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8 juillet 2010 4 08 /07 /juillet /2010 08:24

« Au milieu de vous, je suis »

Osée 11, 1. 3-4, 8c-9 ; Matthieu 10, 7-15

Parmi les prophètes, Osée est peut-être celui qui nous fait le mieux sentir la tendresse de Dieu. « J’ai aimé Israël dès son enfance… C’est moi qui lui apprenais à marcher… » dit le Seigneur, qui ajoute cette phrase surprenante : « Je le guidais avec humanité, par des liens de tendresse… »

Dieu est doué d’humanité ! Il n’est donc pas si loin, pas si dissemblable de nous. Il est le meilleur de nous-mêmes. C’est même cette ressemblance qui explique la compassion de Dieu à notre égard. « Mon cœur se retourne contre moi » dit Dieu lorsque l’infidélité des hommes le révolte. Car les hommes, dit-il, ne comprennent pas que Dieu vient à leur secours.

Il semble que nous vivons dans l’ignorance de l’amour de Dieu pour nous. Certes nous pouvons affirmer cet amour en parole, je peux l’écrire, mais est-il le point d’appui sur lequel s’édifie notre vie, à partir duquel s’oriente nos relations ? Cette question nous rappelle le livre de la Sagesse : « Il ignore celui qui l’a façonné, qui a soufflé en lui une âme active et insufflé un esprit qui fait vivre. A ses yeux notre vie est un jeu, l’existence une foire d’empoigne : il faut tirer profit de tout, même du mal… »

Dieu aurait des raisons d’être lassé de cette ignorance. Les hommes ne se lassent-ils pas de n’être pas reconnus par leurs proches ? Mais c’est là où l’humanité de Dieu dépasse la limite humaine : « Je suis Dieu et non pas homme : au milieu de vous, je suis le Dieu saint, et je ne viens pas pour exterminer. »

J’ai appelé mon fils

 « Au milieu de vous, je suis… » Dieu ne se retire pas. Il ne prend pas congé. Il demeure au milieu des hommes auxquels il a donné la vie.

Jésus ne demande pas à ses apôtres d’annoncer autre chose : « Sur votre route, proclamez que le Royaume de Dieu est proche. » S’il les enjoint de guérir les malades, de ressusciter les morts, de purifier les lépreux et de chasser les démons, c’est pour signifier cette proximité, cette présence de Dieu. Ce n’est pas pour faire recette, mais pour prolonger la gratuité de cette présence – « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » –, de cette magnanimité. C’est pour déployer l’humanité de Dieu parmi les hommes.

Telle est la tâche qui revient aux disciples du Christ, aux amis du fils de l’Homme, aux frères du fils de Dieu. Celui dont Osée dit : « J’ai appelé mon fils pour libérer Israël de l’Égypte. »

D.E.

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7 juillet 2010 3 07 /07 /juillet /2010 17:58

Un risque à prendre pour témoigner

Osée 10, 1-3, 7-8.12 ; Matthieu 10, 1-7

Le prophète Osée poursuit sa décapante description de l’infidélité d’Israël. Cette infidélité est aggravée, semble-t-il dire, par le contraste entre la profusion du don de Dieu et l’aveuglement de celui qui est comblé. « Israël était une vigne luxuriante qui portait beaucoup de fruit ! » On ne peut rêver mieux que cette abondance, et pourtant cette évidence est ignorée : loin d’y trouver une raison de rendre grâce au Dieu qui tient son engagement, une raison de croire que l’avenir est ouvert, possible, l’homme – Israël, c’est certes le peuple élu, mais c’est aussi la figure de tout homme, puisque tout homme est aimé de Dieu – fait comme s’il devait chercher des garanties, des assurances, ailleurs que dans la confiance en la fidélité de Dieu, dont les gages sont pourtant bien visibles.

Osée nous parle d’autels, de stèles, de cultes et d’idoles. N’y voyons pas simplement des artifices religieux, mais tout ce à quoi nous finissons par donner une valeur d’absolu, une valeur qui nous dispenserait de nous tenir dans une position où l’on donne et où l’on reçoit. C’est aussi ce que nous pensons devoir capter pour un usage strictement égocentré, tout ce dont la possession finit par nous sembler un gage de sécurité, de jouissance tel que nous le faisons passer avant la considération aimante de l’autre. Ce qui domine alors, c’est la convoitise, et toutes les soumissions et avilissements qu’elle induit.

