité entre Dieu et son peuple, comme le signifie de manière splendide la fin du texte. « Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu ». C’est un langage d’époux, d’amoureux…

Cette fois encore, nous pouvons lire l’évangile dans la perspective ouverte par le texte du Premier Testament. Après avoir nourri la foule au désert, Jésus impose une séparation à ses disciples. Il les renvoie sur la mer de Galilée, le soir, par des vents contraires. Image de l’exil, pourrait-on dire. Aux disciples de prendre la mesure de leur propres forces et de l’effet du manque de la présence du Maître. Ils rament, au propre comme au figuré. Il vient, mais cette présence inattendue les effraie. Jésus leur parle : « Confiance ! C’est moi, n’ayez pas peur ! » Ce moment traduit, si l’on y prête attention, le fait que la connaissance de Jésus par les disciples est encore extérieure, mais pas intime. D’où la réaction de Pierre : « Si c’est bien toi, ordonne-moi de venir sur l’eau. » Pierre exige un signe. Qui plus es un signe stupide. On connait la suite…

Longtemps j’ai pensé que Pierre coulait parce que sous le coup d’une bourrasque de vent (un mauvais vent spirituel ?) il était saisi par le doute et réalisait la situation périlleuse dans laquelle il se trouvait. En réalité, le doute commence dans la barque. Et la réponse de Jésus est d’abord ironique. Bien sûr que Pierre va s’enfoncer dans l’eau s’il quitte la barque. Si Pierre n’avait pas douté, il aurait plutôt invité Jésus à monter à son tour dans la barque, plutôt que de le tenir dans un premier temps à distance, le temps d’une « vérification d’identité ». Il n’aurait pas soumis le Maître à un examen de passage…

Pris à son propre piège, Pierre sombre. Mais c’est à ce moment qu’il réalise vraiment qui est celui qu’il a voulu mettre à l’épreuve, puisqu’il lui demande non plus de montrer patte blanche, mais rien de moins que de sauver sa vie. Et Jésus manifeste alors qui il est : Yehoshoua ce qui signifie Dieu sauve. Il lui suffit d’étendre la main. Les autres disciples à leur tour prennent la mesure de celui qui est venu à eux : il est vraiment le Fils de Dieu.

Fausses solutions et mauvais vents

Ainsi, cet « exil » en mer de Galilée n’a-t-il d’autre fin que de manifester de manière plus intime, plus profonde la nature même de la présence de Dieu en son fils. D’ailleurs, si l’épisode a été précédé de la « multiplication des pains », en terre d’Israël, il est suivi d’une scène de larges guérisons en territoire païen. D’un point à l’autre, c’est la puissance de vie qui se manifeste, le salut qui s’affirme. Mais la question qui est posée aux lecteurs que nous sommes, c’est celle que Jésus adresse à Pierre : « Pourquoi as-tu douté ? »

Ne sommes-nous pas trop souvent enclins à demander, à distance, des preuves de l’amour de Dieu, au lieu de le prier de monter dans notre barque, pour qu’il manifeste au milieu de nous sa puissance de vie ? Ne nous étonnons pas, dans ces conditions, d’avoir le sentiment de nous noyer, de trouver le monde invivable, difficile, dur… Ayons alors au moins l’humilité de Pierre qui implore le salut, plutôt que de chercher des fausses solutions, que d’être sensibles aux mauvais vents et de demander à Dieu « ses papiers »…

D.E.

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article
2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 08:45

Les mensonges des prophètes de bonheur

Jérémie 28, 1-17 ; Matthieu 14, 13-21

La scène que nous lisons dans le livre de Jérémie se situe au moment du règne de Sédécias. La puissance perse a déjà conquis Jérusalem et déporté à Babylone l’élite du peuple (cf. le deuxième livre des Roi, aux chapitres 24 et 25). Le discours que tient Jérémie déroute : il prêche la soumission : « Placez votre cou sous le joug du roi de Babylone ; servez-le, lui et son peuple et vous vivrez ! (…) N’écoutez pas les prophètes qui vous assurent que vous ne servirez point le roi de Babylone. C’est faux, ce qu’ils prophétisent, je ne les ais pas envoyés – oracle du Seigneur. »

