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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 08:56

Akhab, Naboth et Jésus…

1 Rois 21, 1-16 ;  Matthieu 5, 38-42

Comment entendre la parole de Jésus, enjoignant, dans l’évangile de Matthieu de ne pas riposter au méchant, après avoir lu l’histoire du meurtre de Naboth ? Le récit du livre des Rois est implacable. La convoitise d’Akhab, qui trouve la vigne de son voisin si belle qu’il l’a veut pour lui, conduit le roi à la dépression : il est incapable de supporter la frustration de son désir. C’est d’abord lui-même que cette incapacité détruit, alors que le renoncement aurait dû l’élever. Nous connaissons souvent cette forme noire du dépit. Cet accablement le conduit à la démission : Akhab s’en remet entièrement à Jézabel et renonce… à sa capacité de jugement et à sa responsabilité humaine. Il ne voudra pas savoir. Quant à la Reine, pour assurer sa domination sur Akhab, elle organise cyniquement la liquidation de Naboth, et les anciens et les notables vont se prêter sans sourciller à la machination.

Faut-il donc laisser faire et ne pas riposter au méchant ? Naboth aurait-il dû abandonner l’héritage de ses pères ? Si l’on réalise que la vigne symbolise Israël, la vigne de Dieu, et que l’héritage des pères c’est la foi, l’Alliance, certes non. Naboth n’a pas eu tord d’être fidèle, alors qu’Akhab et Jézabel se distinguaient par la volonté d’instaurer en Israël l’idolâtrie.

La suite du récit, que nous lirons demain, montrera que Dieu ne laissera pas le crime d’Akhab et Jézabel impuni. Si bien qu’il faut entendre la parole de Jésus non pas comme une invitation à la démission, au laisser-faire, mais comme un appel à la fidélité à l’essentiel. Notons au passage que Jésus ne dit pas qu’il ne faut pas assurer la justice, lorsqu’un tord est commis contre un tiers. Il semble plutôt évoquer une situation que l’on pourrait qualifier d’autodéfense, ou de défense de ses droits propres. Dans tous les cas, il n’est pas question de renoncer « à l’héritage des pères », au don de Dieu, mais au contraire de se fonder sur lui pour ne pas ajouter la violence à la violence. Il s’agit de manifester en toute occasion que l’amour de Dieu ne cède pas devant le mal. Cela suppose d’avoir foi en la justice de Dieu.

Cela nous renvoie à la figure d’Abraham dans le récit de la ligature d’Isaac, où Abraham se montre disposé à perdre ce qu’il a de plus cher pour être fidèle à celui qui l’a appelé à se lever et lui a promis une descendance innombrable. Il y a dans la parole de Jésus quelque chose d’aussi vertigineux que dans ce que vit Abraham. C’est une invitation à dépendre de Dieu, de celui sur lequel nous n’avons aucune prise et que nous ne parvenons pas à nous représenter… Dieu nul ne l’a jamais vu, dit Jésus. Pourtant, c’est ainsi que nous pouvons le connaître, c'est-à-dire le laisser être en nous.

Si Akhab avait cru…

Quant à Naboth, nous pouvons le voir – bien d’autres l’ont fait avant nous – comme une figure du Fils du maître de la vigne. Comme Jésus ne dit rien pour sa défense durant son procès, le récit ne nous rapporte aucune parole de Naboth. Nous savons avec Jésus, que la plénitude de la justice de Dieu, c’est le relèvement de l’innocent, bien plus que la condamnation du coupable.

 Voilà la foi à laquelle nous sommes invités. Akhab aurait pu lui-même en faire l’expérience, s’il avait consenti à renoncer à la convoitise. Il vivait le refus de Naboth comme une mort – d’où sa dépression. S’il avait eu foi dans le don de Dieu, il aurait pu traverser cette mort symbolique et découvrir comment il était lui-même l’objet de la sollicitude du Seigneur… C’est alors que la première violence aurait été désamorcée.

D.E.

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 07:09

Retrouver la liberté donnée par la Parole

Isaïe 61, 9-11 ;  Lc 2, 41-51

Hier, nous méditions sur l’amour de Dieu, à travers la fête du Cœur sacré de Jésus, ce matin nous célébrons le Cœur de Marie. J’avoue être un peu perplexe devant ces dénominations qui laissent penser que la foi s’apparente à une forme de sentimentalisme pieux. Encore une fois, c’est la Parole qui nous donne la vraie signification et la vraie densité de ce que nous célébrons.

