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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 05:47

La volonté de Dieu ne change pas

2 Rois 25, 1-12 ; Matthieu 8, 1-4

C’est une sombre page de l’histoire d’Israël que nous lisons, le siège et la chute de Jérusalem, prise par les Chaldéens. Après la mort de Josias, roi fidèle et réformateur, ses successeurs avaient repris le chemin de l’idolâtrie et de l’injustice et le pays était d’abord tombé sous la domination de l’Égypte. Puis ce fut au tour de Nabuchodonosor de faire sentir sa puissance. Le Babylonien avait une première fois pris et pillé Jérusalem, et mit sur le trône Mattanya en lui imposant – acte de soumission – le nom de Sédécias, qui ne s’était pas mieux comporté que ses prédécesseurs. Le livre des Rois nous dit, à la fin du chapitre 24 que tout cela arriva « à cause de la colère du Seigneur ». Josias avait, en effet, lui-même appris que Dieu frapperait Israël en raison de son infidélité persistante. Sa louable réforme n’avait fait que repousser l’échéance.

Sédécias s’étant révolté contre Babylone, c’est à un siège terrible que les Chaldéens soumettent Jérusalem, près de deux ans. Les habitants connaissent la famine. L’armée et le roi prennent la fuite… C’est la débandade. Le roi est capturé, sa descendance massacrée, on lui crève les yeux. A Jérusalem le Temple est détruit. Le peuple est envoyé en déportation… Seuls restera une partie du « petit peuple de la campagne » pour cultiver la terre et la vigne.

Le sort du peuple né de l’Alliance, libéré de l’esclavage égyptien, est accablant. Terrible élection… Pourtant, nous savons que c’est dans l’exil, à Babylone que va s’opérer un profond travail de relecture de son histoire par Israël, et tout un travail d’écriture et de réécriture des textes bibliques. Ce temps de désolation sera un temps d’approfondissement déterminant, dont le judaïsme du temps de Jésus sera l’héritier. Ainsi Hillel, l’une des plus grandes figure du judaïsme, qui fut le maître de Gamaliel dont Paul fut un temps le disciple, est-il un juif babylonien. Et l’enseignement de Jésus n’est pas très éloigné de celui d’Hillel.

Aussi, le drame que nous lisons est-il à la fois la conséquence du péché, mais il est surtout, mystérieusement, le moyen par lequel Dieu va tenter de régénérer et purifier son peuple.

Un témoignage

C’est encore de purification que nous parle Matthieu. Après le long sermon sur la montagne, le premier acte de Jésus, c’est de guérir un lépreux. L’homme est venu à lui pour lui demander d’être « purifié ». C’est dire qu’il avait reconnu en Jésus celui qui pouvait accomplir cette chose impossible. Le livre du Lévitique accorde une grande place à la lèpre (deux chapitres y sont consacrés), qui apparait comme un cas majeur d’impureté et institue des rites de purification, au Temple. C’est dire que la purification est l’œuvre de Dieu. En adressant sa demande à Jésus, le lépreux manifeste ainsi qu’il reconnaît en lui la puissance de Dieu, et qu’il a foi en cette puissance.

Il est remarquable que Jésus, non seulement le purifie, faisant droit à sa foi, mais qu’il l’envoie aussitôt au Temple, non pas seulement pour éviter que sa divinité ne soit manifester, mais pour s’inscrire dans la continuité du don de Dieu. « Va te montrer aux prêtres et donne l’offrande que Moïse a prescrite dans la Loi : ta guérison sera un témoignage. » Ce mot de témoignage est très fort : il s’agit de montrer que Dieu sauve – c’est le sens du nom de Jésus, rappelons-le – et qu’il tient sa promesse. Si le discours sur la montagne a pu sembler en rupture, notamment lorsque Jésus a invité à dépasser la justice des scribes et des pharisiens, c’est bien dans la continuité et l’accomplissement de la Loi que le rabbi de Nazareth inscrit son action. Ce qu’il manifeste, c’est que Dieu vient faire œuvre de purification dans son peuple. Sa volonté n’a pas changé…

D.E.

