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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 08:43

La raison de l’Esprit commande de ne pas confiner la foi

2 Timothée 1, 1-3. 6-12 ; Marc 12 18-27

Nous commençons ce matin la lecture de la seconde lettre de Paul à Timothée. Paul nous apparait ici dans une relation personnelle d’amitié qui donne de la foi une expression très chaleureuse et convaincante. Puissions-nous être les uns et les autres dans cette attitude de reconnaissance, de soutien mutuel et d’encouragement dont témoigne l’apôtre.

La lettre nous dit qu’il est en prison. Il a déjà beaucoup souffert pour l’Évangile, et a été en butte à l’hostilité de ses frères juifs. Pourtant, lorsqu’il décrit sa relation personnelle à Dieu, il dit l’adorer avec une conscience pure comme l’ont fait ses ancêtres. Il ne se sépare pas de la foi de ses pères. C’est à ce titre qu’il invite Timothée à « réveiller [en lui] le don de Dieu », reçu au baptême, lors de l’imposition des mains.

Cette invitation, nous pouvons l’entendre pour nous-mêmes. Il s’agit de ne pas brider l’œuvre de l’Esprit. « Ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour, de raison. » Le danger, c’est de vivre comme si nous n’avons pas reçu cette grâce, comme si le Christ Jésus n’était pas mort et ressuscité, sans laisser se déployer en nous et autour de nous ce don. Le danger, c’est de vivre une foi confinée dans nos peurs, réduite à une forme de pratique sage et honnête de la religion.

On trouve cela en arrière plan dans la conversation des Sadducéens avec Jésus à propos de la résurrection. Ne croyons pas que les Sadducéens, gardiens du Temple, étaient des  « affreux ». Ils veillaient à une observation scrupuleuse de la loi et des rites selon la manière dont ils les comprenaient. On ne peut pas mettre en doute leur sincérité. Mais leur foi était en quelque sorte bornée par une forme de réalisme pratique que traduisait leur refus de croire à la résurrection.

La question qu’ils posent à Jésus, à partir de la loi du lévirat, en est un bel exemple. Selon cette loi, un  homme dont le frère marié meurt sans enfant se doit de l’épouser pour donner à sa veuve une descendance. Pour les Sadducéens, cette loi suffit à comprendre que la résurrection est moralement impossible : à la résurrection, de qui une veuve sera-t-elle l’épouse ? De son mari, ou du frère de son mari ? C’est une « dispute » typiquement juive, où l’humour se mêle au réalisme comme au sens de l’absurde.

Abraham, Isaac et Jacob

Jésus se garde bien de répondre sur ce terrain. Il met en cause l’horizon que les Sadducéens projettent sur leur foi et qui la borne : celle des contingences humaines présentes. Si nous pensons que le don de Dieu n’ouvre pas davantage la vie, à quel Dieu croyons-nous ? Dieu n’est-il que le dieu de nos possibles ? Et surtout, si Dieu se présente dans l’Écriture – à la lettre de laquelle les Sadducéens voulaient être fidèles – comme celui d’Abraham, Isaac et Jacob, est-ce à dire qu’il se présente comme celui qui ne leur aurait pas donné la vie éternelle ? Les patriarches ont-ils cru pour mourir ? La raison de l’Esprit, dont témoigne Paul, est-ce bien cela ? Mais alors, quel avantage y a-t-il à croire ? Ou bien peut-on, dans la foi, en lisant l’Écriture, les rencontrer comme vivant en Dieu ? Dieu ne s’affirme-t-il pas comme celui qui leur donne vie ?

Croyons-nous donc que Dieu nous donne, à nous aussi, la vie éternelle, une vie qui déborde les limites que nous serions tentés de lui assigner ? Voilà ce qu’il nous faut raviver, en donnant raison à la force de l’Esprit, pour réveiller  le don que nous avons reçu au baptême, comme Timothée.

D.E.