Cette prédication blesse l’orgueil national, et elle n’est pas reçue. Voilà donc que se lève un autre prétendant à la prophétie, qui tient un discours plus « aimable » Tout ira bien, madame la Marquise, le joug babylonien sera brisé, annonce-t-il, au mépris de la réalité. Ce genre de discours sera écouté, puisque cinq ans plus tard, le roi Sédécias – installé sur le trône par Nabuchodonosor, soit dit en passant – lèvera l’étendard de la révolte et connaîtra la défaite. Jérusalem sera dévastée, une large part de la population « bourgeoise » de Juda déportée, à l’exception du petit peuple qui cultivait la terre…

La parole d’Ananie, le « prophète de bonheur », commence par une contre-vérité : la puissance babylonienne est intacte, contrairement à ce qu’il prétend. C’est pourquoi Jérémie lui répond en maniant l’ironie : « Dieu veuille accomplir ta prophétie… » Ananie ne veut rien entendre, aussi  Jérémie n’insiste-t-il pas. Ce n’est pas une joute de personne. Jérémie, personnellement n’a rien à défendre. Il s’éloigne. Ensuite, sur la parole du Seigneur qui annonce que l’emprise perse se fera davantage sentir après la révolte, Jérémie revient pour dénoncer cette fois-ci clairement le mensonge d’Ananie. Les fausses assurances ne servent à rien, il est inutile de peindre en rose la réalité, il convient au contraire d’interroger les événements pour y discerner l’appel de Dieu : avant la sauvegarde de l’orgueil national, c’est la question de la conversion qui est posée.

Désert

De fait, l’exil à Babylone se révèlera comme l’occasion d’un impressionnant approfondissement spirituel dont nous sommes encore aujourd’hui les héritiers, à travers tout le travail de réinterprétation et de réécriture de la tradition biblique. Cette « traversée du désert » aura été bénéfique. Le « bonheur », n’était pas là où l’annonçait Ananie.

On peut lire sous cet angle le récit de la multiplication des pains, dans Matthieu, qui intervient après la mort de Jean Baptiste. Jésus choisit alors, non pas de se dresser contre Hérode ni même de le dénoncer, mais de se retirer à l’écart. La foule le suit, et trouve auprès de lui le réconfort : dans cet « endroit désert » Jésus soulage et guérit, puis il nourrit le peuple, après avoir fait éprouver aux disciples la fragilité de la situation : ils ne peuvent à eux seuls faire face.

Certes, Jérémie ne prêche pas la démission, mais le retour vers Dieu. Il se s’agit donc pas de se dérober devant nos responsabilités, mais de considérer comment nous pouvons accueillir certaines situations de désolation, d’aridité, comme des invitations à faire retour vers celui qui donne la vie, et affiner notre écoute de sa parole.

D.E.

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article
31 juillet 2010 6 31 /07 /juillet /2010 09:09

Dieu meurt en Jean-Baptiste

Jérémie 26, 11-19 ; Matthieu 14, 1-12

 

Parce que nous le lisons chaque année, le récit de la mort de Jean-Baptiste ne nous émeut plus guère. La scène est connue, et son horreur glisse sur nous comme l’eau sur les plumes d’un canard. Pourtant, ce n’est pas simplement une mort, mais un assassinat. Le meurtre d’un juste, d’un innocent, victime de la haine que sa parole de vérité suscitait, et de la veulerie d’un souverain concupiscent. A l’évocation de sa tête, apportée sur un plat devant les convives d’un banquet médusés, nous devrions frémir et nous indigner.

Une question s’impose aussitôt. Jean-Baptiste était le fidèle serviteur de Dieu. Rien n’indique qu’il ait failli à sa mission qui était d’annoncer la venue du Messie. Mais alors, pourquoi Dieu ne l’a-t-il pas défendu ? Pourquoi Dieu ne l’a-t-il pas entouré de sa protection ? La terrible question que pose Elie Wiesel dans son livre La Nuit, lorsqu’il raconte la mort d’un jeune enfant pendu à Auschwitz sous les yeux des déportés, convoqués pour assister à la scène, «Où Dieu était-il ce jour-là ? », cette question s’impose à propos de Jean-Baptiste.

Nous n’avons pas de réponse tenable, tant que nous ne considérons pas que Dieu était présent en Jean Baptiste lui-même, comme il l’est en Jésus sur la croix. La seule place de Dieu, depuis qu’il s’est fait connaître à Abraham, c’est d’être « avec », pas seulement « à côté » ou « en face » mais « avec », partageant totalement le sort de son ami. Dieu n’est pas une puissance extérieure, comme nous avons si souvent tendance à le représenter, mais une communion. En Jean-Baptiste, Dieu souffre le martyr et meurt. C’est en ce sens, et en ce sens seulement, que nous pouvons dire que la vie est sacrée…

Dieu ne se défend pas. Il est l’agneau qui se laisse immoler. Ce que Jean-Baptiste annonce en la personne de Jésus, il le vit lui-même, car rien ne le sépare de celui qu’il annonce.