Isaïe annonce le relèvement d’Israël, le peuple de Dieu. Mais ce relèvement n’est pas d’abord extérieur. Le prophète  fait parler Israël comme un personnage, il le présente comme une personnalité collective, qui dit sa joie de retrouver, par le don de Dieu, ce qu’il avait perdu. « Il m’a enveloppé du manteau de l’innocence, il m’a fait revêtir le vêtement du salut. » Ce qui est retrouvé, c’est l’innocence de celui qui vient de naître. Dieu délivre son peuple de ses fautes, des traces qu’elles ont laissées, des liens dans lesquelles elles emprisonnent l’avenir.

N’y a-t-il pas là de quoi tressaillir et exulter. Nous savons, notamment depuis Freud, combien le passé est parfois une prison mortelle. Isaïe nous annonce que par la foi, nous pouvons accueillir la justice de Dieu, et que celle-ci n’est pas une justice de condamnation, mais de libération. Oui, il y a de quoi rendre grâce, d’un cœur libre.

La tonalité de l’évangile de Luc peut sembler différente. Le texte a évidemment été choisi pour son dernier verset : « Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements ». Les événements en question, c’est la disparition de Jésus, à l’âge de 12 ans, alors qu’il venait de faire ce qui ressemble fort à la Bar-Mitsva, c'est-à-dire de célébrer sa majorité religieuse. Le nom de la fête est une indication : « Fils du commandement », c'est-à-dire « Fils de la loi de Dieu », ce qui peut encore être dit « Fils de la Parole ».

Jésus est resté à l’insu de ses parents, au Temple, où il s’entretient avec les docteurs de la Loi, c'est-à-dire que la Parole est alors sa nourriture : elle noue sa relation avec ses interlocuteurs.  Lorsqu’il répond à ses parents qui l’ont retrouvé «Ne saviez vous pas que je dois être chez mon Père ? » il prend au mot le fait que chaque Juif est invité à être « fils de l’Alliance », de la Parole donnée par Dieu à son peuple pour vivre. Il dit que la promesse doit être prise au sérieux. Et il fait preuve d’une liberté souveraine, qu’il trouve dans la Parole elle-même.

Marie « garde ces événements dans son cœur ». A travers elle, la liturgie nous invite à recevoir dans les événements, la trace, le signe du don de Dieu. Luc nous la montre voyant son fils commencer à accomplir la promesse qu’elle avait entendue. Cette promesse qui s’apparente à ce que nous lisons dans Isaïe.  

Comment accueillons-nous nous-mêmes les événements de notre vie ? Les recevons-nous à la lumière de la promesse de libération qui nous a été dites ? Quelle est la disposition de notre cœur ?

D.E.

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 09:59

Contempler le cœur de Dieu…

Ézéchiel 34, 11-16 ; Romains 5, 5b-11 ; Luc 15, 3-7

Nous fêtons aujourd’hui la fête du Sacré-Cœur de Jésus. C’est une fête, reconnaissons-le, passablement encombrée d’images et de représentations où le mauvais goût a fait florès, au point d’être un véritable obstacle à la foi.

Fort heureusement, les textes de la liturgie nous conduisent loin de ces cœurs sanguinolents et supposés palpitants qui contribuaient à cacher le mystère plutôt à le faire comprendre. Ézéchiel nous dit la sollicitude de Dieu pour ses enfants : « J’irais moi-même à la recherche de mes brebis et je veillerais sur elle… J’irais les délivrer… C’est moi qui ferais paître mon troupeau, et c’est moi qui le ferai reposer… » C’est un amour prévenant, délicat, patient, résolu, que le prophète exprime. Après avoir lu ce texte, il n’est plus possible de prétendre, comme on l’entend encore trop souvent que le Dieu de l’Ancien Testament est vindicatif, vengeur, sévère, un Dieu de justice, mais pas d’amour. La vérité, c’est que le Dieu d’Abraham, Isaac et Jacob se montre ici avec des entrailles de mère…