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 08:53

Du spirituel et du temporel

2 Pierre 3, 12-15a. 17-18 ; Marc 12, 13-17

« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Qui ne connaît cette réplique de Jésus aux pharisiens et aux partisans d’Hérode qui pensaient lui tendre un piège en l’interrogeant sur l’impôt à l’empereur ? Il est intéressant de rapprocher ce texte du passage de la seconde lettre de Pierre que nous lisons aujourd’hui. Pierre – ou du moins celui qui signe sous son nom – répond à l’impatience de ceux qui trouvent que le Jour du Seigneur tarde. De fait, nombre d’entre eux pensaient qu’ils verraient de leurs yeux le retour du Christ, ce que nous appelons familièrement « la fin du monde ». Un peu avant, dans la même lettre, citant le psaume 89 (90) que la liturgie nous propose également ce matin, Pierre rappelait que pour Dieu, « mille ans sont comme un jour ». Pierre invite ses lecteurs à ne pas se laisser ébranler par la longueur de l’attente, et à rester enraciné dans la grâce qu’ils ont reçue du Christ. Et il conclut : « A lui la gloire dès maintenant, et jusqu’au jour de l’éternité. » Nous sommes ici dans le « déjà là » qui reste « encore à venir »…

Le temps de Dieu n’est pas le nôtre. Non pas qu’il n’y ait pas d’histoire, ni que le temps de Dieu soit cyclique. Mais Dieu habite le temps dans sa plénitude. Il habite à la fois l’instant présent, totalement, et toute l’étendue du temps, qu’il contient en lui-même. C’est en ce sens qu’il est éternel, c'est-à-dire au-delà du temps tel que nous le percevons.

Dans ces conditions, la question des pharisiens et des hérodiens à Jésus paraît évidemment vaine. Pour les premiers, payer l’impôt à César, c’est nier la souveraineté absolue de Dieu. Pour les autres, refuser de payer c’est se soustraire à l’autorité de l’empereur, et donc ignorer la réalité du temps présent. Le piège tendu à Jésus, c’est celui de l’opposition entre ces deux ordres, entre l’eschatologie et l’histoire.

Jésus, nous dit Marc, connaissait « l’hypocrisie » de ses interlocuteurs. Ce mot d’hypocrisie vise en fait moins la fausseté et la malice de ceux qui veulent tendre un piège, que leur courte vue, leur incapacité à s’élever à la hauteur de l’enjeu. De fait, les uns et les autres sont enfermés dans leur vision particulière. Les pharisiens, tels que les présente Marc, font volontiers l’impasse sur les contingences, pour tout soumettre à une observation de la loi qui n’a, si l’on peut dire, la tête que dans le ciel. Les hérodiens, au contraire, ne connaissent que la dure réalité du pouvoir et de l’ordre matériel présent. Chaque « ordre » exclut l’autre.

Coexistence

La réponse de Jésus à ceux qui viennent le voir comme celui qui « enseigne le vrai chemin de Dieu » va les déconcerter, car il ne prend partie ni pour les uns ni pour les autres. Ce n’est pas par habileté que Jésus se comporte ainsi, mais parce qu’il sait que si pour Dieu mille ans sont comme un jour, alors il faut tenir à la fois le jour et les mille ans, c'est-à-dire la réalité présente – que figure la pièce d’argent à l’effigie de César – et la plénitude de la Création en Dieu. Ce n’est pas en opposant l’un et l’autre que l’on marche sur « le vrai chemin », mais en honorant les deux. Au passage, notons que la réponse de Jésus invite hérodiens et pharisiens, qui sont adversaires, à coexister !

Ainsi, le spirituel et le temporel ne s’opposent ni ne se confondent. Ils coexistent étant étroitement imbriqués, comme le disait superbement Gabor Hevenesi, jésuite hongrois (1656-1715) : « Crois en Dieu comme si tout le cours des choses dépendait de toi, en rien de Dieu. Cependant mets tout en œuvre en elles, comme si rien ne devait être fait par toi, et tout de Dieu seul. » Voilà qui nous prend à contrepied…

D.E.

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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 08:48

Quand parle ce qui ne se voit pas encore

Sophonie 3, 14-18a ; Lc 1, 39-56

Nous fêtons ce matin la fête de la Visitation. Luc nous rapporte qu’après l’Annonciation, Marie s’est mise en route pour aller voir sa parente, Elisabeth, enceinte de Jean-Baptiste. Voilà deux femmes, porteuses d’une promesse de vie qui excède le simple cadre familial, puisque ce qui est en jeu, c’est la restauration d’Israël. Mais ce n’est pour l’instant qu’une promesse. Rien de visible.

