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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 16:03

Chers amis,

Vous aviez inévitablement noté mon long silence. Il m’avait semblé, sauf à paraître ressasser toujours les mêmes déceptions sur la manière dont l’Église regardait le monde, qu’il valait mieux se taire devant le désespérant visage que nous proposaient le Vatican et l’épiscopat français sous le pontificat de Benoît XVI. Le courant dominant était à la « contre-culture » chrétienne, au retour aux rites anciens, sinon à la soutane, à la mise à l’écart des femmes… et à jeter par-dessus les moulins le catholicisme social, la rencontre avec le monde – n’était-il pas pourri, décadent, pervers, morbide ? Tout cela avec une sorte de sentiment de revanche réactionnaire !

Il m’avait semblé inutile de tenter de convaincre à travers ce modeste blog, de la stupidité d’une telle position, d’autant plus séduisante qu’elle posait ses tenants en « résistants ». Noble posture qui permettait de s’auto-congratuler sans interroger ses déficiences, et notamment l’impossibilité de rendre compréhensible et perceptible l’expérience de foi à nos contemporains.

Pour ma part, je suis resté fidèle à ce qui me semblait l’essentiel de la foi, et il me semble que ce fut le cas de nombreux autres catholiques qui souffraient du repli identitaire qui dominait ces dernières années. Un repli qui semblait même avoir séduit nombre d’évêques croyant y trouver la solution aux problèmes qu’ils devaient affronter dans leurs diocèses.

À Benoît XVI, il faut cependant reconnaître un immense mérite : en posant le geste spectaculaire de sa renonciation à la charge pontificale, il a instauré une rupture majeure qui a désacralisé la fonction qu’il occupait. Ce faisant, il s’est situé exactement à rebours de la fameuse herméneutique de la continuité dont il s’était pourtant fait le défenseur. Et il a ouvert la porte à une vraie conversion de l’Église afin qu’elle reprenne le chemin ouvert par Vatican II, dont elle s’était éloignée.

Quelle joie, dès les premiers mots prononcés par le pape François, le jour de son élection ! Il était évident que nous revenions à ce qui avait été l’inspiration profonde de Jean XXIII, à l’intuition que la force de l’Église réside dans l’humilité, la pauvreté, la rencontre des hommes… la faiblesse (saint Paul l’a si fortement dit !)

Un vent nouveau souffle. Si je dis qu’il est nouveau, c’est aussitôt pour dire qu’il a la nouveauté du vent de l’Esprit, du vent de l’Évangile. Du souffle de l’origine, plus ancien et plus neuf à la fois que toutes les pseudo-traditions dont on nous a rebattu les oreilles ces dernières années. Il suffit de lire les entretiens successifs que le Pape a accordés dernièrement pour le comprendre. L’Église revient à sa source. Déo Gratias ! En ce sens, nous pouvons affirmer que nous voyons que « les portes du séjour des morts ne prévaudront pas » (Mt 16, 18).

D’ores et déjà, pourtant, des contre-feux s’allument. D’aucun commencent à prétendre que ce pape est un déviant… Qu’il n’est pas fidèle à la Tradition et à l’enseignement de ses prédécesseurs. Qu’il emmène l’Église sur une fausse route. Pourtant, le cardinal Bergoglio n’était pas un inconnu de ceux qui l’ont élu. C’est en connaissance de cause que ses pairs l’ont désigné comme le successeur de Pierre. Ceux qui prétendent aujourd’hui que ce choix est une erreur accusent non seulement le pape, mais ceux qui l’ont choisi ! Ils parlent contre l’Église et contre l’Esprit !