Jérémie fait de même. Alors qu’il est condamné à mort, il ne change pas de discours. Il dit la parole qu’il lui a été demandé de proclamer. Et il ajoute : « Me voici entre vos mains, faites de moi ce qui vous semblera bon et juste. » Il ne se défend pas, mais renvoie chacun à sa responsabilité. Et il éveille dans le peuple une conscience lucide : certains vont s’opposer à la volonté des prêtres et des prophètes de tuer celui qui leur semble menacer leurs intérêts.

Écouter la voix de Dieu

Cette lucidité passe par la relecture du passé. Qu’est-il arrivé avant nous ? Qu’avons-nous à en apprendre ? La mémoire de la prophétie de Michée, et de l’attitude d’Ézéchias (que le second livre des Rois présente comme un homme fidèle à Dieu), un siècle plus tôt, éclaire le choix qu’il convient de faire. C’est en fait une manière d’écouter en soi la voix même de Dieu, puisque dans la tradition biblique, c’est l’histoire d’Israël et la lecture qui en est faite qui devient parole de Dieu.

Au moment, ou dans une situation de crise, des choix sont à faire en matière de justice, de respect des droits, d’accueil de l’étranger, il est nécessaire d’entendre le conseil de Jérémie : « Faites ce qui vous semblera bon et juste. » Il est nécessaire de chercher en nous-mêmes ce qui dit la bonté et la justice, afin de ne pas laisser passer sans réagir l’injustice. L’horreur de la mort de Jean-Baptiste devrait nous inviter à réfléchir. Pas un des convives n’a protesté ! Dieu, en chaque homme, que cet homme soit fautif ou non de quoi que ce soit, a besoin de nous pour être… sauvé.

D.E.

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article
30 juillet 2010 5 30 /07 /juillet /2010 08:07

L’œuvre commune et ses couacs

Jérémie 26, 1-9a ; Matthieu 13, 54-58

Pour comprendre le texte du livre de Jérémie, il faut se rappeler ce que Moïse avait dit à Israël de la part de Dieu, avant le franchissement du Jourdain et l’accès à la Terre promise : « Je mets devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction, choisis la vie pour que tu vives, toi et ta descendance. » La responsabilité de l’homme est entière, la vie est entre ses mains. Il récolte ce qu’il sème… Pourtant, Dieu ne se résout pas aux conséquences des choix (ou des non-choix) humains, parce que le sort de sa création lui importe. Aussi intervient-il pour aider l’homme à prendre conscience des conséquences de ses actes, pour lui donner une chance de redresser le cap lorsque la direction prise conduit à la catastrophe.

C’est ainsi qu’il faut entendre la prophétie de Jérémie. Dieu ne menace pas son peuple comme un chef de bande qui fait régner la terreur pour être obéi.  Le drame, la souffrance, la douleur ne sont pas une punition infligée pour punir un comportement qui n’aurait pas plu au « chef », mais la conséquence d’une conduite destructrice. Il faut bien comprendre que celui que nous appelons du nom de Dieu, faute de mieux, assume toutes les conséquences des conduites humaines, qu’il les inscrit dans son « œuvre », ainsi peut-il parler d’un « malheur que je prépare contre eux », puisqu’il a confié la terre, l’univers, aux hommes, les associant ainsi à son acte créateur. C’est parce que nous sommes en Dieu, que nos actes peuvent devenir une malédiction et avoir valeur de parole divine qui nous avertit.

Aussi Dieu, parce qu’il en pressent les conséquences avant nous, parce qu’il éprouve en lui-même, d’entrée de jeu, les dissonances de nos actes à l’égard de l’harmonie de toute la création, fait-il entendre une voix qui prévient du malheur que nous préparons par des conduites qui ne sont pas porteuse de vie. C’est ainsi la lucidité divine qui parle alors que nous sommes encore aveugles sur les effets de nos comportements, de nos choix.