Tout cela, nous dit Osée, est voué à la ruine. En revanche, il est possible de retrouver le chemin d’une attitude qui nous replace dans la dynamique du don de Dieu : « Faites des semailles de justice, récoltez une moisson de miséricorde ! » Retrouver le chemin de la justice, ce n’est pas simplement faire amende honorable et se corriger – même si cela a de l’importance – c’est plus profondément permettre qu’advienne la justice du Juste, et qu’elle porte son fruit. C’est redonner à Dieu dans nos vie l’espace de son action : voilà les terres en friches qu’il faut défricher. Mais croyons-nous encore que Dieu va « venir répandre sur [nous] une pluie de justice » ?

Signe

Quand Jésus envoie les Douze, dont Matthieu nous donne la liste des noms, il leur demande d’aller vers les brebis de la maison perdue d’Israël. Pourquoi ce choix ? Non pas parce que Jésus ne serait pas encore conscient de l’universalité de l’annonce du salut, mais parce qu’il faut qu’Israël puisse être le signe universel de la fidélité de Dieu. C’est parce que Dieu n’oublie aucune des « brebis perdues de la maison d’Israël » que sa fidélité peut apparaître aux païens comme un fondement plus solide que les subterfuges de l’idolâtrie.

Dès lors, le témoignage que les disciples ont à porter, celui que nous avons à soutenir, c’est celui de la foi dans le don même de Dieu. En étant le signe que Dieu est fidèle et que les hommes peuvent compter sur lui, nous offrirons à d’autre la possibilité de rentrer dans cette « économie », dans cette manière de vivre, en donnant et en recevant, sans rien accaparer. C’est un des secrets de la confiance qui permet de vivre ensemble en société. Or n’est-ce pas cette confiance qui fait le plus défaut aujourd’hui ? La meilleure manière de la rétablir, c’est de s’y risquer. Chiche !

D.E.

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6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 08:24

Notre Dieu n’est jamais lointain ni indifférent

Osée 8, 4-7. 11-13 ;  Matthieu 9, 32-38

« Qu’ils retournent donc en Égypte ! » Il y a des jours, comme aujourd’hui, dans la bouche d’Amos, où la parole de Dieu claque comme une gifle. Des jours où l’on se dit que l’homme – nous-mêmes – a l’étonnante capacité de pousser à bout son Créateur qui a le sentiment de n’en pouvoir mais. Des parents peuvent comprendre cela : il arrive parfois qu’un fils ou une fille pour qui l’on a le sentiment d’avoir tout fait s’enferre dans une voie où il ou elle se fait mal.

Amos nous dit ainsi que Dieu semble éprouver du désarroi devant l’infidélité des hommes. Devant l’hypocrisie aussi de certaines attitudes religieuses : « Ils offrent des sacrifices pour me plaire et ils en mangent la viande, mais le Seigneur n’y prend pas plaisir. Au contraire, il y trouve le rappel de toutes leurs fautes. »

Cette déconvenue de Dieu, cette tristesse, est émouvante. Elle exprime, si l’on peut dire, « l’humanité de Dieu », sa proximité, sa ressemblance, comme le suggère la Genèse, son cœur sensible. Dieu n’est pas simplement un Grand Tout lointain, mais il a quelque chose d’une personne, qui se préoccupe de l’autre que nous sommes à son égard.

On trouve cela en Jésus, dans le passage que nous lisons aujourd’hui dans l’évangile de Matthieu. Il guérit les hommes qu’on lui présente et certains, de manière incompréhensible, le rejettent en l’accusant de faire le mal. Mais lui voit le désarroi des foules : « Il eut pitié d’elles, parce qu’elles étaient fatiguées et abattues comme des brebis sans berger. »

L’exaspération exprimée par le prophète, ou la compassion dont témoignent Jésus nous disent l’une et l’autre, que Dieu n’est pas indifférent. Jamais.

Le comprendre peut nous ouvrir le cœur, nous ouvrir le regard, nous aider à nous mettre nous même dans la disposition qui est la sienne. Alors nous pourrons entrer dans le mouvement qui est le sien.