Le passage du livre de Sophonie que nous lisons annonce cette restauration, comme une fête joyeuse, jubilante. Il contraste avec ce qui précède, où le jour du Seigneur a été présenté comme un jour de fureur et de détresse, où le malheur a été appelé sur Jérusalem. Mais entre ces deux moments, Sophonie a également annoncé que Dieu ferait œuvre de conversion, tant parmi les peuples qu’au sein d’Israël.

Il y a de quoi regretter, pleurer et gémir, et pourtant la promesse est là, sur laquelle s’appuyer.

Ainsi sont Elisabeth et Marie. Ce qu’elles peuvent observer, à vue humaine, ne dit rien ou presque de ce qu’elles attendent. Et elles ne peuvent l’ignorer. Mais l’espérance de l’une raisonne en l’autre. Ce que Luc traduit d’une manière imagée : « l’enfant tressaille en elle ». C’est un mouvement intérieur qui saisit aussi bien Elisabeth que Marie, c’est le mouvement même de la vie qu’elles ont accueillie, c’est l’Esprit Saint qui les saisit et les remplit. Elisabeth dit le bonheur qu’elle éprouve, et la certitude intérieure que lui procure ce bonheur : « Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? »

La réponse de Marie est de même nature. C’est le jaillissement du don qui s’exprime, et la reconnaissance que la promesse de Dieu s’accomplit. Les paroles de Marie sont tissées de l’Écriture. On y retrouve le mouvement du cantique d’Anne, la mère du prophète Samuel, dont la prière fut exaucée, alors qu’elle ne parvenait pas à avoir d’enfant. On y retrouve les psaumes… Il y a là tout ce que peut porter une longue attente qui s’est nourrie fidèlement de la parole.

Mise en route

Dans les temps difficiles que nous traversons, nous sommes ainsi invités à écouter en nous la source de la vie, contre les tentations de désespérer et de baisser les bras, ou contre le recours à des fausses solutions rapides, apparemment faciles, contre le danger de chercher des fautifs, des coupables, des boucs émissaires.

Il faut sans doute remarquer, dans le texte de Saint Luc, le fait qu’il nous dit qu’après avoir entendu la parole de l’Ange, et appris de lui qu’Elisabeth était enceinte, Marie se mit en route. C’est une attitude biblique fondamentale. C’est celle d’Abraham qui croit à la parole qui lui est adressée. Celle de Jacob, celle du peuple d’Israël qui s’arrache à l’esclavage de l’Égypte… A l’inverse, on voit Israël refuser d’aller plus loin lorsqu’il est saisi par le doute, on voit Elie se coucher et se préparer à mourir… Pour entendre en soi le mouvement de l’Esprit, il faut prendre le risque de se mettre en route…

D.E.

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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 09:36

C’est la foi qui fait l’autorité…

Jude 17. 20b-25 ; Marc 11, 27-33

La liturgie nous propose ce matin de lire la fin de la lettre de Jude, une courte épitre dont l’auteur se présente comme le frère de Jacques – celui que l’on désigne comme « frère du Seigneur ». C’est le seul passage de cette lettre que la liturgie nous propose dans l’année. Sans doute parce que le texte est d’un abord difficile, écrit dans un genre apocalyptique propre à son époque, elle-même marquée par un climat de polémique violente qui se fait entendre dans le ton de la lettre. Il nous est donc proposé d’en méditer le message final : « Que votre foi très sainte soit le fondement de la construction de vous-mêmes. Priez dans l’Esprit Saint, maintenez-vous dans l’amour… » Sans oublier une invitation à se comporter miséricordieusement non seulement à l’égard de ceux qui sont hésitant, mais aussi « des autres », dont on comprend qu’il s’agit de ceux que Jude considère comme des adversaire, des impies et des malfaisants.