Paul dans la lettre aux Romains invite ses lecteurs à prendre la mesure du don de Dieu en Jésus Christ. Tout d’abord, rappelle-t-il, par l’Esprit Saint, rien de moins que l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs.  Cet amour est en nous, il nous suffit de lui laisser la possibilité de s’épanouir, de faire en nous ce qu’il veut. Mais avant même le don de l’Esprit, Jésus Christ est venu nous réconcilier avec Dieu. Qu’est-ce à dire ? Qu’il a payé nos dettes ? Disons plutôt qu’il est venu manifester que rien de ce par quoi nous nous séparions de Dieu, rien de cela n’était de nature à empêcher Dieu de nous rejoindre pour nous offrir son amour. Rien, pas même la mort. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis », dit Jésus avant sa passion, dans l’évangile de Jean. Cependant, Jésus ne donne pas sa vie seulement pour ses proches, ses disciples, mais pour tous. Et peut-être d’abord pour ceux qui sont le plus loin de Dieu.

C’est ce que Jésus lui-même laisse entendre, dans la parabole de l’homme qui laisse ses quatre vingt-dix-neufs brebis dans le désert pour aller chercher celle qui est égarée. La sollicitude de Dieu va ainsi d’abord à celui qui est le plus loin.

Tibhérine

N’est-ce pas ce qui a touché les personnes qui ont vu au festival de Cannes, le film sur les moines de Tibhérine, « Des hommes et des Dieux ». Ces moines ont donné leur vie pour être avec ceux que le pouvoir, les institutions tiennent pour rien, et partager avec eux l’angoisse d’un pays déchiré. Ils l’ont aussi donnée pour les violents dont ils ont été les victimes. Ils ont été, dans leur chair, témoin de Dieu qui se donne totalement.

Si la fête du Sacré Cœur de Jésus a un sens, c’est sans doute celui de nous inviter, non pas à vénérer un organe périssable – ce qui est assez pornographique, à mes yeux –, mais à contempler la profondeur et la densité de l’amour de Dieu pour les hommes.

D.E.

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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 08:36

Le sens d’une scène cachée

1 Rois 18, 41-46 ; Matthieu 5, 20-26

Après que l’ordalie du Mont Carmel a manifesté quel est le vrai Dieu, le livre des Rois raconte une scène de carnage : le peuple acquis à Elie se saisit des prophètes de Baal et Elie les égorge dans le fond d’un ravin. Ceux qui ont établi le lectionnaire ont pensé qu’il ne fallait pas donner à lire ce texte d’une violence crue, de crainte, peut-être, qu’il ne fournisse une légitimation au fanatisme religieux, mais probablement aussi de peur que les lecteurs offusqués ne mettent en doute l’Écriture elle-même.

Le cycle d’Elie est une œuvre littéraire, qu’il faut lire comme tel, et non comme un témoignage historique, même si cette œuvre, comme le fait souvent la littérature, vient se nicher dans une situation historique qu’elle utilise comme décor. Sa vérité n’est pas historique, mais théologique. Ce que cette scène « cachée » dit, c’est que la découverte du vrai Dieu opère une rupture radicale, et qu’il n’y a pas de coexistence possible entre la foi et l’idolâtrie.

La scène peut se lire de façon allégorique, la descente au fond du ravin étant comprise comme une descente au fond de soi pour y combattre ce qui loin d’être de l’ordre de la foi est au contraire de l’ordre de la servitude. Ici les prophètes de Baal qui n’ont d’autre nom que « prophète de Baal » symbolisent les asservissements, les chaines spirituelles mais aussi temporelles qu’instaure l’idolâtrie quelles que soient ses formes. Dans le cycle d’Elie, s’il faut chercher des coupables nommément désignés, on trouve les noms d’Akhab et Jézabel, c'est-à-dire les deux figures du pouvoir oppresseur, celui et celle qui se nourrissent de l’injustice et de l’asservissement.