Manifestement, François sent qu’il n’a pas de temps à perdre, que l’urgence est là ! En bon jésuite, il est à l’écoute des signes des temps, il sait que les événements sont nos maîtres. Il nous remet sur le chemin de la rencontre de nos contemporains, il pointe les enjeux, nomme les véritables drames… Remet à leur juste place les questions secondaires. Bref, il redonne au christianisme une crédibilité. Et de fait, brusquement, il retient l’attention et l’on sent que la société le regarde, tend l’oreille, et sent intuitivement qu’il est porteur d’une parole de vie !

L’enjeu, pour nous, c’est de nous engager sur le même chemin de la rencontre des hommes et des femmes de notre temps, non pas d’abord pour les convertir, mais pour partager avec eux l’expérience de la vie donnée à tous, de la vie qui veut grandir et fructifier.

Il est temps ! Maintenant ! Sans avoir peur !

Amitiés

Desiderius Erasme

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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 17:37

Au moment où le dossier du travail du dimanche revient sur le devant de l'actualité, et pour ceux qui s'inquiètent de la désacralisation du "jour du Seigneur", au bénéfice des nouveaux temples de la marchandise que sont les grands centres commerciaux, voici ce qu'a imaginé l'Eglise des Philippines, photographié par Estan Castigas, exposé quai Branly dans le cadre de la 4e Biennale des images du monde. Le travail du dimanche comme nouveau lieu d'évangélisation! Il fallait y penser.

link 

D.E.

Castigas-New-Cathedrals2.jpg

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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 09:08
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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 15:29

LE MONDE| 13.03.2013 à 14h47

Par Jean-François Bouthors (éditeur et écrivain)

 

Depuis l'annonce par Benoît XVI de son renoncement, jusqu'au conclave qui devait désigner son successeur, la question est posée de savoir si les cardinaux électeurs réunis dans la chapelle Sixtine vont savoir choisir l'homme adéquat pour gouverner l'Eglise catholique. L'avenir de celle-ci semble suspendu à la personnalité d'un homme. Sera-t-il capable de réformer en profondeur la curie ? Sera-t-il celui qui permettra l'ordination d'hommes mariés ou qui autorisera que la communion soit donnée aux divorcés remariés ? Sera-t-il celui qui redonnera à l'institution son "cerveau gauche", en permettant aux femmes d'accéder au ministère ordonné ? Ou sera-t-il celui qui poursuivra la recherche de la réintégration des émules de Mgr Lefebvre [évêque intégriste] ? Celui qui accentuera encore le retour au sacré et à des expressions religieuses traditionalistes de dévotion ? A travers toute une batterie de questions de cet ordre, c'est d'une manière ou d'une autre une vision pyramidale et "mondaine" que l'on entretient.

Les hommages rendus à Benoît XVI, le regard que les fidèles - tels qu'ils apparaissent dans les médias - portent sur le pape "sortant" manifestent une forme d'adulation que l'on aurait pu croire réservée au pontife médiatique qu'était Jean Paul II. Il y a là plus qu'un effet de traîne qui aurait fait bénéficier le pape allemand, si peu charismatique, de l'aura de son prédécesseur polonais, véritable homme de scène et de dramaturgie.

Cette focalisation sur la personne du pape est très récente. On ne l'a pas observée du temps de Pie XII, de Jean XXIII ni de Paul VI. Sans doute s'explique-t-elle en partie par l'ambiance contemporaine de médiatisation à outrance, mais elle traduit parallèlement le sentiment de désarroi qui s'est emparé des catholiques sous l'effet de la mondialisation, des changements technologiques accélérés et de la fragilisation de toutes les institutions - de l'ONU jusqu'à la famille. Dans un monde déroutant, la demande d'un père protecteur ne fait que croître. Du même coup, cette demande suscite des attentes immodérées à l'égard du successeur de Benoît XVI, qui se trouve mis en danger de les décevoir.