Il peut donc y avoir des situations de polémiques, de combats, d’adversité. La lettre de Jude nous rappelle que dans ces circonstances, il faut s’appuyer sur ces piliers que sont l’Esprit Saint, l’amour, la miséricorde, ne pas les perdre de vue – c’est si facile de les oublier – et rester fondamentalement dans une attitude de foi, où tout en engageant nos forces, nous restons fixés, non pas sur nos intérêts ou satisfactions propres, mais sur le don de Dieu.

L’évangile de Marc nous rapporte la suite de la scène des vendeurs chassés du Temple. Lorsque Jésus revient à Jérusalem, les autorités juives – grands-prêtres, scribes et anciens –viennent le trouver et lui demandent de s’expliquer. « Par quelle autorité fais-tu cela ? Qui t’a donné autorité pour le faire ? » En principe, quiconque voudrait mettre de l’ordre dans le Temple devrait en référer à eux… Leur question n’est donc pas a priori illégitime. Jésus ne conteste pas ce principe, mais il va en fait leur demander s’ils sont aptes à exercer cette autorité, en sollicitant leur avis sur le baptême de Jean. S’ils veulent faire valoir leur responsabilité et leur discernement, qu’ils exercent. Qu’ils s’engagent. Qu’ils manifestent où ils placent leur foi…

Égarés

S’ils ne le font pas, il n’y a pas de raison de les suivre, ni de leur obéir, puisqu’il n’est pas possible de savoir ce qui les fonde, ce qui les conduit. De fait, Marc nous rapporte que les interlocuteurs de Jésus ne s’interrogent pas sur le fond de la question posée, mais sur l’opportunité de telle ou telle manière de répondre. En d’autres termes, ils n’ont pas la foi pour boussole, mais de petits calculs sur les conséquences supposées de leur réponse. Ils sont donc, au fond, égarés. En ce sens, ils n’ont pas tord de dire : « Nous ne savons pas. » Mais peut-on se fier à quelqu’un qui dit « Je ne sais pas », en matière de foi et de discernement ? Peut-on suivre des girouettes ?

Ainsi, l’injonction de Jude et le récit de Marc vont-ils dans le même sens : c’est la foi qui doit être à la source de notre agir. Non pas la croyance en des vérités que nous posséderions aisément, mais la conviction de l’œuvre de Dieu dans nos vie, dès lors que nous nous efforçons de nous maintenir à l’écoute de sa Parole, d’accueillir ce que l’Esprit propose, d’aimer comme le Père nous aime, de vivre dans la miséricorde… Alors nous connaîtrons l’autorité par laquelle Jésus lui-même agit.

D.E.

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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 08:39

La parole qui n’est pas mise en pratique ne porte pas de fruit

1 P 4, 7-13 ; Mc 11, 11-25

Une bien étrange histoire que celle de la malédiction que Jésus lance contre un figuier où il ne trouve pas de fruit, alors que, selon l’évangéliste, ce n’était pas la saison des figues. C’est à n’y rien comprendre, si on ne la lit pas comme un misdrash, comme une parabole. Car enfin, pourquoi le Fils de l’homme s’en prendrait-il à un  arbre qui n’en peut mais. Du figuier, le livre des proverbes nous dit : « Qui soigne son figuier en mangera les fruits », ce qui peut s’entendre : « Qui étudie la torah en goutera les fruits ».Et l’une des caractéristiques du figuier, c’est qu’il ne donne pas tous ses fruits en même temps, mais qu’ils murissent les uns après les autres… Belle image de l’étude et du progrès dans la foi.

Jésus a faim, raconte Marc. Faim du fruit de la torah. Faim de voir les hommes produire le fruit d’une parole écoutée et mise en pratique. Mais il rencontre la stérilité spirituelle. N’oublions pas qu’il vient d’arriver à Jérusalem, qu’il a été acclamé, et qu’on est à quelques jours de la Passion. Bientôt les mêmes foules qui le célébraient demanderont sans sourciller sa mise à mort. Jésus le sait… Cette scène nous dit d’abord que derrière les apparences, derrière les feuilles nombreuses du figuier – qui, rappelons-nous, servirent à Adam et Ève à cacher leur nudité, après avoir mangé le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, contrairement à l’ordre de Dieu –, les cœurs sont vides et secs. Visitant le Temple, Jésus y trouve les vendeurs et les changeurs, mais pas la prière qui devrait rassembler toutes les nations. Cette stérilité est en elle-même une malédiction. Voilà pourquoi l’arbre se révèle finalement sec.