Akhab, à ce point du récit, est épargné, parce qu’il est encore possible qu’il se convertisse. Le retour du peuple à la foi est béni par le retour de la pluie, qui met fin aux années de sècheresse. Et symboliquement, Akhab va rentrer chez lui, certes sur son char – symbole de sa puissance –, mais en suivant Elie qui court devant lui, porté par la main du Seigneur… Akhab, tout roi qu’il est, occupe alors la position du disciple, qui suit derrière son guide…

Cette radicalité de la foi, Jésus l’exprime, dans le passage de l’Évangile de Matthieu que nous lisons : non seulement il n’abolit pas la loi, mais il l’accentue en la développant. Ce qu’il explique, quant à l’interdiction du meurtre dans le Décalogue, pourrait être appliqué à chacune des « Dix Paroles ». Il s’agit pour lui de montrer que la vie en Dieu va éclairer toutes les profondeurs de notre être.

Vivre au niveau de la foi

Il ne s’agit pas simplement de ne pas tuer, mais d’être avec son frère, son prochain, dans une relation conduite par l’amour, qui s’oppose à des comportements de rupture et d’adversité. Ne pas vivre « à ce niveau-là », c’est vider l’amour que nous prétendons avoir pour Dieu (l’offrande présentée à l’autel) de son sens, et donc faire de nos attitudes religieuses des actes sans contenu, sans épaisseur, sans chair. Voilà pourquoi la miséricorde, la réconciliation tiennent dans le texte de Matthieu une place centrale.

Cela pourrait sembler en parfaite opposition avec le carnage du mont Carmel, si l’on reste à une lecture à la lettre du livre des Rois. Mais en réalité, c’est la même affirmation : si nous reconnaissons que Dieu est le Seigneur, alors il faut accepter que notre vie en soit bouleversée en profondeur, jusqu’à l’extrême, pour rompre avec la servitude et entrer dans la liberté de l’amour.

D.E.

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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 08:27

L’accomplissement vient de Dieu

1 Roi 18, 20-39 ; Matthieu 5, 17-19

Parfois la Bible prend des allures de roman d’aventures. C’est le cas de la page que nous lisons ce matin dans le livre des Rois, qui met en scène une véritable ordalie. Il s’agit de savoir qui d’Elie ou des prophètes de Baal sont les serviteurs du vrai Dieu. C’est Elie qui en a pris l’initiative en venant, au péril de sa vie, se présenter au roi Akhab pour lui enjoindre de convoquer tout le peuple et les prophètes au mont Carmel. Il s’agit pour Elie de demander au peuple de se déterminer : le peuple en effet hésite, balance entre la foi d’Israël et l’idolâtrie répandue par Akhab et son épouse Jézabel.

Le récit montre l’inanité des rites des prophètes de Baal qui finissent par se retourner contre eux, puisqu’ils se blessent eux-mêmes. Entre la répétition vaine et compulsive des invocations et les automutilations, la religion idolâtre révèle sa perversité. Elie pour sa part inscrit son action dans la continuité d’une histoire : il relève l’autel du Seigneur qui avait été démoli, il se rattache explicitement à la paternité de Jacob, il prie le Seigneur, Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob – c’est ainsi que le Seigneur s’était présenté à Moïse – et s’en tient au rendez-vous du « sacrifice du soir ». Il apparaît comme l’homme de la fidélité ; enfin, il ne prie pas pour lui, mais pour la conversion du peuple. Ce qu’il manifeste ainsi, c’est que seul Dieu peut retourner les cœurs de ses enfants. De fait, en voyant que le sacrifice d’Elie est agréé et non celui des prophètes de Baal, le peuple se prosterne et proclame que le Seigneur est Dieu.

Israël connaissait la loi : « Écoute, Israël, le Seigneur est l’unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, de toute ta force… » Mais cette connaissance ne suffit pas… Il faut l’œuvre de Dieu pour qu’Israël fasse acte de foi. L’accomplissement vient de Dieu.

Jésus le confirme : « Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. » C’est en lui et par lui que nous pouvons à notre tour nous tourner vers le Seigneur et le reconnaître comme Dieu. C’est en lui et par lui que nous pouvons vivre dans le mouvement même de la vie de Dieu dont les commandements sont le signe. Il faut noter que dans la suite de son propos, Jésus laisse entendre que tous peuvent être dans le Royaume de Dieu. Celui qui transgressera un seul des « plus petits commandements » ou enseignera à le faire, ne sera pas exclu, mais simplement déclaré « le plus petit dans le Royaume ». Cela donne une idée de la largesse de Dieu, de l’amplitude de l’accomplissement.