Le sens de la moisson

On peut s’étonner de ce que propose Jésus à ces disciples. Devant le désarroi des foules, il ne leur demande pas d’abord de combler les manques et de panser les plaies… Il ne leur propose pas, contrairement à ce que l’on imagine souvent en utilisant ce texte comme une sorte de réponse à la crise des vocations, de devenir des prêtres ou d’appeler des gens à devenir prêtres.

Il commence par leur suggérer un regard sur la situation : ces foules harassées, Jésus les voit comme une moisson, comme un fruit à récolter qui va lui-même devenir nourriture. La moisson, n’est pas faite en effet pour demeurer en vitrine. Le grain sera moulu, et la farine deviendra du pain qui sera partagé… N’est-ce pas ce que Jésus lui-même vivra, se faisant nourriture pour le monde. Les disciples sont donc invités à demander au « maître de la moisson », d’initier le mouvement, en envoyant des ouvriers pour la moisson – qui seront-ils ? Jésus ne le dit pas –, afin que les hommes découvrent que c’est en se donnant les uns aux autres que la vie prend sens et grandit. Ainsi auront-ils alors le cœur à l’image et à la ressemblance même de celui de Dieu.

D.E.

 

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5 juillet 2010 1 05 /07 /juillet /2010 08:29

La simplicité du salut semble déconcertante

Osée, 2, 16-18.21-22 ; Matthieu 9, 18-26

Dans le passage de l’évangile de Matthieu que nous lisons aujourd’hui, deux guérisons sont emboitées l’une dans l’autre. Un « chef » demande à Jésus de venir ressusciter sa fille qui vient de mourir, Jésus se lève aussitôt pour se rendre chez lui. En chemin, une femme touche la frange de son vêtement, en espérant être guérie, et elle l’est.

Ce qui frappe, c’est la simplicité. La disponibilité de Jésus est totale. Il se prête à ce qu’on lui demande. Matthieu note même que Jésus « se mit à suivre » le chef… Il aurait pu écrire : « Il partit avec lui », mettant les deux sur un pied d’égalité. Mais il montre étonnamment Jésus en position de… disciple ! Quant à la femme, impure du fait de ses hémorragies, Jésus ne lui demande rien, mais il la conforte ! La résurrection de la jeune fille est tout aussi simple : Matthieu ne nous rapporte aucune prière, aucune incantation – à la différence de la résurrection de Lazare, dans l’évangile de Jean – : Jésus se contente d’entrer, de saisir la main de la jeune fille et celle-ci se lève.

Le salut serait-il si simple ? La vie serait-elle si « naturelle » ? Reconnaissons que c’est assez déconcertant, et que cela nous convie à ne pas chercher midi à quatorze heure. Peut-être nous faut-il avoir confiance dans la simplicité même de notre désir, et reconnaître que Jésus vient s’y inscrire, comme il se lève et marche à la suite de ce père qui vient de perdre sa fille et veut qu’elle vive, comme il accueille cette femme qui veut recouvrer la santé et sans doute pouvoir elle aussi donner la vie…

Remariage

La parole portée par le prophète Osée est de la même eau baptismale, si l’on peut dire. On y entend Dieu annoncer qu’il veut raviver le désir de son épouse infidèle. Cette fois-ci c’est la foi de Dieu en l’homme qui s’affirme : « Elle me répondra comme au temps de sa jeunesse. » Dieu ne doute pas que l’homme puisse recevoir la vie et entrer avec lui dans un rapport de liberté : « Tu m’appelleras “mon Époux” et non plus “mon maître”. »

Dans la corbeille de ce « remariage », Dieu apporte tout : la justice et le droit, l’amour et la tendresse. Plus encore, il restaure ce qui était brisé : à son épouse infidèle, il promet d’apprendre la fidélité. Et l’on sent bien ici que cet enseignement n’est pas l’instauration d’un lien aliénant, mais un don de bonheur, puisque l’infidélité naît de la crainte de n’être pas comblé, du rêve de trouver ailleurs ce qui est déjà donné, mais que l’on ne goûte plus.

Puissions-nous nous laissez convaincre par cette simplicité, pour goûter davantage le don de Dieu et en être les témoins de façon que les hommes et les femmes de notre temps découvrent à leur tour à quel point ils sont aimés.