Bien sûr, on peut lire cette petite parabole comme une critique de l’état spirituel d’Israël et de ses chefs religieux, à l’époque de Jésus. Mais on aurait tord de ne pas entendre qu’elle nous provoque aussi : quels sont les fruits de la parole en nous, dans l’Église, pour le monde ? Quelle est l’épaisseur de notre foi ? Quelle nudité cachent les feuilles abondantes du rite et des belles paroles ?

C’est bien pourquoi Jésus dit à ses disciples, dont Marc précise qu’ils l’avaient écouté, de prier avec foi, avec une foi capable de déplacer les montagnes. Il ne s’agit pas seulement de prier, mais de vivre en croyant que ce qui est demandé dans la prière est accordé. Et plus encore, de pardonner – mais nos rancœurs, nos amertumes, nos doutes à l’encontre des autres ne sont-ils pas des montagnes à déplacer – afin de recevoir de Dieu le pardon, parce que nous aurons ainsi ouvert en nous la possibilité de recevoir sa grâce…

Croire que nous pouvons obtenir de Dieu le pardon, c’est pouvoir nous présenter à lui, tel que nous sommes, sans craindre notre nudité, notre faiblesse, sans avoir besoin de nous cacher derrière les feuilles du figuier. Et c’est pouvoir goûter les fruits de sa parole.

Porter un fruit réjouissant

Ainsi, nous est-il proposé de vivre d’une foi agissante et miséricordieuse, pour porter le fruit qui réjouira le Christ et nos frères. On retrouve cela dans la lettre de Pierre : « Soyez donc sobre et raisonnable pour être prêts à la prière. Avant tout ayez entre vous une charité intense, car la charité couvre la multitude des péchés. Pratiquez l’hospitalité entre vous sans récriminer… »

D.E.

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27 mai 2010 4 27 /05 /mai /2010 08:36

Quand Jésus appelle à appeler…

1 Pierre 1-18-25 ; Marc 10, 32-45

La scène se passe à Jéricho. Jésus, qui a l’intention de se rendre à Jérusalem, sort de la ville, accompagné de ses disciples et d’une foule qui  semble pendue à ses lèvres, qui ne voudrait rien manquer de ce qu’il va dire ou faire. Sur le bord de la route, un mendiant aveugle. Un de ces hommes qui ne comptent pas, devant lesquels on passe avec indifférence. Il ne voit rien, mais il entend. Il comprend que passe celui qu’on nomme Jésus, dont on dit qu’il fait du bien, qu’il guérit les malades. Si jamais il pouvait faire quelque chose pour moi... Alors il tente sa chance : il crie, appelle Jésus.

La scène pourrait se borner à cela, pourtant, il y a un peu plus. Cet aveugle dont on a retenu le nom, Bartimée, nomme le rabbi qui passe d’une façon singulière : « Jésus, Fils de David ». Ce qui est une manière de dire qu’il le reconnaît comme le Messie, le sauveur annoncé, et pas simplement un thaumaturge parmi d’autres. Cet homme qui ne compte pas aux yeux des autres qui ne le voient même pas, cet homme voit intérieurement ce que les autres ne voient pas…

La preuve que les autres ne voient pas, c’est qu’ils veulent le faire taire. Plutôt que d’entendre ce qu’il leur révèle, ils lui intiment vivement de la boucler. Pensez, il va couvrir de sa voix les paroles de Jésus ! Ils ne voient pas, n’entendent pas, ne veulent pas entendre l’aveugle, parce qu’ils croient savoir ce qu’ils doivent entendre…

Jésus, lui, entend, et s’arrête. Là, c’est à nous de voir et d’entendre ce que fait, ce que dit Jésus. Jésus ne s’approche pas de Bartimée. Il ne commence pas par lui parler. C’est aux autres qu’il s’adresse : « Appelez-le ! » C’est eux qu’il commence par soigner, en faisant d’eux ses collaborateurs, ses envoyés auprès de Bartimée. Il les retourne, leur propose un début de conversion. Et aussitôt leur ton change : les voilà porteurs d’un message de confiance, l’aveugle est devenue une personne à qui l’on peut s’adresser avec chaleur. Et leurs mots ressemblent à ce que Jésus a dit maintes fois : « Lève-toi ! » C'est-à-dire : « Vis ! Reçois la vie qui t’es donnée, la vie qui t’appelle. »