PESSIMISME

Tout cela procède, pour le catholicisme, d'une illusion d'optique surprenante. La figure de Pierre, telle que les textes canoniques chrétiens la présentent, ne correspond en rien à ce dispositif, et ce n'est pas une question d'époque. Le premier chef de l'Eglise n'est pas un homme providentiel, mais tout le contraire. Il ne fait pour ainsi dire rien d'autre que de constater le mouvement de vie qui le précède dans le monde. Il observe et aide à voir que, comme dit Jésus de Nazareth, le Royaume de Dieu s'est approché. Pierre n'est pas celui qui organise ou décrète comment il faut "vivre l'Evangile" - au sens d'un guide de comportement ou d'une méthode de gouvernance -, mais celui qui témoigne que la vie est plus forte que la mort, et que cette vérité fondamentale s'est manifestée en la personne de Jésus de Nazareth, quand bien même il a été crucifié. Pierre n'a qu'une chose à faire : permettre aux disciples de Jésus d'en rendre compte, dans un rapport au monde fondamentalement bienveillant. Telle est la tâche fondamentale du pape et la foi de l'Eglise.

Rien ne semble plus nécessaire que cela aujourd'hui. Le pessimisme du regard de Benoît XVI sur le monde contemporain est sans doute la raison fondamentale qui l'a empêché de surmonter les défauts de l'appareil curial et qui l'a conduit à son acte de renonciation. A sa décharge, ce pessimisme est très partagé dans l'Eglise catholique, de la base au sommet, au point que l'image donnée de la foi chrétienne n'est pas de nature à susciter l'adhésion de ceux qui la regardent de l'extérieur.

Tant que perdurera l'illusion d'optique qui consiste à attendre du nouveau pape un "miracle" salvateur, après les VatiLeaks, la crise de la pédophilie et surtout la crise "démographique" qui la frappe dans ses bases européennes, avec le vieillissement des prêtres et des militants, l'Eglise catholique sera incapable de retrouver le dynamisme de sa mission. Tout simplement parce qu'en s'entretenant dans cette perspective elle risque de passer à côté de la foi qu'elle a la charge de célébrer. Ce n'est pas le moindre des paradoxes du catholicisme aujourd'hui.

Jean-François Bouthors (éditeur et écrivain)

 

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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 08:26

Benoît XVI rattrapé par la modernité

Le Monde.fr| 14.02.2013 à 16h51• Mis à jour le14.02.2013 à 16h58Par Jean-François Bouthors, éditeur et écrivain

S'il est une chose que le pape Benoît XVI n'a cessé de répéter, tout au long de son pontificat, c'est que le christianisme devait allier la foi et la raison.

Dans cet ordre, car pour lui, la foi doit éclairer la raison qui ne peut se suffire à elle-même. C'est pourquoi il ne cessait de s'inquiéter de "l'absence de Dieu" chez nos contemporains.

La décision qu'il vient de rendre publique, celle de renoncer à sa charge parce qu'il ne s'en sent plus la force, s'inscrit exactement dans cette ligne : il ne lui est pas apparu raisonnable de se maintenir sur le siège de Pierre.

Les défis à relever pour l'Eglise sont immenses, et les capacités qu'il pouvait personnellement mettre en œuvre pour la conduire dans cette période de mutations accélérées, insuffisantes.

Le paradoxe et la nouveauté de cette décision, prise, comme le pape l'a souligné, au terme d'un long processus non seulement de réflexion mais aussi de prière, c'est qu'elle éclaire le rapport entre la foi et la raison d'une manière qui n'est sans doute pas celle qui transparaissait dans les textes mêmes du pape.

PLUS PHILOSOPHE QUE THÉOLOGIEN

Dans ces textes, le souverain pontife, plus philosophe que théologien, mettait toujours en avant la vérité, comme un corpus principiel, qui s'imposait à la raison ; c'était à partir de la vérité que l'homme devait penser s'il voulait accéder à la plénitude.

Et de ce fait, Benoît XVI critiquait fortement le primat contemporain de "l'expérience" personnelle. Il voyait dans le penchant actuel à survaloriser l'expérience au détriment de la doxa l'une des causes du relativisme qu'il pourfendait.