Il arrive que nous ne voulions pas entendre, que nous ne voulions pas voir où nous mènent ces conduites dans lesquelles nous trouvons sans doute des satisfactions immédiates, souvent illusoires. Il est alors tentant de chercher à faire taire les voix dérangeantes. Ainsi Jérémie est-il condamné à mort, sous un prétexte fallacieux. Mais avant d’aller jusque-là, il est encore plus fréquent que se mettent en place des stratégies qui dévalorisent cette parole, en l’affaiblissant, en la démonétisant. C’est ce que constate Jésus lorsqu’il vient « dans son pays ». En prétendant connaître ses origines, ses auditeurs se ferment à la vigueur et à la nouveauté de la Parole. Ils la banalisent et en amoindrissent l’efficacité. Ils se préservent de la question de la foi, pour ranger la figure de Jésus dans l’ordre de ce qu’ils savent.

La question de la foi ne se limite pas seulement à percevoir ce que Dieu peut faire à notre avantage ou à notre encontre, mais à reconnaître et comprendre comment nos personnes et nos actes participent de l’être même de Dieu. C’est alors que nous pouvons désirer rechercher, comme un musicien dans un orchestre, à nous ajuster, pour contribuer à la perfection de l’œuvre du Créateur, qui devient œuvre commune. Et la clé de la justesse, c’est l’écoute…

D.E.

PS. J’emprunte le titre de cette petite chronique à Fellini dont le film de 1978 pourrait bien être une parabole sur ce thème, à condition de ne pas prendre le chef d’orchestre pour Dieu lui-même, mais plutôt pour un de ses prophètes parfois mal embouchés…

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article
29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 07:59

L’amour plutôt que le reproche

Romains 12, 9-13 ; Luc 10, 38-42

Lorsque nous lisons ce passage de Luc, qui raconte la manière dont Jésus fut accueilli par Marthe et Marie, sous prétexte que Marie « a choisi la meilleure part » nous pensons qu’il y a dans la réponse de Jésus à Marthe une forme de reproche à son égard. Marthe aurait tort de s’activer à vouloir bien recevoir Jésus. Et rapidement, nous entrons dans le vieux débat, usé jusqu’à la corde, qui oppose l’action et la contemplation. Moyennant quoi nous n’entendons le texte lui-même. Et l’on pourrait dire que nous abandonnons la place tenue par Marie, aux pieds du Seigneur.

Pourtant, cette rencontre simple avec le Christ, ne la souhaiterions nous pas ? Il y a dans le dialogue entre Marthe et Jésus un naturel, une clarté, une confiance dont nous aimerions être capables. Marthe est, comme on dit, « nature »… Elle parle sans circonvolutions. Sans calcul. Elle dit sans ambages ce qui la dérange. Qui d’entre nous peut se targuer de dialoguer avec le Seigneur de cette façon, avec cette tranquillité directe ? Rares sont dans la Bible, les personnages qui dialoguent ainsi avec Dieu. Moïse est de ceux-là, mais il converse avec Dieu davantage comme un ministre, que comme un ami. Le dialogue de Marthe et Jésus fait davantage songer à la rencontre d’Abraham avec les « trois visiteurs », au chêne de Mambré. D’ailleurs, Abraham, comme Marthe, se soucie de bien recevoir ses hôtes. Mais il a à sa disposition un serviteur et… Sarah.

Jésus ne reproche pas à Marthe son activité, il ne lui dit pas qu’elle a tord de vouloir bien le recevoir. La lecture de la lettre de Paul aux Romains montre que l’apôtre ne méprise pas non plus cet aspect au bénéfice d’une attitude qui serait plus « spirituelle », au contraire, il explique que l’amour ne se paie pas de mots, mais d’attitudes concrètes, où l’accueil de l’autre est l’une des valeurs essentielles. Jésus lui-même n’a-t-il pas dit à ses apôtres en les envoyant en mission que celui qui donnerait un verre d’eau fraîche à « l’un de ces petits » ne perdrait pas sa récompense. N’a-t-il pas expliqué dans l’allégorie du jugement dernier au chapitre 25 de Matthieu que l’accueillent en personne ceux qui visitent les malades et les prisonniers, ceux qui vêtissent celui qui est nu, ceux qui donnent à manger et à boire à ceux qui ont faim et soif…

Il arrive que nous soyons ainsi « accaparés par les multiples occupations du service ». Ce n’est pourtant pas le service qui est en cause, mais peut-être le moment où ne voyons plus sa finalité, ni celui à qui il est destiné. Marthe, lorsqu’elle interroge Jésus, semble attendre de lui qu’il fasse la leçon à sa sœur. Mais cela, Jésus s’y est toujours refusé. « Suis-je le juge de vos partages », répond-il à l’homme qui vient protester auprès de lui à propos d’une affaire d’héritage.