D.E.

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3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 09:22

Thomas a raison de ne pas vouloir croire aveuglément

Éphésiens 2, 19-22 ; Jean 20, 24-29

Vous dirais-je que j’aime bien Thomas que nous fêtons aujourd’hui ? Grâce à lui, tous ceux qui ont du mal à croire sont bienvenus dans « la famille de Dieu » – selon l’expression de Paul dans sa lettre aux Éphésien. Thomas demande des raisons de croire. Et il a raison. Jésus n’a-t-il pas dit que viendront des personnages douteux qui se présenteront comme le Messie ? La foi n’interdit pas le discernement. La foi n’interdit pas l’intelligence. La foi n’interdit pas la confrontation au réel.

D’ailleurs Jésus ne fait pas reproche à Thomas de vouloir mettre à l’épreuve des faits le témoignage des autres disciples. Jésus vient d’abord rejoindre son disciple là où il est, dans son questionnement. Et c’est sans doute la première chose qu’il faut contempler. Le Christ n’est pas celui qui trônerait dans les cieux, auréolé de sa résurrection en regardant avec mépris et suffisance les hommes qui demandent des raisons de croire.  Ressuscité, le Fils de Dieu vient encore rejoindre les hommes là où ils sont, dans leurs interrogations.

Thomas ne s’excuse pas d’avoir demandé à voir. Il fait beaucoup mieux : il confesse sa foi. Il faut noter que dans l’évangile de Jean, après la résurrection, c’est lui, et lui seul, qui porte en tout lettres cette superbe confession de foi, si personnelle : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Marie Madeleine s’adresse à Jésus en lui disant « Rabbouni » c'est-à-dire, « Maître », avec sans doute une tonalité affectueuse, puis elle dira aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ». Mais seul Thomas s’adresse à Jésus de cette étonnante manière. Dans cette confession, le cœur dépasse alors la raison : ce n’est pas la « preuve » qui convainc Thomas de croire, aucune preuve ne le peut, c’est son cœur qui trouve alors sa liberté pour adhérer au Christ, dans un élan d’amour.

« Parce que tu m’a vu tu crois, heureux ceux qui croiront sans avoir vu », dit Jésus à Thomas. De fait, nous ne voyons pas Jésus comme Jean nous dit que Thomas l’a vu. Cependant, il ne nous est pas interdit de demander des raisons de croire, et encore moins de croire avec raison. Ce qui importe, en définitive, c’est de trouver les chemins de cette liberté intérieure qui nous conduisent de la raison à l’amour – sans abandonner pour autant la raison.

Notre jumeau, ce juif…

Alors nous pouvons entendre pour nous la parole de Paul aux Éphésiens : « maintenant, frères, dans le Christ Jésus, vous n’êtes plus des étrangers ni des gens de passage, vous êtes citoyens du peuple saint, membre de la famille de Dieu. »  L’amour qui nous saisit, si nous y consentons comme Thomas, fait que nous ne sommes pas des intermittents de la foi, que nous ne sommes pas de simples visiteurs qui viennent voir quelques choses d’admirable, mais que nous sommes à notre tour intégré durablement « à la construction qui a pour fondation les Apôtres et les prophètes ».

Remarquons ici la place accordée aux prophètes. Paul signifie ainsi que les Apôtres, dont lui-même, n’ont pas inventé le Christ, mais qu’ils se situent dans l’héritage spirituel d’Israël. Il est vrai, ne l’oublions pas, que notre « jumeau », Didyme – c’est l’autre nom de Thomas –, est juif. Comme Nathanaël qui, au début de l’évangile de Jean, demande lui aussi à voir, lorsque Philippe lui annonce qu’il a trouvé « celui dont il est question dans Moïse et les prophètes ». Nathanaël confessera après l’avoir rencontré, que Jésus est « le fils de Dieu, le roi d’Israël ». Avec des jumeaux pareils, j’incline à penser qu’il ne nous est pas interdit, pour ne pas dire il nous est recommandé, d’être à notre tour, un peu juif.

D.E.