Quelle justice ?

En revanche, Jésus dit aussi (mais la liturgie interrompt la lecture au verset précédent) : « Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume de Dieu ». Comment comprendre cette apparente contradiction ? Cette « justice », ce ne sont pas nos œuvres, mais Jésus lui-même. La question n’est pas le degré de perfection avec lequel nous accomplissons la loi, mais la réalité de notre foi (« la foi d’Abraham dit Paul lui fut compté comme justice »), la vérité avec laquelle nous accueillons Jésus comme sauveur. Si nous ne croyons pas, alors nous nous fermons nous-mêmes l’entrée du Royaume.

D.E.

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8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 08:25

La foi comme partage et service

 1 Rois 17, 7-16 ; Matthieu 5, 13-16

Pour combattre l’idolâtrie, Elie a annoncé la sécheresse. Elle est là, et Elie lui-même finit par en pâtir : le torrent où Dieu l’a envoyé pour se cacher tarit. Dieu n’abandonne pas son serviteur, puisqu’il lui enjoint de gagner la ville de Sarepta. « Il y a là une veuve que j’ai chargée de te nourrir. »

Elie rencontrera bien une veuve, qui ne manquera pas de lui donner à boire sur sa demande (comment ne pas songer à la demande de Jésus à la Samaritaine ?). Mais quant à le nourrir, cela semble bien problématique : elle n’a plus qu’une poignée de farine, pour elle et son fils.

Quelle serait notre réaction devant une pareille situation ? Ne nous retournerions nous pas vers celui qui nous a envoyé en nous assurant qu’il avait préparé le terrain de notre arrivée ? N’aurions-nous pas envie de lui dire que ce n’est pas des façons de faire ? Qu’on ne nous y prendra plus ?

Elie ne fait rien de tout cela. Il ne doute pas de la parole de Dieu, même si les circonstances semblent la démentir. Elie croit, et il invite la veuve à la foi. « N’aie pas peur », lui dit-il. Et c’est cette expérience de la foi partagée qui est source de nourriture, selon la parole que dit alors Elie de la part du Seigneur. Encore faut-il s’engager, ne pas attendre que tout soit donné d’avance…

Dans le discours sur la montagne, lorsque Jésus dit à ses disciples rassemblés autour de lui : « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde », il les invite à cette même attitude. Une foi qui ne se transmet pas se dénature et meurt.

La comparaison du sel insiste sur le service. Témoigner de l’œuvre de Dieu, partager la foi, c’est servir l’humanité, lui permettre de révéler sa saveur. Si nous ne rendons pas ce service aux hommes, nous ne sommes bons à rien.

La vraie lumière

La lumière vient révéler ce qui était dans l’obscurité. Elle est elle aussi une nécessité pour vivre, puisque grâce à elle nous nous voyons mutuellement, et nous voyons les lieux dans lesquels nous habitons. Elle laisse à chacun le soin de vivre comme il l’entend, mais grâce à elle, chacun peut se déterminer en connaissance de cause.

Mais Jésus en dit un peu plus : « Que votre lumière brille devant les hommes : alors en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est dans les cieux ! » Il s’agit de faire de bonnes choses, comme Dieu lorsqu’il crée le monde. Ou plus précisément, il s’agit de faire l’œuvre de Dieu, puisque cette lumière conduit alors les hommes à rendre gloire à Dieu. Nous ne sommes pas invités à nous glorifier nous-mêmes, mais à manifester la gloire de Dieu en servant la vie. Ce qui est l’attitude même de Jésus. Tel est le service que nous pouvons rendre aux hommes, car c’est cette manifestation qui est la vraie lumière pour les hommes.

D.E.

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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 08:51

Elie contre le Baal

1 Rois 17, 1-6 ; Matthieu 5, 1-12

Nous voici avec le prophète Elie. Considéré comme le plus grand des prophètes, il est celui dont Israël attend le retour : on demande à Jean-Baptiste s’il est Elie qui serait revenu, certains Juifs pensent que Jésus n’est autre qu’Elie… Et dans le récit de la Transfiguration, il est présent avec Moïse au côté de Jésus. Pourtant, à la différence d’Isaïe, Jérémie, Ézéchiel etc., il n’a pas de livre à son nom.