 

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 08:14

Fête de la nativité de saint Jean Baptiste

Isaïe 49, 1-6 ; Actes 13, 22-26 ; Luc 1, 57-66. 80

Pour fêter saint Jean Baptiste, on aurait pu insister sur l’ascétisme du personnage, sur la puissance de sa parole, or la première lecture, tirée d’Isaïe prend une toute autre direction. Elle nous parle de projet de Dieu, et pour tout dire, d’une élection : « J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé. » Quant au sens de cette élection, il est donné par la première et par la dernière phrase du passage que nous lisons : « Écoutez-moi, îles lointaines ! Peuples éloignés soyez attentifs ! » et « Je vais faire de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. » C’est l’annonce du salut de Dieu au monde entier. Tout est subordonné à cela. Le Seigneur forme son élu pour qu’il accomplisse le service, la mission qui lui est confiée : « Tu es mon serviteur, en toi je me glorifierai. »

Mais qui est ce serviteur. Dans le livre d’Isaïe, c’est en premier lieu le prophète lui-même, qui peut connaître l’épreuve du désarroi en ne voyant pas les fruits de son travail : « Je me suis fatigué pour rien… » Mais Isaïe nous fait comprendre qu’il en va de plus que lui-même, car le serviteur est nommé du nom d’Israël : « Tu es mon serviteur, Israël, en toi… » C’est tout le peuple à qui est ainsi rappelé le sens de cette élection qui dépasse ses propres frontières.

C’est ce que signifie aussi le choix de la prédication de Paul dans la synagogue d’Antioche de Pisidie, comme deuxième lecture. C’est le début du premier voyage missionnaire de Paul et Barnabé, et la première prédication de Paul que rapporte Luc dans les Actes. Si Paul ne parle que d’Israël, en s’adressant aux Juifs d’Antioche, c’est néanmoins dans un mouvement qui l’a conduit au-delà de la Palestine, un mouvement qui inaugure la mission lointaine, dans tout le bassin méditerranéen…

Enfin, il faut prêter attention à un détail de l’évangile que nous lisons ce même jour : la question du nom de l’enfant de Zacharie et Elisabeth.

Quand vient le jour de sa circoncision, les voisins et la famille sont là. Et ils ont un nom pour l’enfant. Ce faisant, ils signifient le poids du milieu social, des habitudes, de la tradition. On va donner au premier né le nom de son père. C’est une évidence pour tous. Quel beau nom d’ailleurs… Et voilà qu’Elisabeth se met en travers de cette évidence. Elle veut qu’on le nomme Jean. Protestation générale : ce n’est pas un nom de la famille !

L’heure est venue

Plutôt que d’entendre le sens de ce nom de Jean – Yohanan –, c'est-à-dire « Dieu fait grâce », on veut se replier sur ce que l’on connaît, sur le pré carré de la famille. Mais le père lui-même confirme qu’il faut en sortir. Et le fait qu’il accomplisse alors ce qu’il a entendu comme la volonté de Dieu, le délivre de l’enfermement dans lequel il était pris : lui-même retrouve la parole pour annoncer que « Dieu fait grâce ».

Ce que nous fêtons, ce n’est pas la rigueur prophétique d’un homme du désert, c’est le fait que l’heure est venue d’annoncer à tous, à Israël d’abord, mais pour toutes les nations, que Dieu fait grâce. Avec Jean Baptiste commence un mouvement qui porte la Parole plus loin que nos frontières. Comment pourrions-nous garder pour nous-mêmes que Dieu fait grâce ?

D.E.

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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 08:36

Quand la Parole se laisse trouver

2 Rois 22, 8. 10-13 ; 23, 1-3 ; Matthieu  7, 15-20

Parmi les rois qui régnèrent à Jérusalem, dont beaucoup sont de sinistre mémoire, si l’on en croit le livre des Rois, Josias est l’une des exceptions. Son père et son grand père avaient livré le pays à l’idolâtrie, mais lui entreprit de restaurer la Maison du Seigneur. C’est au cours des travaux que fut trouvé le livre de la Loi. On le lui apporta et il en prit connaissance.

Trouvé… c’est dire que le livre avait été oublié, sinon perdu. Néanmoins la Parole n’était pas morte, ni éteinte. On peut même remarquer qu’elle vivait comme un désir, dans le cœur même de Josias, puisque celui-ci s’était détourné de l’attitude dévoyée de ses pères. Ainsi apprenons-nous que Dieu ne fait pas défaut. Il ne cesse d’être présent, fût-ce discrètement.