Jésus semble dire à Marthe que si elle a quelque chose à demander à Marie, il vaut mieux qu’elle le fasse directement, simplement, afin qu’elles trouvent ensemble la meilleure manière d’accueillir leur hôte. Il ne s’agit effectivement pas d’enlever à Marie la part qu’elle a choisie, en faisant l’égalité « par le bas », mais sans doute d’élargir cette part, afin que Marthe retrouve la paix qui lui fait défaut. Et cette part, c’est celle de l’amour, et nulle autre. Il n’y a donc pas de reproche sur le service. Jésus invite Marthe à élargir son cœur. De même y sommes-nous invités,  si à notre tour nous considérons Marthe avec reproche, comme elle-même considérait Marie…

D.E.

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article
28 juillet 2010 3 28 /07 /juillet /2010 09:51

Le paradoxe de Jérémie

Jérémie 15, 10. 16-21 ; Matthieu 13, 44-46

Rarement le contraste entre les deux textes proposés par la liturgie n’est aussi fort. La lecture du livre de Jérémie nous montre le sort peu enviable du prophète, le débat intérieur qui l’agite et l’adversité qu’il rencontre, tandis que l’évangile de Matthieu nous présente le Royaume des cieux comme infiniment désirable. Mais comment peut-il l’être, si le sort du serviteur du Seigneur est aussi ingrat ?

Jérémie le proclame, sa découverte de Dieu fut un vrai bonheur : « Quand je rencontrais tes paroles, Seigneur, je les dévorais ; elles faisaient ma joie, les délices de mon cœur… »

C’est bien pour une telle joie, pour un tel bonheur que nous pouvons décider de « tout vendre » pour l’acquérir, comme le dit la parabole de l’homme qui avait trouvé un trésor caché dans un champ. Pour une telle joie, nous pouvons concevoir de renoncer à des choses auxquelles nous sommes attachés, mais qui se révèlent de moindre valeur, de plus faible portée, à des choses dont nous sentons qu’elles ne nous apportent un bonheur ou un plaisir temporaire, une assurance ou un confort passager…

Mais que dire, si la joie en question se révèle éphémère ? Que dire si la présence de Dieu apparait « comme un ruisseau décevant, aux eaux intermittentes » ? Et pour parler vrai, n’est-ce pas, pour la plupart d’entre nous la réalité ? Certes, notre foi est ou a été parfois l’occasion de grand sentiment de bonheur, mais n’est-elle pas souvent marquée par l’aridité, le doute, l’adversité ? N’éprouvons-nous pas, comme Jérémie, sinon de la déception, au moins du désappointement ?

Ce n’est pas Jérémie qui répond à ces questions paradoxales, mais Dieu qui répond à Jérémie, en l’invitant à distinguer « ce qui est précieux de ce qui est méprisable ». Dieu ne contredit pas Jérémie. Il ne prétend pas que l’épreuve que traverse le prophète n’existe pas. Il lui demande de « séparer », de ne pas confondre Sa présence, qui ne se dément pas, et l’épreuve qu’il traverse… Il lui suggère de s’appuyer sur Sa fidélité, pour découvrir une communion plus forte : « Tu seras comme ma propre bouche… »

Que dire alors ? On peut considérer que ce conseil relève de la méthode Coué… Que c’est une manière de tenter de se convaincre soi-même que l’on peut traverser l’épreuve ou même l’ignorer. Mais on peut aussi voir que Jérémie – qui connaîtra jusqu’à la fin de sa vie cette adversité, qui ne verra pas, avant sa mort, les fruits de son service – annonce, par son existence même, ce qui sera le destin de Jésus, qui ne retiendra rien de sa vie…

Croire en la résurrection

Cette foi nous convoque alors jusqu’à la question de la résurrection. Le Dieu que nous connaissons est-il bien, comme l’affirme Jésus, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu des vivants et non celui des morts ? Croyons-nous que non seulement, comme le dit la sœur de Lazare, il nous « ressuscitera au dernier jour », mais qu’il est en nous aujourd’hui puissance de résurrection, là même où, pour reprendre l’expression du psalmiste, nous traversons « les ravins de la mort ».

Reconnaissons-le humblement, cette foi est difficile à vivre et à confesser. Nous la vivons souvent, comme l’ont vécu les apôtres, en disant « Seigneur, à qui irions-nous ? » Nous gouttons l’amertume du jour, sans qu’elle ne disparaisse. Mais le Christ n’a pas vaincu la mort en y échappant… Demandons alors simplement la grâce d’être fidèle. Alors nous goûterons un bonheur plus grand encore que celui qui nous a conduit à vendre ce qui n’avait qu’un moindre prix.