Il apparaît dans le premier livre des rois, durant le règne d’Akhab, dont il nous est dit qu’il avait adopté le culte du Baal, c'est-à-dire l’idolâtrie. C’est contre cette dérive qu’Elie se dresse.

« Par le Seigneur qui est vivant, par le Dieu d’Israël dont je suis le serviteur… » Tels sont ses premiers mots… Le Baal, c’est littéralement « le maître », celui qui vous possède, celui qui asservit. Elie commence par dire que s’il est serviteur, ce n’est pas du Baal, mais du Dieu d’Israël qui est vivant. Servir Dieu, c’est servir le vivant.

En se dressant, face à Akhab, Elie met en jeu sa vie. Aussi Dieu se manifeste-t-il comme celui qui va se préoccuper de la vie de son serviteur. Il lui désigne un abri, où il aura de l’eau, indispensable à la vie, et où on lui apportera de la nourriture. Car l’épreuve qu’Elie propose à Israël, c’est celle de savoir s’il peut se passer de celui qui est la vie, ce qui est symbolisé par la suspension de toute pluie et de toute rosée. Se couper de Dieu, c’est courir le risque du dessèchement.

Dans Matthieu, nous lisons ce matin le début de l’enseignement de Jésus à ses disciples. Le premier mot de cet enseignement est : « Heureux » ! La parole de Jésus est une parole de bonheur, c'est-à-dire de vie bonne. Rappelons-nous que c’est ce que dit Dieu de sa création. Rappelons-nous aussi que c’est ainsi que commence le premier des psaumes : « Heureux l’homme qui ne prend pas le parti des méchants… Il est comme un arbre planté près d’un ruisseau, qui donne son fruit en son temps… » Voilà ce que Jésus annonce à ceux qui le suivent, qui veulent, eux aussi, servir le Seigneur qui est vivant…

Adversité

Elie aura à souffrir du choix qu’il a fait, car Akhab et son épouse, la reine Jezabel, le poursuivront de leur vindicte. C’est qu’en adoptant le culte de Baal, ils signifient que la logique dans laquelle ils s’inscrivent c’est celle de la domination, de l’asservissement, de la prédation. En s’affirmant en rupture par rapport à cette logique, Elie devient un ennemi… Il le sait, mais il se confie à Dieu.

Jésus ne cache pas à ses disciples qu’ils connaîtront eux aussi l’adversité, la persécution, car choisir la vie, c’est entrer en confrontation avec les forces de mort et d’asservissement. C’est inévitable.

Si nous voulons nous aussi, comme Elie, être les serviteurs du Dieu vivant, nous sommes donc devant cette question : croyons-nous que Dieu, dans l’épreuve, donne vie à ses serviteurs ? Croyons-nous au nom de Jésus : « Dieu sauve » ?

D.E.

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 10:11

Fidélité et foi

2 Timothée 4, 1-6 ; Marc 12, 38-44

 « Fils bien-aimé », c’est ainsi que Paul s’adresse à Timothée. Comment ne pas entendre dans ces mots un écho de la Parole du Père au baptême de Jésus et à la Transfiguration ? Bien sûr, Paul ne se prend pas pour Dieu ! Cependant, dans cette lettre où il témoigne qu’il est proche de la fin de sa course[1], Paul met en œuvre la parole de Jésus : « comme le Père m’a aimé moi aussi je vous ai aimé, demeurez dans mon amour. » C’est au nom de cet amour auquel il n’a eu de cesse de rendre témoignage, que Paul demande à Timothée de proclamer la Parole, à temps et à contretemps.

Sa lettre se fait étrangement contemporaine lorsqu’il écrit  qu’un temps viendra où l’on ne supportera plus l’enseignement solide, où les gens seront dévorés par « la démangeaison » d’entendre du nouveau, et qu’ils chercheront une foule de maîtres, au gré de leur caprice. Face à cela, une seule chose : rester fidèle à la grâce reçue, en dépit des épreuves… Comme Paul lui-même s’est efforcé de rester fidèle. C’est ainsi que l’œuvre de Dieu peut faire son chemin parmi les hommes.