« Ayant entendu les paroles du livre de la Loi », Josias prend plus profondément la mesure de l’infidélité du peuple élu, et de ses conséquences. Cela lui sera confirmé par une prophétesse (dans un passage omis dans la lecture liturgique). Loin d’être découragé d’apprendre que le malheur n’épargnera pas Jérusalem – même si cela n’arrivera pas de son vivant – Josias n’a qu’un désir : faire entendre à tous la parole de Dieu, qu’il reçoit comme parole de vie, et renouer l’Alliance rompue par les fils d’Israël du fait de l’idolâtrie. Il s’engage, devant le peuple, à suivre le Seigneur. Et le peuple suit à son tour.

Ce récit de conversion est impressionnant et émouvant, car il nous fait sentir la force du désir que Dieu peut mettre en l’homme, ainsi que l’effet de « contagion » qui peut en résulter Désirons nous-mêmes être habités par un pareil mouvement intérieur.

Cependant, ce désir doit être vérifié, et surtout la manière dont nous allons l’engager. C’est ce que dit Jésus à ses disciples : « Méfiez-vous des faux prophètes qui viennent à vous déguisés en brebis, mais au-dedans sont des loups voraces. » Nos bonnes intentions ne nous dispensent pas d’une exigence de discernement. Jésus nous invite à juger l’arbre à ses fruits. Cela suppose un peu de temps, de la patience. Méfions-nous des emballements, des coups d’humeurs et de passion. La fidélité est une affaire de longue haleine.

Se conformer à l’Alliance

La suite des paroles de Jésus – que nous ne lirons pas demain, en raison de la fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste – indique que les discours comptent moins que les actes. Il faut, précise Jésus, « faire la volonté de mon Père qui est dans les cieux ». Et plus loin, il dénonce l’iniquité. La justice et la bonté sont les premiers critères à mettre en œuvre. Il s’agit, une fois de plus, de se conformer à l’Alliance à laquelle Dieu nous a conviés. Comme l’a fait le roi Josias.

De la même manière que lui, écoutons notre désir intérieur et gageons que nous découvrirons que la Parole n’est alors pas loin, car comme le dit le livre du Deutéronome, au chapitre 30 « Oui la Parole est toute proche de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, pour que tu la mettes en pratique. » Et Isaïe au chapitre 55 : « Recherchez le Seigneur puisqu’il se laisse trouver. »

D.E.

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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 08:24

Encore et toujours, la confiance

2 Rois 19, 9b-11. 14-21. 31-36 ; Matthieu 7, 6. 12-14

Dans le livre des Rois, Ézéchias, roi de Juda, est l’un de ceux – et ils sont rares – dont il est écrit qu’« il fit ce qui est droit aux yeux du Seigneur, exactement comme David son père ». Il lutta ardemment contre l’idolâtrie. Il fait ici face à la puissance de l’Assyrie qui a déjà pris la Samarie et déporté les tribus du Nord. La menace de Sennakérib n’est pas simplement une agression militaire, c’est aussi une tentation spirituelle : le roi assyrien, fort de ses succès, se proclame au-dessus de tous les dieux des nations qu’il a vaincues, et suggère aux habitants de Judée de ne pas se fier à Dieu.

Le passage que nous lisons témoigne de la manière dont Ezéchias résiste à cette tentation et se confie au Seigneur, même si les apparences semblent donner raison à l’assaillant. Dieu va répondre à sa prière, son amour ne va pas faire défaut à ceux qui se fient en lui.

C’est un enseignement constant dans la Bible, sur lequel il faut sans cesse revenir, pour enraciner en nous la confiance en celui qui nous donne la vie. Et il importe de le faire connaître aux hommes. Cependant, on est surpris d’entendre ce matin cette parole de Jésus, dans l’évangile de Matthieu : « Ce qui est sacré, ne le donnez pas aux chiens ; vos perles, ne les donnez pas aux cochons pour éviter qu’ils ne les piétinent puis se retournent pour vous déchirer. » Est-ce à dire que cet enseignement n’est pas recevable par tous ? La parole de Dieu ne serait-elle pas destinée à tous ?

Sans doute ne peut-elle être entendue sans un minimum de désir, de soif… Sans doute devons-nous veiller à ne pas l’annoncer n’importe comment. Sans doute cela suppose-t-il d’être entré dans une relation qui soit faite d’humanité vraie. Au cœur du texte d’évangile de ce jour, se trouve en effet ce que la tradition appelle « la règle d’or » : « Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites le pour eux, vous aussi, voilà ce que dit toute l’Écriture : la Loi et les Prophètes ». C’est donc une parole mise en acte qu’il faut transmettre. Voilà ce qui fera des « chiens » et des « porcs » des hommes, des frères. Il ne s’agit pas de dédaigner l’autre, parce qu’il serait indigne, mais de l’aimer pour lui permettre d’accéder à sa dignité.