Une instante invitation

Sur cette parole – parole de Jésus portée par les autres –, l’aveugle se dépouille de son manteau de mendiant, bondit et court vers Jésus… A-t-on souvent vu un aveugle courir ainsi ? Il est déjà en voie de guérison. Jésus n’a plus qu’à lui demander ce qu’il désire : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? Maître, que je voie ! » Et à proprement parler Jésus ne fait rien, il se contente de dire : « Va, ta foi t’as sauvé. ». Jésus annonce à l’aveugle que sa capacité de voir intérieurement, avec le cœur, ce que les autres ne voient pas lui ouvre les yeux. L’homme alors se met à voir.

Et les autres ? La parole que leur a adressée Jésus demeure : « Appelez-le ! » C’est une invitation pour chacun à appeler à la vie, à la foi, celui qui veut vivre. Une invitation à ouvrir ses yeux et ses oreilles pour voir et entendre, chez celui dont on se fait alors le prochain, le désir de vie, afin de lui permettre d’y accéder. C’est bien ce que dit Pierre dans sa lettre : « Vous aussi, soyez des pierres vivantes qui servent à construire le Temple spirituel, et vous serez le sacerdoce saint. » Cette instante invitation, c’est la marque même de l’amour de Dieu pour nous : voilà ce qui nous est confié. Saurons-nous nous laisser retourner à notre tour, pour permettre à tous les Bartimée qui sont sur notre chemin puissent se lever ?

D.E.

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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 08:12

Il suffit d’aimer…

1 Pierre 18, 25 ; Marc 10, 32-45

« D’un cœur pur, aimez-vous intensément les uns les autres. » Voilà ce qu’écrit Pierre, en précisant que c’est ainsi que l’on expérimente « la semence impérissable de laquelle Dieu nous a fait renaître : sa parole vivante ». Si nous pouvons parfois avoir l’impression de ne pas savoir que faire pour avoir l’assurance de vivre notre foi, voilà de quoi nourrir l’ordinaire de nos jours. Simplement nous aimer les uns les autres, prendre soin de notre prochain, nous faire le prochain de celui que nous rencontrons, que nous côtoyons. C’est l’amour, et lui seul, qui nous libère de ce que Pierre appelle une « vie sans but ». C’est en aimant que nous nous découvrirons « à l’image et à la ressemblance » de Dieu, et que par conséquent nous atteindrons la plénitude de la vie.

C’est au fond très peu de chose, au point que c’en est déconcertant.  Comme fut déconcerté Naaman, ce général syrien, frappé de la lèpre, lorsqu’il apprit que le prophète Élisée ne lui demandait qu’une seule  chose : qu’il aille se laver sept fois dans le Jourdain. Le saint homme ne lui demandait même pas de venir le voir, et n’allait donc ni prononcer devant lui une invocation ni lui imposer les mains… Trop simple pour être vrai ! Il fallut toute la force de persuasion des serviteurs de Naaman pour le convaincre d’agir comme Elisée le demandait… Naaman eut l’impression de s’humilier, mais il fut guéri !

Dans l’évangile de Marc, c’est ainsi que réagissent les disciples. Ils ont peur alors qu’ils sont en route vers Jérusalem où ils pressentent le danger. Jésus confirme en leur annonçant, pour la troisième fois sa Passion, mais aussi sa résurrection. Que demandent Jacques et Jean ? Du spectaculaire, siéger à la droite et à la gauche du Christ en gloire ! Jésus leur fait gentiment comprendre que cette demande est vaine, et que la bonne question c’est de savoir s’ils sont déterminés à le suivre là où il va, à boire la coupe qu’il doit boire. Les autres disciples s’insurgent, alors Jésus explique qu’il n’y a qu’un chemin, celui, fort simple, du service. Le but de la vie, ce n’est pas d’occuper les premières places, ce n’est pas d’imposer son pouvoir. Le but de la vie, c’est de donner sa vie pour que d’autres puissent à leur tour donner leur vie. Rien de plus ! Et le premier à agir ainsi, c’est Dieu lui-même, qui y trouve sa joie…

C’est très simple, et cela s’appelle aimer. Cela peut se vivre en toute circonstances, que l’on soit grand ou petit, riche ou pauvre, intellectuel ou manuel, d’ici ou d’ailleurs...  Et c’est évidemment plus facile, si l’on s’efforce d’être, comme le dit la première des Béatitudes, pauvre de cœur.