Or, c'est bien l'expérience, son expérience personnelle, celle qu'il faisait de sa charge qui a conduit Benoît XVI à poser un choix différent de quasiment tous ses prédécesseurs, et notamment de Jean Paul II.

Pour eux, la condition physique n'était pas un argument, tout simplement parce que la foi dictait que Dieu suppléait par la puissance de son Esprit saint aux éventuelles défaillances de son serviteur.

Ou encore parce que ces faiblesses étaient considérées comme une grâce mystérieuse.

LE PAPE DEVAIT MOURIR SOUS LA TIARE

Au nom d'une sotériologie fidéiste qui dit que "tout est grâce", il fallait poursuivre l'exercice du ministère pontifical jusqu'à son dernier souffle.

Dit dans le langage de la foi du charbonnier, cela revenait à considérer que puisque Jésus de Nazareth ne s'était pas épargné la mort sur une croix, le pape devait mourir sous la tiare. On avait là un puissant facteur d'immobilisme et de conservatisme.

Par sa renonciation, Benoît XVI renverse totalement cette perspective, et sans doute revient-il, au terme de son pontificat, à la dynamique qui avait été la sienne à l'époque du Concile Vatican II, assignant à la raison et à l'expérience une fonction critique à l'égard de l'usage qui peut être fait de la doxa.

Autrement dit, le réel interroge, sinon le contenu même de la foi, du moins la manière dont elle est formulée, l'idée que l'on s'en fait et la manière dont on en use.

Le pape vient de dire qu'il ne suffisait pas de croire intensément, et avec bonne volonté, en Dieu pour exercer sa charge, mais qu'il était bon et nécessaire de s'interroger sur l'idée que l'on se faisait de la volonté de Dieu afin de ne pas se leurrer ni de leurrer les autres.

C'est la crédibilité même de la foi qui est au cœur de la décision qu'il a prise.

DÉNONCIATION DE LA PERVERSITÉ

C'est sans doute, en amont des réformes "politiques" dont l'Eglise a besoin, le principal enjeu du christianisme dans le monde contemporain.

Après les élans réformateurs du Concile, on a vu l'Eglise, déstabilisée par l'avancée presque inexorable de la société libérale, mondialisée et sécularisée – née en bonne partie des effets libérateurs de la prédication évangélique –, rechercher un second souffle dans un retour à des formes religieuses passées (pas si anciennes cependant) et à un repli communautaire nettement fidéiste.

Dieu sauverait le "petit reste" des croyants qui sauraient s'inscrire en faux contre le libéralisme athée. La dénonciation de la perversité du monde – la croisade contre le "mariage pour tous" en est le dernier exemple – évitait de s'interroger sur le rôle que l'on faisait jouer à Dieu, et sur la manière dont était rendu le témoignage évangélique.

La décision du pape – même s'il pense qu'il faut à la tête de l'Église un homme plus fort que lui pour combattre une société libérale qu'il ne cesse de condamner depuis les années 1970 – remet en fait profondément en question cette posture inquiète, "restauratrice" et régressive.

UNE DÉCISION EN SON ÂME ET CONSCIENCE

C'est bien l'individu Joseph Ratzinger qui prend sa décision en âme et conscience. C'est bien la liberté de cet individu qui s'impose à toute l'Eglise.

C'est bien la raison qu'il applique à l'analyse de la situation à laquelle il est confronté, qui le conduit à penser qu'une certaine idée de la foi ne suffit pas à faire face aux problèmes.

En ce sens, Benoît XVI s'inscrit dans le mouvement fondateur d'une modernité qu'il a beaucoup critiquée. Sa décision fait signe que ce n'est pas hors de cette modernité que peut se rendre le témoignage de la foi.