La porte étroite

Ce n’est pas le chemin le plus courant : il est si aisé de rester dans la dénonciation, dans l’indignation, dans l’accusation. Nous le voyons chaque jour. Il est tentant de croire que ce qui nous paraît méprisable, odieux, indigne, est insurmontable. Nous pouvons facilement incliner à penser que la puissance du mal est plus forte que tout… La porte est donc étroite, comme le dit Jésus. Pourtant il nous faut, comme Ézéchias, croire, contre les apparences, à la fidélité de Dieu, à la force de son amour. Si Dieu peut anéantir l’armée de Sennakérib, il peut aussi, dès lors que nous le lui demandons, rendre sa pleine humanité à l’homme. Là est la vie.

Cette confiance, qui se manifeste dans la prière, c’est justement ce à quoi Jésus invite ses disciples dans l’évangile de Matthieu, entre le petit apologue sur les perles qu’il ne faut pas donner aux porcs, et la règle d’or. La liturgie de ce jour a omis ces cinq versets (Mt 7-11), pour faire plus court. C’est un peu dommage, mais rien ne nous interdit de les lire. Il est bon de se rappeler que Père donne de bonnes choses à ceux qui le lui demandent.

D.E.

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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 08:07

La paille et la poutre

2 Rois 17, 5-8. 13-15a. 18 ; Matthieu 7, 1-5

Le livre des Rois nous rapporte que le mépris de l’Alliance se solde pour Israël par le siège de la Samarie et la déportation de toute une partie du peuple en Syrie. Seule la tribu de Juda reste épargnée. C’est donc le premier exil. On ne peut oublier, en lisant ce livre, qu’il a été écrit par des Juifs qui ont ainsi opéré une relecture de l’histoire de leur peuple. En général, les peuples sont enclins à ne regarder de leur histoire que les souvenirs glorieux, ils enjolivent la réalité et ne critiquent guère leurs fautes. Il y a donc, dans cette relecture, le témoignage d’une conversion. Il ne s’agit pas simplement de faire porter le chapeau des malheurs à la génération précédente, mais de discerner le chemin qu’il faut prendre pour renouer avec Dieu les fils rompus de l’Alliance.

C’est cette attitude que propose Jésus à ses disciples, en fils fidèle d’Israël, avec cette célèbre métaphore de la paille et la poutre. Il ne s’agit pas simplement d’un petit apologue de morale personnelle, par lequel Jésus inviterait ses auditeurs à la modestie. L’élection d’Israël est une responsabilité au cœur du monde, pour manifester l’unicité de Dieu, et son désir de libérer l’homme de ce qui l’enferme, de ce qui le rabaisse pour lui permettre d’accéder à la dignité de fils du Père. Cette responsabilité, comment Israël pourrait-il l’exercer sans se convertir lui-même. Jésus n’invalide pas l’élection, il en rappelle toute l’exigence. Ce n’est pas pour se poser en juge sourcilleux de l’exactitude de l’application de la loi, mais parce que la conversion, c’est le retour à la vie, comme le dit le père, dans la parabole du fils prodigue : « Ton frère était mort, le voilà revenu à la vie. »

Les bienfaits de la conversion

Naturellement, ce qui vaut pour Israël vaut aussi pour nous qui avons par le baptême reçu la grâce d’être appelés dans la famille de Dieu qu’est l’Église. L’Église elle-même ne peut s’épargner ce nécessaire travail de conversion si elle veut annoncer au monde la Bonne nouvelle. Nous sommes si souvent tentés de juger le monde, et nous le faisons volontiers avec sévérité, mais ce jugement n’a aucune chance d’avoir la moindre utilité, si nous ne manifestons pas au monde à quel point la conversion est non seulement nécessaire, mais bonne et fructueuse. A quel point elle ouvre un chemin de vie.

Si les Juifs ont cru bon de relire leur histoire et d’en montrer les facettes peu glorieuses, ce n’est pas parce qu’ils étaient habités par une forme de culpabilité morbide, mais parce qu’ils ont eux même fait l’expérience de la conversion et de ses bienfaits, et qu’ils ont voulu en témoigner pour les générations suivantes, afin qu’elles aussi, à leur tour, y trouvent de quoi être capables de se réformer chaque fois que cela peut être nécessaire. N’ayons pas peur de faire de même.

D.E.