N’est-ce pas trop simple ? un peu simplet, même ? Oui, il y a quelque chose de presque humiliant, dans cette simplicité, parce que nous aimerions qu’il nous soit dit et donné de faire de grandes choses. Mais à bien y regarder, pouvons-nous vraiment dire que nous sommes toujours à la hauteur de cette simplicité ? Alors commençons par là.

D.E.

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25 mai 2010 2 25 /05 /mai /2010 08:31

La présence accomplie du Père

1 Pierre, 10-16 ; Marc 10, 28-31

Jésus avait répondu à l’homme riche qui voulait hériter la vie éternelle : «Va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel ; puis viens, suis-moi. » Et Pierre de dire : « Voilà que nous avons tout quitté pour te suivre. » Dans cette déclaration, Jésus entend une question, peut-être une inquiétude. Que va-t-il advenir de nous ? Un peu comme Marie avait répondu à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire ? »

C’est une question que nous nous posons, nous aussi, au moment où il nous faut faire un pas de plus. Il y a de fait un risque, une part d’inconnu : l’avenir n’est pas écrit d’avance. Jésus répond à cette inquiétude : « Nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, un père, une mère, des enfants ou une terre, sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, au centuple, maisons, frères, sœurs, enfants et terres, et des persécutions, et dans l’à-venir la vie éternelle… » L’inconnu n’est pourtant pas totalement levé, puisqu’il faut croire celui qui dit cette parole.

De surcroît, si ce qui était quitté au singulier se retrouve au pluriel – maison, mère, terre – un peu comme Job avait retrouvé multiplié et embelli tout ce qu’il avait perdu dans l’épreuve, s’y ajoute « des persécutions ». Jésus ne cache pas l’adversité à laquelle doivent faire face ceux qui le suivent, puisque sa parole est source de remise en question… Enfin, un mot ne revient pas : celui de père. Comment comprendre cette absence, sinon parce que dans l’esprit de Jésus, il n’est qu’un seul Père, et qu’il ne nous quitte pas, qu’il ne fait jamais défaut. Il ne saurait être question de le retrouver, puisqu’il ne peut être perdu. En revanche, sa présence non pas multipliée mais accomplie s’exprime par le don de la vie éternelle.

C’est de cet accomplissement que Pierre entretient les destinataires de sa lettre. Il est remarquable de constater que le premier des apôtres le situe dans la suite de l’attente prophétique. C’est déjà l’Esprit du Christ qui parlait en eux, assure-t-il. La foi chrétienne s’enracine dans ce qui annonçait le Christ. Pierre invite donc à s’inscrire dans une longue tradition, tout à fait juive. D’ailleurs il reprend à son compte l’enseignement du livre du Lévitique : « Soyez saint, car je suis saint » en recommandant à ses lecteurs d’en faire leur ligne de conduite. N’oublions pas que le « je » qui parle ici, c’est le Père, toujours présent.

Pour l’action

Car il ne s’agit pas de rester béat, en se complaisant dans la chance que nous aurions d’être ceux à qui le mystère est révélé. « Préparez votre esprit pour l’action », écrit Pierre. Suivre le Christ, c’est agir en ce monde, selon l’Esprit de sainteté que nous avons reçu à la Pentecôte. « Mettez toute votre espérance dans la grâce que vous devez recevoir lorsque Jésus Christ se révélera. »

Certes, Pierre, en écrivant songeait à la venue du Christ dans sa gloire, et sa seconde lettre montrera que certains s’inquièteront du fait que le Jour du Seigneur tarde. Mais ne faut-il pas entendre l’injonction de Pierre aussi comme la disponibilité à accueillir Jésus tel qu’il se présente en l’autre, à travers ces multiples frères, mères, mais aussi maisons et terres – c'est-à-dire les réalités matérielles – qui nous sont déjà donnés pour nous engager avec eux dans l’action au service de la construction du Royaume dès aujourd’hui ?