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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 08:47

De la protestation d’Amos à la libéralité de Jésus

Amos 8, 4-6. 9-12 ; Matthieu 9, 9-13

Rien de nouveau sous le soleil, comme dit l’Ecclésiaste : la parole d’Amos est inlassablement d’une brûlante actualité, lorsqu’il dénonce l’appât du gain, qui va jusqu’à tirer profit du malheureux et du pauvre qui n’en peut mais. Pourtant, il faut aller un peu plus loin que cette légitime indignation, dont nous voyons bien qu’elle ne suffit pas à faire reculer l’injustice. Nous avons beau nous indigner, l’injustice ne cesse de fleurir. Amos dit en effet autre chose que nous n’entendons pas toujours, fascinés que nous sommes par la vigueur de sa protestation.

« Quand donc la fête sera passé… Quand donc le sabbat sera-t-il fini… ? » L’appétit de richesse conduit à considérer le temps consacré à célébrer Dieu, à ouvrir les yeux sur ses dons et sa grâce, comme du temps perdu. Il y a mieux à faire, il y a plus rentable… Cela semble une évidence : Dieu, ça rapporte quoi et combien ?

Cela ne va pas sans conséquences. Si Dieu est assigné à la plus petite place possible, avant peut-être d’être évacué purement et simplement, c’est son don qui risque de disparaître finalement avec lui. Non pas qu’il cesse de donner, mais que nous ne sommes plus en état de recevoir. C’est ce qu’Amos annonce : le soleil qui disparait en plein midi, la lumière obscurcie, les fêtes qui tournent au deuil. L’éviction  de Dieu tourne à la perte, et une perte essentielle : un deuil de fils unique. C’est la perte de soi-même en son prolongement. C’est l’extinction de soi dans sa lignée. N’avons-nous pas le sentiment que notre génération est au bord de cela ? Y a-t-il plus grande amertume que cette perte là ?

Le sabbat élargi

Nous savons qu’en la personne de Jésus, Dieu lui-même vient endosser cet amertume, en livrant son unique aux ravages des passions désordonnées des hommes. Puisque l’homme risque d’être en deuil de son devenir, unique, Dieu prend en Jésus cette place, pour que l’homme vive. Voilà pourquoi Jésus appelle le publicain Matthieu, voilà pourquoi il laisse pécheurs et publicains prendre place à sa table. Parce qu’il faut ramener les hommes à la source qu’ils ont délaissées et dont ils semblent avoir perdu jusqu’à l’adresse… Ce faisant, Jésus prend sur lui l’amertume du monde et ramène la source divine près de ceux qui ne savaient plus où la chercher. Ainsi n’abolit-il pas le sabbat, mais l’étend-il, l’élargit-il pour que les hommes retrouvent le goût du don de Dieu. Ainsi nous propose-t-il de faire de même, d’être signe de miséricorde pour les hommes, en nous confions le pouvoir de témoigner du pardon.

Amos annonce une famine. Mais une famine bien singulière : « Ce ne sera pas une faim de pain, ni une soif d’eau. Mais la faim et la soif d’entendre les paroles du Seigneur. On se trainera d’une mer à l’autre… pour chercher en tout lieu la parole du Seigneur, mais on ne la trouvera pas. » On ne peut en effet la trouver quand on l’a congédiée. Pourtant, Amos annonce aussi, plus loin, la restauration d’Israël. Cette parole de vie ne cesse en effet de vouloir revenir, et cette famine en creuse le désir. L’impossibilité de la trouver dit, en creux, qu’elle reviendra comme un don gratuit, et pas comme un gain dont nous pourrions nous enorgueillir. Puisqu’il s’agit de sortir de la logique du gain pour retrouver celle du don offert et reçu.

D.E.

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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 07:53

Un pouvoir extraordinaire nous est confié.

Amos 7, 10-17 ; Matthieu 9, 1-8

Le récit de la guérison du paralytique de Capharnaüm, nous l’avons lu et relu, commentant la démarche de ceux qui avaient amené le malade (le récit de Luc les met en valeur), ou les murmures des scribes… En général, on prête moins d’attention à la finale de la péricope en Matthieu : « Voyant cela, la foule fut saisie de crainte et elle rendit gloire à Dieu qui a donné un tel pouvoir aux hommes. »

Ce que l’évangéliste affirme ici, ce n’est pas simplement que Jésus est investi d’un pouvoir divin, ce qui en soit, à ce moment de l’évangile, mériterait d’être salué, ce n’est pas seulement le caractère extraordinaire de voir se lever, sur une simple parole d’un thaumaturge itinérant, un grabataire, c’est la reconnaissance qu’un tel pouvoir a été donné aux hommes.