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19 juin 2010 6 19 /06 /juin /2010 09:45

Gare aux fausses assurances

2 Chroniques 24, 17-25 ; Matthieu 6, 24-34

Nous quittons le livre des Rois, pour lire le livre des Chroniques qui raconte, à une époque plus tardive, la même histoire, avec quelques variantes, et surtout une perspective différente, liée au moment où il est écrit. Nous lisons ici un épisode ignoré par le livre des Rois, celui de la mise à mort de Zacharie, le fils du prêtre Joad, qui avait assuré la survie puis le sacre du roi Joas. Zacharie, poussé par l’Esprit,  s’était élevé contre l’infidélité du peuple qui pensait trouver plus d’assurance dans le culte des idoles que dans la foi en son Dieu. Mais Joas qui craignait le peuple fit lapider le prophète. C’est à cet épisode que Jésus fait sans doute allusion lorsqu’il s’écrie : « Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés… » (Luc 13, 34 Matthieu 23, 37).

Cet épisode nous montre à quelle extrémité conduit l’infidélité, et quelles en sont les conséquences, puisque quelques mois plus tard – selon le livre des Chroniques – Israël ne sera pas capable de résister à l’agression d’une armée syrienne pourtant inférieure en nombre… En perdant ce qui est le cœur de son identité, Israël épuise ses propres forces.

L’évangile de Matthieu nous permet de réfléchir sur ce qui peut conduire à perdre le cœur de soi-même. Le passage que nous lisons commence par cet avertissement : « Nul ne peut servir deux maîtres… Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent. » Ici, l’Argent est une figure qui signifie la richesse, la puissance… Cependant Jésus ne s’attarde pas sur les dangers de l’Argent. La suite de son propos insiste plutôt sur l’inquiétude qui nous habite de manquer de ce dont nous avons besoin pour vivre. Comme s’il voulait nous dire que notre appétit de l’Argent, de la richesse, du pouvoir, était lié à ce besoin d’assurance qui se manifeste si fortement en nous. Nous en voulons toujours plus parce que rien ne semble pouvoir combler ce besoin, rien ne semble pouvoir éteindre cette inquiétude du lendemain.

Ce que sait notre Père

Cette tension si forte ne peut être résolue que par la foi. Ou bien nous cherchons à nous donner nous-mêmes les garanties de ne manquer de rien – et dès lors nous risquons de basculer dans le monde de Hobbes, où les hommes sont en rivalité perpétuelle et radicale pour le pouvoir et la richesse, pour le vêtement et la nourriture – ou bien nous reconnaissons autour de nous l’œuvre de Dieu et nous vivons dans la confiance – non pas dans l’insouciance – qu’il nous permet de trouver chaque jour ce dont nous avons besoin. Parce qu’il est Père, nous dit Jésus. Notre Père. Et parce qu’il sait » ce dont nous avons besoin.

Comment faire pour qu’advienne ce que Dieu fait pour ses enfants ? Jésus nous dit qu’il y a une condition : celle de participer à son œuvre, afin qu’elle se manifeste.  « Cherchez d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné de surcroît ! » La « clé du mystère », c’est de participer dès aujourd’hui à l’établissement du Royaume, c’est de faire œuvre de justice, afin que nous ayons mutuellement souci de l’autre et de ses besoins. Alors, nous portant les uns les autres, nous serons délivrés de l’inquiétude du manque… Tant que nous n’aurons pas compris cela, alors, la tentation de chercher du côté de l’Argent sera immense, avec tous les risques d’injustice et d’affaiblissement que cela comporte.

D.E.

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18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 08:37

Malgré le bruit et la fureur, la promesse tient toujours

2 Rois 11, 1-4. 9-18.20 ; Matthieu 6, 19-23

Le second livre des Rois nous raconte l’une des pages les plus sombres de l’Israël biblique. Les lendemains du règne d’Akhab sont effrayants. Si Dieu s’était présenté à Elie à l’Horeb dans le « fin murmure d’un silence », ce ne sont maintant que « bruits et fureurs ». D’ailleurs, dans le passage que nous lisons, on cherche en vain une parole de Dieu… Les hommes semblent livrés à eux-mêmes et à leurs passions.

Ce sont des pages que l’on laisse aujourd’hui volontiers de côté. Racine en fit pourtant la dernière et l’une de ses plus grandes tragédies. Il y a effectivement matière à méditer sur cet épisode, si  l’on cherche un sens au-delà des seuls règlements de compte sanglants.