La fidélité, c’est une manière de donner sa vie. De la donner toute entière. Dans l’évangile de Marc, Jésus s’insurge contre une fausse fidélité, celle de ceux qui cherchent la gloire et la reconnaissance dans les postures religieuses. Ceux-là ne manquent pas.  Jusqu’à aujourd’hui. Et nous savons, que là-dessus, rien ne peut se bâtir de durable.

Mais Marc ne s’en tient pas là. Si nous n’avions pour rester fidèle que cette dénonciation des abus de la religiosité, nous n’irions pas bien loin.

L’évangéliste poursuit en témoignant de l’émotion de Jésus devant la misérable obole d’une  pauvre veuve. Le don qu’elle fait est ridicule si on entend le mesurer en termes d’efficacité : deux piécettes dans le trésor du Temple, c’est très exactement rien. Peut-être pas même de quoi payer un cierge…

La véritable puissance

L’apport des riches généreux est bien plus considérable. Mais Jésus est profondément touché par cette veuve qui sait bien que son don est infime. Il lui coûte beaucoup, en revanche. Comment peut-elle y consentir dans ces conditions  – un si grand prix pour une efficacité pratique nulle, c’est parfaitement déraisonnable –, sinon parce qu’elle croit que Dieu peut tout à partir de ce rien ? Ce don humble, minuscule, mais total devient alors le point d’appui à partir duquel Dieu peut soulever le monde, pour reprendre l’expression d’Archimède. Elle ne se substitue pas à Dieu, elle s’offre à lui. Qu’il fasse ensuite comme il voudra. La puissance de son don ne tient pas à la quantité, au volume, mais à son ancrage total et solide dans la foi. Elle sait, cette veuve anonyme, que la véritable puissance vient de Dieu.

De fait, quelque deux mille ans après, nous lisons toujours le récit qui nous rapporte ce don, et à partir de ces deux piécettes, Dieu nous demande : et toi ? Il s’appuie toujours sur l’obole de la veuve pour nous « soulever » nos cœurs.

D.E.



[1] Il n’est pas sûr que cette lettre soit de la main de Paul, et nombre d’exégètes pensent qu’elle a pu être écrite peu après sa mort, par un de ses proches.

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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 08:21

A chacun de se situer

2 Timothée 4, 1-8 ; Marc 12, 38-44

Le jeu de la « dispute rabbinique » se poursuit dans le Temple, mais cette fois-ci, c’est Jésus qui prend l’initiative, et interroge. Que dire du Messie ? Qu’il est fils de David, comme l’affirment les scribes, ou qu’il est Seigneur, comme David lui-même le dit sous l’inspiration de l’Esprit saint. Au cœur du raisonnement paradoxal que tient Jésus, le premier verset de la citation du psaume 110, généralement appliqué au Messie : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : “Siège à ma droite, jusqu’à ce que j’ai mis tes ennemis sous tes pieds !” »

Marc ne nous livre pas explicitement la solution de l’énigme. Il nous dit simplement que le peuple avait plaisir à entendre Jésus. Pour comprendre l’enjeu de ce petit passage, il faut reprendre tout l’ensemble de la dispute au Temple que la liturgie nous propose de lire depuis quelques jours. Elle commence, rappelons-nous, par la question des Juifs : « Dis nous par quelle autorité tu fais cela ? » Elle se termine par l’injonction à veiller pour attendre la venue du maître – c'est-à-dire du Messie.

En posant cette question, Jésus renvoie à son auditoire une invitation à se situer face à lui. Qui écoutez-vous, leur dit-il ? Qui écoutons-nous aujourd’hui ? Qui attendons-nous ? Qui allons-nous suivre ?

Cette question, Paul l’adresse à son disciple Timothée. Tu as suivis mon enseignement, tu connais mon parcours, lui-dit-il. Tu sais que le Seigneur m’a soutenu et délivré, dans la persécution. Et de fait, suivre le Christ conduit à traverser l’épreuve. Reste fidèle, tu trouveras dans les Écritures, tout ce dont tu as besoin pour accueillir le salut par la foi en Jésus-Christ.