D.E.

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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 09:11

Le problème, ce n’est pas la richesse, mais le manque de foi

1 Pierre 1, 3-9 ; Marc 10, 17-27

Nous entendons ce matin dans Marc l’histoire de l’homme riche qui accourut vers le Seigneur pour lui demander comment faire pour hériter la vie éternelle. Son attachement à ses biens l’empêchera de suivre Jésus. Essayons d’éviter de céder à la même fascination en lisant, sinon, nous serons aussi déconcertés que les disciples qui se demandent qui peut être sauvé, s’il est si difficile à un riche respectueux des commandements d’entrer dans le Royaume de Dieu.

Que se produit-il en effet ?  Cet homme voyant Jésus se mettre en route après avoir béni des enfants, se précipite et se prosterne, comme s’il avait devant lui un héros ou un dieu. C’est ce comportement que Jésus commence par contester. « Pourquoi me dis-tu bon ? Personne n’est bon, sinon l’Unique, Dieu ! » Ce faisant il rappelle à son interlocuteur la première partie des « dix paroles » : « Tu n’auras pas d’autre dieu que moi, tu ne feras pas d’idole… » Jésus refuse d’être mis à la place du Père.

Lorsque Jésus énonce ensuite les commandements qui portent sur la conduite à l’égard du prochain, l’homme assure qu’il n’a cessé de les observer. Alors, nous dit Marc, Jésus fixe son regard sur lui, et éprouve pour lui de l’amour. Il se laisse toucher par la sincérité de son interlocuteur et veut alors lui donner le moyen d’accéder à la réalisation de son profond désir.

Ce qui vient de se passer montre bien ce qui manque à cet homme : il connaît son prochain, mais ne connaît pas Dieu. Jésus se propose de le lui faire connaître. « Viens, suis-moi. » Jésus l’a dit : « Nul ne connaît le Père, si ce n’est le Fils », si bien qu’il faut suivre le Fils pour connaître le Père. Mais connaître le Père, c’est entrer, comme le Fils dans sa dépendance. Jésus vient de l’expliquer, en bénissant les enfants : « Quiconque n’accueillera pas le Royaume de Dieu comme un petit enfant n’y entrera pas. » L’enfant ne possède rien, c’est pourquoi Jésus invite l’homme à se défaire de ses biens et à se faire des amis pour la vie éternelle en les donnant aux pauvres. Ce qui manque à cet homme, c’est cet esprit d’enfance, cette confiance dans le Père, plutôt que dans ses biens.

L’irrésistible bonté de Dieu

C’est aussi ce qui manque aux disciples qui s’étonnent et doutent que quiconque puisse être sauvés, si cet homme-là ne le peut pas, alors qu’il semble si parfait. Jésus les fixe à leur tour du regard – et Marc nous indique ainsi le parallélisme  qu’il établit entre les interlocuteurs de Jésus. Et c’est alors que Jésus leur rappelle que seul Dieu peut sauver l’homme, et que rien ne peut l’en empêcher. En ce sens, les richesses ne sont pas un mal par elles-mêmes. Jésus ne porte aucun jugement sur elle : il nous demande seulement où nous plaçons notre foi.

Le début de la première lettre de Pierre commence ainsi : « Béni soit Dieu, le Père de Jésus Christ notre Seigneur : dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître grâce à la résurrection de Jésus Christ, pour une vivant espérance, pour l’héritage qui ne connaîtra ni destruction ni souillure, ni vieillissement. » On ne peut trouver de plus belle réponse à la question de l’homme riche. Telle est l’irrésistible bonté de Dieu, voilà la connaissance qu’il nous faut rechercher

D.E.

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23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 21:26

Pour cette fête de Pentecôte, permettez-moi de vous inviter à lire ce qu'écrit mon ami Pierre de Berulle:

http://berulle.over-blog.com/article-pentecote-50921239.html

D.E.

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