Le personnage central est un enfant, Joas. Il était promis à la mort, comme tout le reste de la descendance royale – c'est-à-dire les héritiers de David. C’est dire que la promesse de Dieu à David de maintenir sur le trône un des siens est en péril. Une femme va le cacher. Il est encore en âge d’avoir une nourrice, ce qui donne au personnage une certaine ressemblance avec Moïse. Il restera caché sept ans dans le Temple. Les sept années sont le signe d’un temps divin, de même que la présence au Temple manifeste que l’enfant est sous la protection du Seigneur.

Le récit nous dit donc qu’en dépit des horreurs de l’histoire humaine, Dieu maintient sa promesse, qu’il demeure fidèle, qu’il prépare son salut, quand bien même durant tout ce temps, il semble absent, quand bien même les hommes ne le voient pas…

Choisir la liberté

La suite nous enseigne que l’heure venue, l’œuvre de Dieu est manifestée aux yeux des hommes et que rien ne peut l’empêcher. Il y a là comme une évidence implacable, qui repose sur l’adhésion de ceux qui refusent la barbarie. Nous lisons ce texte, par une coïncidence étonnante, le jour où nous fêtons le 70e anniversaire de l’appel du 18 juin 1940. Indépendamment des opinions partisanes, il est clair que les hommes qui ont entendu ce jour-là l’invitation à servir la liberté contre l’oppression, ont cru que la justesse de ce combat était promis à la victoire, même s’il fallait pour cela traverser l’épreuve et la nuit, même si les apparences pouvaient inviter à la résignation et à la collaboration avec l’ennemi.

Cela signifie qu’il faut en permanence choisir, entre le camp de la force, des puissances « mondaines », et celle de la difficile liberté que Dieu propose aux hommes. C’est ce que Jésus propose à ses disciples, lors qu’il leur recommande de se faire « des trésors dans le ciel ». Ce ne sont pas les garanties et les reconnaissances du monde qui peuvent sauver… Elles sont au contraire exposées aux revirements des circonstances, des alliances, des intérêts, des passions. Si bien que Jésus nous demande d’exercer notre regard, pour distinguer ce qui ne se voit pas au premier coup d’œil.

Ce qu’il importe de voir, c’est ce que Dieu prépare, tient en attente, la manière dont il est fidèle à sa promesse alors qu’il semble absent. Telle est la leçon de la tragédie d’Athalie…

D.E.

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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 08:16

Une humanité à reconstruire

Ben Sirac le Sage 48, 1-14 ; Matthieu 6, 7-15

Le livre de Ben Sirac le Sage fait mémoire d’Elie et de son disciple Elisée.  La liturgie nous propose de nous arrêter sur cette relecture qui nous dit non seulement qui était Elie, mais ce qu’à un moment donné la conscience religieuse et spirituelle d’Israël a voulu en retenir. Faire mémoire d’Elie, c’est se demander ce que cette figure éveille et agit en nous.

Ce petit texte de Ben Sirac est intéressant, car il ne traite pas Elie et Elisée de la même manière. Il fait  l’éloge d’Elie, de manière majestueuse, tandis qu’Elisée apparaît d’abord comme celui qui reçoit son héritage et en qui l’on peut constater l’effet de l’œuvre d’Elie – c'est-à-dire du don de Dieu. Ainsi, le lecteur est-il discrètement invité à venir prendre la position d’Elisée, pour recevoir l’esprit d’Elie, faire preuve de fermeté et de constance dans la foi, et marcher sur ses traces. Dès lors le lecteur fera lui aussi de grande chose, en se laissant investir par la puissance de Dieu.

Afin qu’on ne se méprenne pas, le sens même de la mission d’Elie est clairement indiqué au centre du passage que nous lisons : il s’agit de « ramener les cœurs des pères vers les fils et de rétablir les tribus de Jacob ». Il est remarquable de constater que la restauration d’Israël – que nous pouvons aussi regarder comme le prototype de la restauration de l’humanité – passe par le fait de « ramener le cœur des pères vers les fils », comme si les pères avaient perdu la conscience d’être père, la conscience de la vie à donner et à transmettre. N’aurions nous pas spontanément pensé à un mouvement inverse, ramener les cœurs des fils vers les pères. Depuis Freud, nous avons en tête que les fils rêvent de tuer le père… Ben Sirac nous dit quant à lui que les pères n’aiment pas leur fils. C’est-à-dire qu’ils privilégient leurs intérêts, leurs appétits, leurs pulsions… Ils font passer le présent et le passé avant l’avenir ! La source de bien des maux est là, et cela n’a pas changé. Le remède non plus : il passe par la conversion des pères…