D.E.

 

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article
26 juillet 2010 1 26 /07 /juillet /2010 09:36

Le témoignage de Joachim et Anne

Siracide 44, 1. 10-15 ; Matthieu 13, 11a. 16-17

 

Pour fêter Anne et Joachim, dont il n’est pas question dans les Évangiles mais dont les noms sont mentionnés dans un écrit du iie siècle attribué à Jacques – le « frère de Jésus » –, datant du second siècle, la liturgie nous invite à méditer tout d’abord un texte de Ben Sirac le Sage, qui met en valeur « les hommes de miséricorde », « ces personnages glorieux qui sont nos ancêtres ». Tel est selon le Sage, la gloire véritable, et non la force, la richesse, ni même l’intelligence. Ce témoignage de miséricorde se transmet, écrit-il, de génération en génération. C’est ce témoignage qui est le gage de fidélité de ceux qui viennent après eux.

Ben Sirac laisse entendre qu’il y a chez ces hommes quelque chose de divin. En effet, l’hommage qui leur rendu ressemble fort à celui qui est rendu à Dieu : « Jamais leur gloire ne sera effacée… Les peuples raconteront leur sagesse, l’assemblée proclamera leur louange. » C’est un peu comme si l’exercice de la miséricorde et celui de la justice avait conformé ces hommes à Dieu, en les faisant participer à son œuvre.

Ainsi, Ben Sirac, avant le prologue de l’évangile de Jean, a-t-il l’intuition de ce que l’évangéliste annonce : « A ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfant de Dieu… »

Nous ne connaissons pas Anne et Joachim. Jésus a certes eu des grands parents, et derrière ces noms, nous sommes invités à voir des personnes dont la conscience intérieure a préparé son avènement, d’une autre façon que Jean-Baptiste. De même avons-nous la responsabilité, par notre fidélité à l’œuvre de Dieu dans nos vies, d’ouvrir pour ceux qui nous suivent le désir d’accueillir la grâce de Dieu.

Talents

Les deux versets et demi, tirés de l’évangile de Matthieu que nous propose la liturgie, à l’occasion de cette fête, soulignent cette question du désir : « Beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu… » Remarquons qu’ils n’en sont pas moins justes, ils n’en sont pas moins prophètes… Leur désir a préparé la venu du Seigneur…

Sans doute les baptisés sont-ils, avec les disciples, de ceux à qui « il est donné de connaître les mystères du Royaume de Dieu ». Mais, d’une part, cela ne veut pas dire que nous comprenons tout, ni que nous voyons clair en tout. Paul lui-même le reconnaît. Et d’autre part, cela accroit notre responsabilité : cette connaissance, nous la recevons comme les talents des trois serviteurs de la parabole. Il nous revient de la faire fructifier. N’imaginons pas nécessairement des choses extraordinaires, hors de portée, commençons par rechercher la gloire que célèbre Ben Sirac le Sage : Soyons des hommes et des femmes de miséricorde.

D.E.

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article
24 juillet 2010 6 24 /07 /juillet /2010 08:04

Quand la religion est trompeuse

Jérémie 7, 1-11 ; Matthieu 13, 24-30

Sur l’ordre du Seigneur, le prophète Jérémie est allé se placer à l’entrée du Temple. Et que proclame-t-il, de la part de Dieu : « Ne vous fiez pas à des paroles trompeuses comme celles-ci : “Ceci est le Temple du Seigneur, le Temple du Seigneur, le Temple du Seigneur”. » Quelle est donc la tromperie, puisqu’il s’agit bien du Temple ? Objectivement, cette parole dit vrai. Mais ce vrai cache un mensonge : il masque la réalité du comportement de celui qui se considère quitte de toute vérité par ailleurs.

C’est une attitude fréquente parmi les croyants, que de se laisser fasciner par les objets, les lieux, les rites de leur religion, sans plus voir de qui et de quoi ils sont responsables humainement, sans plus se soucier, autrement qu’en parole, de leur prochain.

Jérémie nous dit que dans ces conditions, le Temple du Seigneur n’est plus rien, sinon « une caverne de bandits », d’hypocrites… Ce n’est pas seulement le mensonge qui est grave, mais l’illusion que nous pourrions trouver le salut dans ce Temple, sans participer à l’avènement d’un monde plus juste, sans être les serviteurs de l’amour de Dieu pour les hommes. Le risque n’est pas mince de ne trouver au bout du compte que la vanité de nos comportements, et pas le bonheur auquel nous aspirons.