Le chemin de la victoire

Cela peut sembler peu de chose, puisque tout le reste est inchangé. Ce qui nous est proposé, c’est d’habiter ce monde en restant dans cette fidélité, en nous appuyant sur la personne même de Jésus Seigneur, quand bien même nous ne voyons pas encore clairement ce qui en résulte. Quand bien même nous ne savons ni le jour ni l’heure de sa venue.

La citation du Psaume est une promesse de victoire sur les ennemis. Cependant, nous savons, que Jésus lui-même connaîtra l’arrestation et la mort de la Croix. Et quand il se livre à ce jeu de question, il sait qu’il n’y échappera pas… Tel est le chemin de la victoire !

D.E.

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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 08:22

Le choix du premier commandement

2 Timothée 2, 8-15 ; Marc 12, 28b-34

Après les Sadducéens qui doutent de la résurrection des morts, voici un scribe. La liturgie nous propose, après le temps de Pâques, de relire les controverses de Jésus avant la passion.  Comme je l’écrivais hier, il n’est pas nécessaire pour autant de se faire un portrait noir des interlocuteurs de Jésus, même s’ils sont en désaccord avec lui. Cette fois-ci, d’ailleurs, Marc nous montre plutôt la convergence des points de vue.

« Quel est le premier de tous les commandements ? » demande le scribe.  C’est une manière de chercher à savoir comment Jésus lit les Écritures. Il y a en effet plusieurs manières de répondre, selon que l’on privilégie par exemple l’Exode sur le Deutéronome, puis dans l’un ou dans l’autre tel ou tel passage… Naturellement, le scribe n’imagine pas que Jésus ne saura pas répondre, il veut plutôt savoir s’il propose une lecture plus littérale ou plus spirituelle. A l’époque de Jésus, il existe différentes écoles, différents courants d’interprétation.

Jésus répond en faisant une lecture transversale. Tout d’abord, il ne cite pas les « Dix paroles », ni dans la version de l’Exode, ni dans celle du Deutéronome, alors qu’il aurait pu prendre, mécaniquement, la première des Dix… Il va un peu plus loin, dans le Deutéronome (6, 4-5) pour choisir le « premier commandement » : « Écoute Israël, le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur, tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. » En choisissant, il met justement en œuvre son intelligence. Ce qu’il continue à faire en dépassant la question, pour citer… le livre du Lévitique (19,18) : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Jésus éclaire l’Écriture par l’Écriture. Il donne l’autorité à la Parole, puis il livre son propre commentaire : « Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là ». Ce qui est une façon de dire que tous les autres sont relatifs à ceux-là. Marc, sous couvert de cette « dispute », nous résume ici l’enseignement de Jésus. Toute sa vie publique se lit sous cet éclairage, et elle invite à s’engager dans l’intelligence de la Parole de Dieu

Le scribe entend et approuve et il développe. « L’aimer de tout son cœur, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toutes les offrandes et tous les sacrifices. » Ici, il faut entendre un écho du Psaume 40 : « Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation, tu m’as ouvert l’oreille, tu n’exigeais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit voici je viens… Au rouleau du livre, il m’est prescrit de faire tes volontés. Mon Dieu, je me suis plu dans ta loi, au plus profond de mes entrailles. » « Se plaire dans la loi », c’est trouver du bonheur à méditer l’Écriture et à la mettre en pratique, avec intelligence et discernement.

« On n’enchaîne pas la parole »

Jésus entend cela et son approbation n’est nullement ironique : « tu n’es pas loin du Royaume de Dieu », car ce Royaume commence lorsque nous laissons la loi de Dieu s’inscrire ainsi de manière vive et simple à l’intérieur de nous-mêmes, en y prenant une part active.

C’est alors que cette parole, en nous, s’exprime librement quelles que soient les circonstances, comme le dit Paul à Timothée : « On n’enchaine pas la parole de Dieu ». Et Paul invite son disciple à rappeler qu’en Jésus, Dieu reste éternellement fidèle à l’homme. Dans ces conditions, « les querelles de mots ne servent à rien ». Il ne s’agit pas d’entrer dans des rivalités d’interprétation, d’utiliser la loi comme un pouvoir sur les autres. A chacun  de « tracer droit le chemin de la parole de vérité »… Dans son dialogue sans acrimonie avec le scribe, Jésus a montré le chemin.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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