Reconnaître l’amour du Père

Avant de parler d’Elisée, Ben Sirac ajoute : « Heureux ceux qui se sont endormis dans l’amour du Seigneur, car nous possèderons la vraie vie. » On peut y voir, bien sûr une indication sur la foi en la résurrection, mais on peut aussi entendre cela d’abord comme le rappel de l’amour de Dieu. Rapproché de ce qui précède, cela nous rappelle que Dieu aime les hommes. C’est un père qui aime ses enfants. Elie a pour tâche de remettre les hommes dans ce mouvement même de Dieu. C’est ainsi que l’on possède la vraie vie. C’est ainsi que l’on trouve la vraie mesure des choses.

Dès lors, il n’est pas étonnant que lorsque Jésus apprend à ses disciples à prier, il leur parle du Père qui « sait de quoi vous avez besoin avant même que vous l’ayez demandé ». Prier, c’est commencer par reconnaître l’amour du Père, pour soi-même être habité par cet amour, comme Elisée était rempli de l’esprit d’Elie. D’où la finale sur le pardon : si Dieu est un père qui pardonne à ses enfants – c'est-à-dire qui fait le chemin vers eux, même lorsque les enfants se sont dressé contre lui – alors ceux qui vivent de lui, à leur tour font œuvre de pardon… Ainsi se reconstruit l’humanité.

D.E.

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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 09:29

Elisée, modèle de foi

2 Rois 2, 1-14 ; Matthieu 6, 1-6. 16-18

La liturgie a laissé Akhab à son triste sort pour nous proposer de suivre Elie, comme l'a fait Elisée, jusqu’au moment de son départ. Le récit nous montre l’attachement indéfectible du disciple qui ne veut pas être séparé de son maître. Par trois fois, des « frères prophètes » annoncent au disciple que son maître va lui être enlevé. Comment entendre cet avertissement ? L’auteur ne nous donne guère d’indice pour l’interpréter. Il y a cette insistance, qui marque l’inéluctabilité de l’événement. Elisée ne dément pas ; au contraire, il confirme, mais il impose le silence. L’événement se passe de commentaires. Il y a des moments où il ne faut rien rajouter, mais simplement faire face. Elisée veut faire face et voir. Il sait qu’Elie va partir, mais il sait aussi qu’il ne sait rien de ce moment, de ce qu’il attend… La foi qui est la sienne doit faire face à cette forme de dénuement face à l’avenir, et il fait en sorte d’éviter tout ce qui pourrait être de l’ordre de « l’habillage ».

Cette détermination tient les « frères prophètes », sorte de professionnels de la religion, à distance.

Vient le moment du passage, non loin de Jéricho. Il est signifié par une traversée du Jourdain. Le lecteur peut imaginer qu’Elie et son disciple rejouent l’entrée dans la Terre promise… La mise en scène est voisine. C’est l’heure du don de Dieu. Elie interroge son disciple : que puis-je te léguer ? qu’attends-tu encore de moi ?

Elisée demande l’essentiel : l’esprit d’Elie. Et une double part. Il demande à vivre dans la fidélité à ce qu’il a déjà reçu, et plus encore, puisque le maître ne sera plus là. La réponse d’Elie est nette : cela suppose qu’Elisée ne le perde pas de vue… Qu’il garde le cap. Il recevra le don de la fidélité… s’il est fidèle. Ce n’est pas automatique.

Puis il faut de nouveau franchir le Jourdain. Revenir vers les hommes, passé le temps du deuil. Et c’est là que tout se joue. Ce que manifeste alors Elisée, c’est une foi charpentée, volontaire, qui n’hésite pas à interpeller Dieu. « Où donc est le Seigneur, le Dieu d’Elie ? » Tel est l’esprit d’Elie. Et devant cette foi, Dieu manifeste sa propre fidélité. Les eaux s’ouvrent. La foi fait passage…

Jésus n’invite pas à la modestie

C’est cette foi qui seule permet de vivre comme Jésus le recommande, dans l’évangile de Matthieu. Lorsque le rabbi de Nazareth s’insurge contre ceux qui font l’aumône « sous les spotlights » ou qui font grand étalage de leur ferveur, ce n’est pas de modestie qu’il entretient ses disciples, mais de foi.