Dieu, sans nous, n’est rien ou presque. Il donne tout, mais ce don ne peut s’exprimer sans notre participation. Etty Hillesum le disait dans le camp de Westerbork, avant d’être envoyée à Auschwitz : « Ce n'est pas toi [Dieu] qui peux nous aider, mais nous qui pouvons t'aider - et ce faisant nous aider nous-mêmes. »

Paille

La parabole dite de l’ivraie vient confirmer qu’il y a de tout dans le Temple du Seigneur, et plus largement dans le Royaume de Dieu. Car Jésus précise bien qu’il parle, non pas du monde, mais du Royaume de Dieu.  On pourrait donc transposer l’avertissement de Jérémie en disant qu’il est une manière de proclamer le Royaume de Dieu qui est trompeuse…

Dès lors, chacun est responsable de ses actes, de ses œuvres… Seul demeurera ce qui aura porté du fruit. Le reste est comme paille brûlée au feu : quelques cendres…

Tant et si bien que cela devrait nous conduire à nous interroger sur notre rapport à la religion, sur l’usage que nous en faisons, ainsi que du nom de Dieu. Jésus reprend à sa manière le propos de Jérémie lorsqu’il dit que ce ne sont pas ceux qui disent « Seigneur, Seigneur » qui entreront dans le royaume de Dieu. La question est importante, et la Bible regorge de mises en garde de cet ordre. Si ce thème revient si souvent, c’est que le problème est récurrent. Il tient en une phrase : la foi est vaine sans la justice. Comme le disait Jacques : « Montre-moi ta foi sans les œuvres… »

D.E.

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article
23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 07:41

L’amour invite à revenir…

Jérémie 3, 14-17 ; Matthieu 13, 18-23

« Revenez, mes fils infidèles, car je suis resté votre Seigneur. » Cette proclamation de Jérémie mérite qu’on s’y arrête. Elle dit que l’infidélité des fils ne change en rien le Père. Il demeure un père qui regarde les hommes comme ses fils. A cet égard l’infidélité n’est rien. Ce sont les fils qu’elle affecte, à leur propre yeux, mais elle ne les disqualifie pas aux yeux du père : fils il les a créé, fils ils demeurent.

Nous l’oublions souvent, car il est plus facile de supposer que l’infidélité, le péché instaure une différence de nature, de qualité. Cela nous permet de tenir à distance celui dont nous ne voulons plus nous sentir solidaire. La trahison tue l’amour, pensons-nous souvent. En fait, il n’en est rien, mais à notre tour, emprisonnés par une forme de jugement assassin, diabolique, nous ne parvenons pas à rester fidèles à l’amour. Nous ne résistons pas à cette tentation, à laquelle si l’on lit le début du livre de Job, Dieu lui-même est soumis par le satan.

C’est parce que Dieu demeure notre Seigneur qu’il peut dire « revenez ». C’est parce que son amour est intact, qu’il éprouve notre absence comme un manque et qu’il invite ses fils infidèles à venir reprendre leur place. Tout sera donc fait pour cela.

Mais cet appel est aussi en lui-même un dépassement, un déplacement de Dieu, non pas vers moins d’amour, mais vers davantage d’amour. En contemplant ses fils éloignés, Dieu voit non seulement Israël, le peuple qu’il a appelé, qu’il s’est choisi, mais tous les peuples. Il se souvient de tous les peuples et veut qu’eux aussi trouvent leur place auprès de lui. Ainsi, Dieu n’est-il pas amoindri dans son amour de Père, mais déployé, et presque élargi… Cet amour se répand au-delà de sa manifestation initiale…

Entendons cette parole, comprenons-là, vivons là, car Dieu se révèle en elle. Plus encore, il nous révèle à nous mêmes, car en dépit des blessures et des déceptions que nous nous infligeons mutuellement, l’amour en nous ne s’altère pas. Nous pouvons lui être fidèles et découvrir que cette fidélité s’oppose aux dynamiques de mort, de rupture, de rejets, dont il faut bien dire qu’elles sont aujourd’hui puissamment à l’œuvre dans le monde où nous vivons. Cette parole est une parole de libération, une parole de guérison. Laissons-nous libérer et guérir par elle. Acceptons qu’elle fasse son œuvre.