Tel est finalement le principal défi devant lequel se trouve l'Eglise. Comment manifester que la posture chrétienne – celle qui surgit dans l'histoire avec Jésus de Nazareth – peut-être, au cœur même de cette modernité, et non pas hors d'elle ou contre elle, un moteur de transformation du monde et d'accomplissement personnel et collectif ?

C'est bien parce qu'après les avancées de Vatican II, les chrétiens n'ont pas su répondre à cette question que, partout où la société libérale a progressé, les Eglises se sont vidées.

C'est à partir de là seulement que les interrogations nécessaires sur l'organisation politique de l'Eglise et de la définition des ministères pourront trouver des réponses dynamiques et pertinentes.

Le geste de Benoît XVI invite les chrétiens à tourner le dos au fidéisme pour se demander comment il est raisonnable de croire et d'agir pour que le monde puisse trouver les chemins de son avenir, dans la justice, la liberté et la paix, puisque tel est bien le mouvement de la prédication évangélique. A eux d'être, de nouveau, résolument modernes.

Jean-François Bouthors, éditeur et écrivain

 

Jean-François Bouthors est notamment l'auteur de "Paul, le juif", aux éditions Parole et silence, Collège des Bernardins.

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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 08:22
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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 06:26

INVITATION-LIAO-YIWU_HD_RECTO.jpgINVITATION LIAO YIWU HD VERSO

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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 07:55
Désolé de vous avoir délaissé si longtemps.
Je me "rattrape" en vous proposant ce texte publié dans Ouest France:
 
Caricatures de Mahomet. « Un mauvais usage de la liberté d’expression »
 
 
La liberté d’expression est un bien précieux. Elle est même l’un des plus beaux acquis de la démocratie. De quoi témoigne-t-elle ? De ce que nous n’avons plus peur des mots, des images, des idées. Elle est le signe d’une liberté intérieure enfin trouvée par rapport à ceux qui ne pensent pas comme nous, y compris par rapport à nos adversaires, ou à ceux qui pour une raison ou une autre peuvent nous apparaître menaçants. Elle est l’affirmation d’une force tranquille, qui nous rend capables de faire face au désaccord, à l’incompréhension, voire à l’insulte, sans nous jeter sur l’autre pour le faire taire.
En ce sens la liberté d’expression est l’un des plus immenses progrès de l’humanité. Une victoire sur la peur et le fantasme.
 
Il ne suffit pas de l’affirmer, ni d’en user. Il faut aussi se tenir à la hauteur de ce qu’elle manifeste. C’est-à-dire refuser d’avoir peur de l’autre et de la contradiction, voire de la violence qu’il nous oppose. Ne pas répliquer à la haine par la haine. Ne pas ajouter l’injure à l’insulte. Croire à la force contaminante du respect, de la retenue, du dialogue. Et parfois aussi de la patience, même si elle doit être difficile, douloureuse. Croire à la longanimité - cette capacité à contenir ses réactions violentes - comme puissance de transformation, contre la précipitation de l’Histoire.
 
Nous sommes à juste titre révulsés à la fois par l’absurdité et l’abjection d’un film islamophobe qui n’a d’autre but que d’attiser les haines, et par les scènes de violence collective qui lui répondent. Nous refusons à juste titre cette forme de culpabilité collective à laquelle les extrémistes poussent les foules d’un camp et de l’autre, les uns en désignant « les musulmans » comme des adversaires, les autres faisant porter à l’Amérique, ou à l’Occident la responsabilité d’un brûlot qui est le fait d’une poignée d’individus abjects.
 