Quel pouvoir ? Celui de guérir le corps et le cœur, presque celui de « re-créer » l’homme, de lui rendre sa « fraicheur ». Lorsque nous étions enfants, depuis l’école primaire jusqu’au lycée, nous aimions les « récréations », ces moments où nos corps et nos esprits, après la contrainte de l’apprentissage, de l’effort, pouvait comme se déplier, se déployer, courir et voguer au gré de l’imagination, goûter la liberté. Il y a quelque chose de cela, l’homme reçoit de Dieu le pouvoir de re-création, de redéployer une liberté enfermée, contrainte. C’est énorme, et cela mérite bien de rendre gloire à Dieu.

En avons-nous seulement conscience ? Vivons-nous les uns vis-à-vis des autres avec la certitude que nous pouvons mutuellement nous redonner cette liberté intérieure, mais aussi physique, matérielle dont nous serons tous bénéficiaire ?

Impossible de se taire et de se dérober

Le livre d’Amos nous donne l’exemple d’un homme qui n’y croit pas. Le prêtre Amazias ne supporte pas la liberté de parole du prophète Amos qui annonce au peuple du royaume d’Israël les conséquences à venir d’une conduite qui perpétue l’asservissement, le mensonge, l’idolâtrie. Il le dénonce au Roi et, conseil d’ami, enjoint au prophète d’aller se faire entendre ailleurs.

La réponse d’Amos est d’une simplicité exemplaire : « Le Seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau. C’est lui qui m’a dit : “Va, tu seras prophète pour mon peuple.” » Dieu l’a fait sortir de sa condition de bouvier pour proposer à Israël de retrouver un chemin de justice, de vérité et de liberté. Pourrait-il se taire ? Pourrait-il se dérober ? Le conseil d’ami d’Amazias est une perversion, puisqu’il s’agit de priver de la parole libératrice ceux à qui elle est destinée. Le prophète en annonce aussitôt les fruits amers.

Une question nous est donc posée : ce pouvoir de recréation, de libération, qu’en faisons-nous ?

D.E.

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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 08:17

La vie est plus forte que nos peurs

Amos 5, 14-15. 21-24 ; Matthieu 8, 28-34

Nous lisons un texte d’évangile pour le moins étrange. Jésus est passé en Transjordanie, hors de la « Terre promise ». Il passe près d’un cimetière, il jouxte le pays des morts… Et l’on apprend que la route  voisine du cimetière est fermée par deux possédés que Jésus va délivrer au terme d’un étrange dialogue avec les esprits qui les habitent. Personne n’a rien demandé, à vrai dire. Jésus a pris un chemin que nul n’osait emprunter, comme il le fera en quittant Jéricho pour monter à Jérusalem où la mort l’attend, et il a rendu ce chemin praticable. La vie l’emporte sur les esprits et sur la mort.  Et la mort va à la mort : c’est le sens de l’image des esprits qui s’emparent des porcs, symboles de l’impureté, et qui ne peuvent constituer une nourriture pour les juifs, lesquels vont ensuite se jeter dans la mer – qui est aussi l’image du monde de la mort et des esprits mauvais – pour y disparaître.

C’est donc un signe très fort que Jésus accomplit. Un signe prophétique : la vie sera donnée là où régnait la mort, et pas simplement dans les frontières de la Terre promise, mais dans un pays qui apparaît, dans la perspective de l’Écriture, comme celui de la mort…

C’est un signe incompréhensible pour les habitants de la ville voisine. Cette puissance de vie, ils n’en voient que la puissance, elle les aveugle, au point qu’ils ne voient pas la vie. Cette puissance les effraie et ils ne souhaitent qu’une chose, l’éloigner. Ne disons pas trop vite que les Gadaréniens préfèrent la mort,  ou qu’ils souhaitent continuer à mariner dans leur enfermement… Ils ont tout simplement peur. Jésus ne semble rien leur dire, il ne leur adresse ni reproche ni explication. Cette heure-là n’est sans doute pas encore venue. Il semble en fait n’avoir agi que pour ses disciples afin de leur apprendre que la puissance de vie qui l’habite ne connaît pas de frontière. N’avait-il pas, auparavant, apaisé la tempête et la mer. « Quel est cet homme pour que le vent et la mer lui obéissent ? » s’était-il demandé. De retour dans « sa ville », il annoncera à un paralytique que ses péchés sont pardonnés…

Comme les disciples, il nous faut découvrir la puissance de vie qui habite Jésus, pour que nos peurs ne nous dominent plus.