Pas de temps à perdre

Parallèlement à cette parole jaillie du livre de Jérémie, nous retrouvons la parabole du Semeur. Son explication. Elle n’est pas venue tout de suite. Il était bon que chacun ait été en situation de se l’approprier par soi-même. Il était utile que chacun ait le temps d’expérimenter, d’éprouver comment il l’a entendu, ce qu’il en a fait. Qui donc a écouté et compris ? Qui donc a écouté sans comprendre ?

Mais ne nous trompons pas, Jésus n’invite pas ses interlocuteurs à faire une sociologie de la réception de la Parole, pour porter un jugement sur tel ou tel qui entendrait mal ou comprendrait mal. Il suggère à ses auditeurs de s’interroger sur leur écoute, non pas de façon culpabilisante, mais de manière à pouvoir se mettre en situation de tirer profit de la parole, de sa fécondité.

Si cette parole, nous l’entendons d’une manière telle qu’elle ne nous est d’aucune « utilité », d’une manière qui la laisse stérile, à quoi bon ? Ne perdons-nous pas notre temps ? Ne serions nous pas comme le malade qui néglige la guérison, comme le prisonnier qui se moque de la liberté ?

D.E.

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article
22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 09:20

Pas de langage codé

Jr 2, 1-3.7-8.12-13 ; Mt 13, 10-17

Les disciples demandent à Jésus pourquoi il s’exprime en paraboles. N’allons pas dire trop vite, comme on le fait souvent, que Jésus emploie un langage codé, de façon que seuls les disciples comprennent. Je crois que c’est exactement le contraire. En effet, utiliser une parabole, c’est une manière de faire voir quelque chose, une façon d’aider à comprendre, en utilisant une image, une métaphore, une petite histoire. C’est un détour pour permettre à l’esprit de voir ou d’entendre ce qu’il peine à voir.

Certes, il semble que quelques uns voient, entendent, comprennent qui est Jésus, quelle nouvelle il annonce. Et si tel est le cas, le rencontrer et le suivre fait grandir en eux la vie qui déjà les anime. « A celui a il est donné encore… » Les autres qui n’entendent pas la parole de vie, voient la vie s’atrophier - c’est ce que dit le prophète Jérémie lorsqu’il évoque le fait que non seulement le peuple a abandonné la source d’eau vive, mais qu’il s’est construit des citernes fissurée. Il est une manière de vivre, en croyant se suffire à soi-même, qui empêche d’accueillir la vie, qui prive d’être emmené vers des chemins nouveaux. C’est une manière de ne rien vouloir savoir d’autre que ce que l’on sait déjà, de s’en tenir à ses prétendues certitudes, et à les user jusqu’à la corde.

Jésus ne dit pas que ces autres, il les abandonne. Ce serait contraire à ce qu’il n’a cessé de répéter : il n’est pas venu chercher les justes, mais les pécheurs. C’est pourquoi il parle en parabole : pour percer la cuirasse de l’endurcissement, pour donner à voir et à entendre, là où l’on ne voit ni n’entend plus.

Ouvrir les chemins de la Parole

Voilà ce qu’il nous faut comprendre, surtout si nous croyons comprendre – car ce texte met son lecteur dans une situation inconfortable puisqu’il ne peut être compris que dès lors que nous reconnaissons que nous sommes, nous aussi, par certains côtés aveugles et sourds, et qu’il nous faut nous laisser enseigner – : Jésus vient pour que ceux qui ne voient pas voient, pour que ceux qui n’entendent pas entendent. Et il revient à ses disciples de faire de même.

Si nous avons la chance d’accueillir sa présence, ne nous en glorifions pas, mais rendons grâce, nous n’y sommes presque pour rien. Et songeons immédiatement à ceux qui ont faim et soif. A nous de trouver les moyens de leur faire parvenir la nourriture et la boisson, à nous d’inventer aujourd’hui les paraboles qui ré-ouvriront à nos frères et sœurs les chemins de la Parole de vie. Sinon, nous ne parlerons qu’à nous-mêmes… Nous aurons alors pris les clés du Royaume, sans y entrer, tout en empêcher les autres d’y accéder !

D.E.

Repost 0
Published by Desiderius Erasme
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Desiderius Erasme
  • Le blog de Desiderius Erasme
  • : Lire la Bible sans mourir idiot, intégriste ou ayatollah de la laïcité. Avec de l'humour, de l'esprit, de la curiosité, et sans préjugés...
  • Contact

Profil

  • Desiderius Erasme
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...

Liens