Prétendre défendre la liberté d’expression en se prêtant à son tour au jeu du mépris, du sarcasme, de la stigmatisation, est une faute grave. C’est précisément céder à la peur et aux passions, alors que l’affirmation de la liberté d’expression suppose qu’on renonce à répondre à l’adversité par la violence, l’insulte ou le mépris, et que l’on maîtrise soi-même ses propres passions et pulsion.
Que ce mauvais usage de la liberté d’expression vienne de la tradition anarchiste ne surprend pas : l’anarchisme rejette cette maîtrise des passions, il dessine un monde darwinien où la liberté du plus fort est finalement la seule loi. C’est que par nature l’anarchisme est antidémocratique. Il n’est donc malheureusement pas étonnant que ceux qui s’en réclament, participent finalement au jeu mortel des extrémistes, tout en prétendant les combattre.
 
Loin d’apaiser, l’usage frauduleux de la liberté d’expression, ne peut qu’attiser les haines. Les démocraties devraient au contraire dessiner l’horizon vers lequel peuvent tendre peuples musulmans qui tentent de se délivrer des dictatures qui les ont asservis : celle d’une civilisation délivrée de la peur de l’autre, où nous sommes mutuellement capables de ne pas nous laisser emporter par les excès de quelque bord qu’ils viennent, pour chercher en commun les modes de modération du vivre ensemble. Une civilisation de la non-violence.
Jean-François BOUTHORS.
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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 09:30

Les nouvelles qui viennent du Vatican ne sont franchement pas bonnes. La bataille acharnée qui s’y livre pour le pouvoir prend un tour plus qu’amer. La simple lecture de La Croix, un journal qui ne joue pas les incendiaires et s’efforce en toutes circonstances de porter un regard raisonnable et pacifié, compréhensif est en elle-même déstabilisante. Qui aurait pu imaginer que le quotidien catholique titre un jour, comme il l’a fait il y a peu, sur toute sa une, « Crise de pouvoir au Vatican » ? Je connais bien et depuis de longues années ce journal. Il faut que les choses soient graves pour qu’il en arrive à cette extrémité.

Cette bataille qui se livre autour de la personne du cardinal Bertone, secrétaire d’État du Vatican, le bras droit du pape, est si rude que celui-ci est venu hier répondre sur la première chaîne de télévision italienne, la Rai 1. Cela aussi était inimaginable il y a seulement cinq ans.

Tout cela n’est évidemment pas sans rapport avec la question de la réintégration des membres de la fraternité Saint Pie X. Les déclarations contradictoires de divers membres de la Curie qui se sont succédé ces dernières semaines, sur la méthode et le calendrier montrent que les avis divergent pour le moins. La plus inquiétante est celle du cardinal allemand Walter Brandmüller, ancien président du Comité pontifical des sciences historiques, qui a expliqué, après avoir célébré selon le rite tridentin, dans la basilique Saint-Pierre, que la déclaration conciliaire Nostra Aetate, qui fut l’un des points de rupture avec Mgr Lefebvre, en raison de ce qui était dit sur les juifs, « n’était pas contraignante ». Une manière polie de dire que l’on pouvait l’oublier. Ce fut un tournant dans l’histoire de l’Église, voulu par Jean XXIII qui voulait que soit mis fin à l’enseignement du mépris et tirées les leçons de la tragédie de la Shoah. Que ce soit de surcroît un cardinal allemand qui s’exprime ainsi, publiquement, laisse pantois. Certes un autre cardinal avait dit le contraire quelques jours avant, mais c’était simplement réaffirmer le statut d’une déclaration conciliaire, et répéter ce que le Vatican avait toujours dit[1]. Bien sûr il ne s’agit que de la parole d’un cardinal, mais ce qui est nouveau et qui n’augure rien de bon, c’est que désormais ce genre de parole semble pouvoir être tenue normalement sur la place publique. À ma connaissance, le Vatican n’a pas jugé bon de désavouer publiquement le cardinal Brandmüller. Triste et ahurissant.