Ne demandons pas à Dieu ce que nous avons refusé

C’est à cette condition que nous pourrons entendre et mettre en pratique la parole du prophète Amos : « Cherchez le bien et non le mal afin de vivre. » Inutile de cherchez dans les fêtes religieuses, les assemblées de prière, les sacrifices, les cantiques, des moyens de contourner cet impératif pour demander à Dieu de nous donner une vie que nous nous refusons à nous-mêmes dès lors que nous piétinons la justice. Inutile de demander à Dieu de pallier nos manques, alors qu’il nous a déjà donné les moyens d’y remédier, pour peu que nous écoutions sa parole pour la mettre en pratique.

C’est en nous risquant sur ce chemin où nous hésitons toujours à nous engager, parce qu’il nous semble difficile, que nous expérimenterons la présence, à nos côtés du sauveur. Mais pour cela, il faut y croire. Sinon, nous demeurerons dans l’expectative, comme les Gadaréniens, et nous finirons par supplier la vie que prendre congé de nous.

D.E.

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29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 08:39

Pierre et Paul, sauvés…

Actes 12, 1-11 ;  Lettre à Timothée 4, 6-. 16-18 ; Matthieu 16, 13-19

Nous fêtons aujourd’hui simultanément Pierre et Paul. Les deux premières lectures, de manière très différentes nous disent, non pas tant les mérites ou les exploits des deux apôtres, mais l’action de Dieu à leur écart.

Dans le livre des Actes des apôtres, Luc nous rapporte la délivrance miraculeuse de Pierre, qui avait été arrêté, et que le roi Hérode Agrippa comptait faire comparaître, après avoir fait décapiter Jacques, le frère de Jean. Le récit que fait Luc est presque un conte merveilleux, qui insiste sur le fait que Pierre avait du mal à croire à ce qui lui arrivait. « Il s’imaginait que c’était une vision », écrit l’apôtre. Par contraste, cela permet de donner du relief à la confession de Pierre : « maintenant je me rends compte que c’était vrai : le Seigneur a envoyé son ange… » Pierre confesse qu’il a été sauvé.

Quant à Paul, c’est le récit qu’il fait à Timothée, à la fin de sa vie, qui nous dit qu’il a été lui aussi sauvé. «… tous m’ont abandonné… Le Seigneur lui m’a assisté… Il me sauvera  et me fera entrer au ciel, dans son Royaume. »

Ainsi, ce que nous célébrons, ce ne sont pas des mérites particuliers, ce ne sont pas des dispositions personnelles extraordinaires, mais l’œuvre même de Dieu dans les vies de Pierre et de Paul. Et si nous le faisons, c’est pour nous rappeler que telle est notre foi. Comme Paul le dit d’Abraham, c’est par sa foi qu’il a été compté comme juste et non par ses œuvres.

Ce dont nous devons témoigner, ce n’est pas des mérites que nous acquerrions en étant ou en devenant chrétien, mais du fait que Dieu donne la vie, que nous devons témoigner. Comme le disais récemment un théologien français, le problème de l’Église aujourd’hui, notamment en Europe, c’est sans doute moins celui des vocations que celui de la foi. Notre témoignage ne manifeste pas assez clairement que Dieu est source de salut, don de la vie.

C’est pourtant à cette confession que Pierre parvient, et dont Matthieu rend compte dans son évangile, lorsque Jésus demande à ses disciples : « Pour vous, qui suis-je ? » La réponse de Simon-Pierre est sans équivoque : « Tu es le Messie, le Fils de Dieu ». Le Messie, c’est celui qui vient de la part de Dieu sauver son peuple. Jésus reprend alors la parole pour dire que même cette confession de foi trouve son origine dans le Père : « Heureux es-tu, Simon, fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui es aux cieux. »

La foi elle-même est un don du Père. Alors, la recevant, nous pouvons servir l’œuvre de Dieu, nous faire participant de son don magnanime. C’est en ce sens que Pierre devient la pierre sur laquelle le Fils bâtit son Église. Nous pouvons tous, nous découvrant sauvés, devenir à notre tour, une des pierres sur lesquelles s’édifie le sacrement du salut pour le monde.