C’est par manque de foi que nous cherchons des avantages, des consolations, de témoignages de reconnaissance, de la célébrité. Nous essayons d’obtenir des autres ce que nous pensons ne pas pouvoir recevoir de Dieu. C’est une manière de ne pas croire. Une manière de combler par nous-mêmes le désir que Dieu vient pourtant habiter. Il vaudrait beaucoup mieux que nous apprenions à l’interpeller, voire à l’invectiver, comme Elisée le fait, plutôt que de trouver des subterfuges pour nous gratifier et finalement lui donner congé.

D.E.

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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 08:53

Ce qu’Akhab n’a pas compris

1 Rois 21, 17-29 ; Matthieu 5, 43-48

Le meurtre de Naboth ne pouvait pas laisser Dieu indifférent. Aussi envoie-t-il le prophète Elie révéler à Akhab l’avenir que ce crime a préparé. En croyant satisfaire son désir, Akhab a ouvert la porte au malheur, non seulement pour lui, mais pour sa descendance.

Mais pourquoi faut-il que ce soit la descendance d’Akhab qui fasse les frais de la trahison de ce dernier ? Cela ne nous semble pas moral. Quelle est donc la justice de Dieu ? Quittons un instant ce souci « moral » et regardons la réalité qui est la nôtre : chacun convient aujourd’hui que, faute d’accepter un mode de vie plus sobre, nous préparons un avenir très difficile pour les générations à venir, qu’il s’agisse d’écologie, de dette publique, etc. De même, la poursuite effrénée de la satisfaction de nos désirs immédiats ne nourrit-elle d’injustices flagrantes entre le nord et le sud. Ainsi, nos actes ont-ils des conséquences très au-delà de nous-mêmes. Ce sont les autres, et notamment notre descendance, qui feront les frais de notre immodération… Et dès aujourd’hui, même si nous transformions radicalement et immédiatement notre mode de vie, il faut payer les conséquences de cette intempérance. Voilà le sens de ce qu’Elie vient annoncer à Akhab. Ce mal là, Dieu n’en est pas responsable. Il en révèle la portée et ne le répare pas d’un coup de baguette magique. La réparation nous incombe…

La manière dont Akhab accueille Elie est remarquable : « Tu m’as donc retrouvé, toi mon ennemi ! » Akhab ne voit en Elie qu’un adversaire qui en ferait une affaire personnelle (« mon ennemi »). Il ne comprend pas qui est celui qui s’adresse à lui, quelle parole il porte, et quel but il poursuit. Le roi s’identifie totalement à ses actes, auxquels bien évidemment s’oppose Elie. Akhab, totalement centré sur lui-même, ne voit pas l’amour de Dieu, seule force sur laquelle il pourrait s’appuyer pour combattre en lui les puissances morbides, celles qui l’ont poussé à vouloir s’emparer de la vigne de Naboth, celles qui l’ont laissé indifférent à la machination de Jézabel… Il aurait pu recevoir Elie en ami, en attendant de lui la libération intérieure dont il avait besoin.

Devant le jugement qui est prononcé, Akhab prend peur et fait pénitence. Il n’essaie cependant pas de combattre les conséquences du mal qu’il a commis – s’en tenant à une attitude religieuse, comme si Dieu pouvait se substituer à lui. Dieu n’est pas indifférent à cette repentance et manifeste ainsi sa nature profonde : il prend pitié du coupable qui reconnaît sa faute, aussi terrible soit-elle. C’est ici le Dieu d’amour qui se révèle, celui qui est bon pour tous ses enfants, les bons et les méchants. Si Akhab l’avait reconnu, il ne se serait pas engagé vers sa perte et celle de sa maison.

Fils du Père

C’est cette nature de Dieu que Jésus révèle à ses disciples, en les appelant à l’amour des ennemis. « Soyez parfait comme votre Père céleste est parfait » dit-il, reprenant l’injonction de la Torah : « Soyez saint comme je suis saint » (Levitique 19,2). Nous sommes invités non pas à être les « ennemis du monde » – Elie ne se définissait pas comme l’ennemi d’Akhab, mais comme le serviteur du Seigneur, ce qui est tout différent –  mais à être les fils de notre Père, qui « fait lever son soleil sur les bons et les méchants ».

Sans doute est-ce ainsi que nous pourrons participer à la réparation du mal commis, par nous-mêmes comme par les autres, ce qui rendra le monde plus vivable. Sinon, nous nous contenterons d’aimer ceux qui nous aiment. Ce n’est pas scandaleux, mais insuffisant. Et nous sommes capables de bien davantage…

D.E.

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