Dans cette bataille complexe, ce qui est grave c’est que le pape devient, en quelque sorte, un instrument : la publication de documents privés venus de son propre bureau est pour le moins choquante. Elle porte atteinte non pas à la personne de Joseph Ratzinger/Benoît XVI, mais à la fonction pontificale de « tête de l’Église ». Dans ce qui se passe, on voit bien qu’il ne reste à la fois plus rien de la collégialité des évêques, et que celui qui est le premier d’entre ses pairs n’est plus respecté. C’est toute l’autorité de l’Église qui est battue en brèche. Et il ne s’agit pas d’une autorité qui distribuerait les bons et les mauvais points, mais d’une autorité qui délivre, par le témoignage et le moyen de la communion de toute l’Église, une parole de vie, la parole du Christ. Si cette autorité n’est plus crédible, la transmission de cette parole est mise à mal. C’est le Christ qui n’est plus offert à tous.

Plusieurs commentateurs, dont Bernard Lecomte, explique que ce n’est pas si grave, car l’Église en a vu bien d’autres par le passé. Ils n’ont pas tort sur le second point, mais ils oublient que par le passé, tout se jouait dans un huis clos, qui préservait l’autorité de l’Église, aux yeux des fidèles, mais aussi aux yeux du reste du monde. Il suffisait d’attendre que la crise se passe, et ensuite tout reprenait presque comme si de rien était, puisqu’on avait lavé le linge sale en privé. Aujourd’hui, c’est sur la scène publique que cela se passe, et l’effet de contre-témoignage est majeur. Alors que Benoît XVI qui voulait réparer le schisme lefebvriste, c’est une situation bien pire qui se fait jour : la manifestation d’une crise de foi au sommet de l’Église. Car où est la foi dans ce genre de bataille ? Quel témoignage est-il donné au monde, alors que comme nous l’avons encore entendu récemment lors de la fête de la Pentecôte, nous sommes envoyés par le Christ annoncer la bonne nouvelle au monde ? Si les uns et les autres, dans la Curie romaine et autour d’elle, en viennent à de tels moyens, n’est-ce pas le signe qu’ils ne sont plus capables de croire en la promesse de vie qui a été donnée, qu’elle ne croit pas en la force de l’amour, de la vérité et de la justice. La Bible fourmille d’exemple où la volonté des hommes de forcer le destin, pour obtenir ce qu’ils veulent, débouche sur des catastrophes, qu’il faut longtemps à réparer, et avec les séquelles desquelles il faut vivre encore plus longtemps.

La manière dont le pouvoir chinois réagit, par exemple, est une première illustration des dégâts produits : les médias officiels se délectent de ces batailles de chiffonniers romains, trouvant là une belle occasion et de formidables arguments pour combattre la progression du catholicisme en Chine. Cette progression reposait sur une forme de crédibilité accordée au courage des chrétiens chinois dans la persécution. En montrant la chienlit romaine, Pékin objecte que ce courage a été singulièrement mal placé… Si le christianisme doit être à l’image du Vatican, ceux qui ont versé leur sang en Chine sont les rois des imbéciles, affirme la propagande chinoise, qui joue sur du velours.

Ce que Pékin met ainsi en scène de façon tapageuse, n’est-ce pas que beaucoup se disent hors de l’Église : comment le Vatican peut-il se targuer d’expertise en humanité, et se poser en défenseur des valeurs, notamment familiales, en se comportant de la sorte. Pourtant, même si une partie du discours de l’Église est contestée, sur bien des plans elle restait une référence, au plan international, lorsqu’il s’agissait de porter une parole de paix et de justice, lorsqu’il s’agit de veiller au sort des plus humbles, d’être la voix des sans voix. Voilà que nous sommes en train de ruiner cette crédibilité, et avec elle celle du message chrétien. Malheureux sommes-nous, qui scandalisons ainsi ceux qui auraient besoin de pouvoir accueillir la parole de vie. Cela ressemble fort au péché contre l’Esprit.