D.E.

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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 07:34

La ruine et le salut

Lamentations 2, 2.10-14.18-19 ; Matthieu 8, 5-17

Voilà Jérusalem pillée, détruite… comme l’avait annoncé le prophète qui n’a pas été entendu. Celui-ci, loin de se réjouir d’avoir eu raison, pleure sur ce désastre. C’est que sa parole n’avait d’autre sens que de prévenir la catastrophe et la ruine. Mais d’autres, nombreux, ont entretenu des illusions.

On sent dans la plainte du prophète, dans sa lamentation, toute l’intensité de l’amour qu’il porte au peuple auquel il avait été adressé, et encore et toujours, il désire sauver ce qui peut l’être. La description poignante qu’il fait des survivants est hélas toujours d’une actualité frappante. Combien d’hommes et de femmes sur la planète connaissent pareille situation ?

Ce n’est pourtant pas à un voyeurisme compassionnel que nous convie le prophète, mais à trouver dans la désolation même la force de la conversion, afin de remettre nos existences dans le sens de la vie que Dieu ne cesse de vouloir donner. Et cela commence par le fait de ne pas nous inquiéter d’abord de nous-mêmes, mais des générations qui viennent : « Lève les mains vers Lui, pour sauver tes petits enfants qui meurent à tous les carrefours. » Le salut passe par la compréhension que la vie, c’est d’abord donner la vie.

L’évangile de Matthieu est à cet égard singulier. C’est le récit de deux guérisons successives. Mais contrairement à d’autres récits de guérison, elles ne sont pas explicitement demandées. Certes le centurion romain s’approche de Jésus en le suppliant, mais, telle que la rapporte Matthieu, la parole qu’il adresse à Jésus n’est pas une demande, mais plutôt une information sur la maladie d’un serviteur. L’entendant, Jésus répond : « Je vais aller le guérir. » Comme si c’était la moindre des choses.

Jésus révèle ainsi quel est le mouvement qui l’anime, quelle est sa nature : il est celui qui vient sauver. Et c’est là que le centurion manifeste toute l’ampleur de sa foi : ce n’est pas à un guérisseur qu’il s’adresse, mais à quelqu’un qui est maître de la vie, à quelqu’un dont la parole est l’égale de la parole qui a créé le monde. Cet homme croit vraiment que celui à qui il s’adresse est investi de la puissance divine. C’est en ce sens que Jésus proclame qu’il n’a pas trouvé pareille foi en Israël. Et en voyant cela, il voit comment des hommes qui n’appartiennent pas à Israël sont disposé à accueillir le salut, à entrer dans le mouvement de la promesse faite à Abraham Isaac et Jacob. La parole très dure adressée aux héritiers du royaume vise ceux à qui la parole a été proclamée et qui ne l’ont pas accueillie, si bien qu’elle vaut tout autant pour les chrétiens aujourd’hui que pour les juifs qui entouraient Jésus hier…

On aurait tord de croire que Matthieu fait dire à Jésus qu’Israël sera exclue de l’alliance, puisque dans le même mouvement, Jésus, entrant chez Pierre, voyant sa belle mère malade, la guérit, sans que rien ne lui ait été demandé. C’est la tendresse même de Jésus qui la relève, et ce faisant, il manifeste qu’il ne demande rien pour exercer son œuvre de salut. Celui-ci est donné gratuitement, abondamment, et cette bonté porte du fruit, puisque la belle-mère de Pierre à son tour entre dans ce mouvement, en servant ses hôtes.

Matthieu conclu en citant Isaïe, et il faut prêter attention à la citation, c’est un extrait du quatrième chant du Serviteur : Si Jésus sauve et guérit, il le fait en prenant sur lui, comme annoncé par le prophète, nos souffrances et nos douleurs. C’est sa vie qu’il engage et qu’il donne. Tel est encore une fois le salut : la vie donnée.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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