Desiderius Erasme



[1]Que le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, ait senti le besoin de rappeler publique ce qui devait aller de soi était en fait une indication qu’il sentait que le vent était en train de tourner sur ce point. Une manière d’allumer un contre-feu préventif. Cela n’a manifestement pas suffi. Au contraire, même. Rappelons que le cardinal Béa qui fut pendant le concile le maître d’œuvre de la déclaration Nostra Aetate, à la demande expresse de Jean XXIII, était alors en charge du Secrétariat pour l’unité des chrétiens, qui venait d’être créé.

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 14:23

Deux expositions à ne pas manquer (article paru dans Témoignage chrétien). Amicalement. D.E.

 

Matisse, paires et séries, au Centre Pompidou, à Paris, jusqu’au 18 juin

Degas et le nu, au musée d’Orsay, à Paris, jusqu’au 1er juillet

 Nous vivons, paraît-il, dans la société du zapping compulsionnel, du besoin de surfer sans cesse d’un sujet à l’autre de peur de nous lasser. De fait, il est deux manières de tromper l’ennui. L’une consiste à passer d’une image, d’un objet ou d’un être à l’autre, pour renouveler nos impressions premières. On tourne les pages, les images et les visages en quête de divertissement.

L’autre suppose au contraire d’insister sur la rencontre, sur le regard, en refusant de se laisser divertir, pour permettre au sujet lui-même de se révéler, passé le temps de l’habitude ou de l’évidence, comme nous ne l’avions encore pas vu. C’est la contemplation

Deux expositions font à merveille la démonstration de la puissance de la contemplation. À Orsay, Degas, à Pompidou, Matisse, sont présentés à travers le jeu de l’exploration multiple d’un sujet.

Le nu, pour Degas, commence de manière académique, puis narrative, avec des scènes « historiques » puis des instantanés de maisons closes, pour finir par une forme de contemplation pure du corps, comme présence, sans que n’apparaisse plus le visage des modèles. Ce corps devient finalement ligne, couleur, vibration. Il n’est pas pour autant spiritualisé. Disons plutôt aimé, jusque dans sa nature prosaïque, voire son animalité. Le peintre qui aimait tant la danse compose à sa manière une sorte de paisible « Ecce homo », essentiellement féminin pour nous dire la beauté de la condition humaine primordiale, avant tout artifice…

Chez Matisse, la joie de peindre ou de dessiner est manifeste. Approfondir, reprendre, redécouvrir le sujet, le peintre ne fait que cela. Sans jamais se lasser. Et cela devient une leçon de philosophie. En effet, la multiplicité du regard sur le « même » ouvre un dialogue entre les œuvres qui révèle que le « même » est plus que l’identique ou la reproduction. En creusant le « même », Matisse met à jour de l’« autre », dont il nous fait entrevoir la présence infinie.

La grâce de l’œuvre de Matisse peut donner le sentiment que c’est facile. Mais c’est un travail, un effort sur soi. « Si je trouve qu’il y a une faiblesse dans mon ensemble explique-t-il, je me réintroduis dans mon tableau par cette faiblesse – je rentre par la brèche – et je reconçois le tout. »

Contempler suppose d’affronter la faiblesse de notre regard, pour reprendre là où précisément il a où il a perdu le fil de l’empathie pour son objet. La leçon de Matisse, c’est que cette reprise, cette insistance, est promesse d’illumination et d’extase. L’empathie est, en effet, si présente chez lui, dans le regard qu’il porte sur ses sujets, que la série produit une forme de déploiement du mystère même de ce qu’il peint. La contemplation devient tout simplement révélation, accomplissement. Alors il n’est plus besoin de zapper : la contemplation devient une forme de fidélité à ce (ceux) qui entre(nt) dans le champ de notre regard.

Jean-François Bouthors.

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  • Desiderius Erasme
  • La liberté de l'Evangile est la plus belle chose que l'on puisse partager. Elle est à la fois critique et aimante, source de joie et soutien dans l'épreuve. Elle invite à toujours plus d'humanité...
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