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22 mai 2010 6 22 /05 /mai /2010 15:27

Paul à Rome

Actes 28, 16-20, 23b-24, 28-31 ; Jean 21, 20-25

La liturgie nous propose aujourd’hui de terminer simultanément la lecture des Actes des apôtres et de l’évangile de Jean.  Dans les Actes, nous retrouvons Paul à Rome, et Luc nous raconte sa rencontre avec la communauté juive de Rome. Une nouvelle fois en effet, « l’apôtre des païens » s’adresse à ses frères juifs. Paul sait pourtant que s’il a risqué la mort à Jérusalem et connu la prison, s’il est à Rome en liberté surveillée, c’est parce qu’une partie des Juifs, aussi bien de Jérusalem que de la diaspora, ont voulu se débarrasser de lui. Mais cela ne le conduit pas à renier ses origines : « J’ai été obligé, dit-il, de faire appel à l’empereur, sans vouloir pour autant accuser ma nation ! » Plus encore, cela ne le conduit pas à mettre en doute la conscience que sa foi est liée à la vocation d’Israël, à son élection : « c’est à cause de l’espérance d’Israël que je porte ces chaînes », assure-t-il.  Autrement dit, c’est en raison de sa fidélité à cette espérance qu’il rencontre l’adversité.

Il est écouté sans hostilité pas les notables juifs de Rome et invité à s’exprimer devant un plus grand nombre de personnes qui viennent chez lui l’entendre. Pour « rendre témoignage » du Royaume de Dieu, il s’appuie sur Moïse et les prophètes. C’est à partir de la Parole de Dieu, des sources juives, qu’il parle de Jésus. Et une nouvelle fois, la communauté se divise. Mais Jésus lui-même n’avait-il pas annoncé qu’il serait cause de division ? Paul s’appuyant sur le prophète Isaïe – restant donc dans la tradition prophétique juive – commente le refus de croire d’une partie de son auditoire et annonce que le salut de Dieu est « envoyé aux païens ». Autrement dit, c’est toujours l’espérance d’Israël que Paul entend faire connaître, quel que soit son auditoire. Sur le fond, rien n’a changé… C’est ce qu’il nous faut entendre, si nous ne voulons pas nous aussi être sourds et aveugles.

« Toi, suis-moi ! »

Quid des Juifs qui ne veulent pas entendre ? Luc n’en dit rien à la fin des Actes. Paul, écrira dans l’épître aux Romains que les dons de Dieu sont irrévocables, et que l’endurcissement d’Israël est un mystère qui appartient à Dieu. Il n’est pas possible ici d’en dire davantage. Cependant la finale de l’évangile de Jean peut nous éclairer sur l’attitude à tenir. Alors que Jésus vient de confier à Pierre de « paître son troupeau », survient « le disciple que Jésus aimait ». Pierre s’inquiète de son devenir : « Et lui Seigneur, que lui arrivera-t-il ? »  La réponse de Jésus est d’une ironie cinglante : « Si je veux qu’il reste jusqu'à ce que je vienne, est-ce ton affaire ? Mais toi, suis-moi. » Qui est donc celui que Jésus aimait ? N’est-ce pas aussi, au-delà de la figure du disciple, ce peuple au sein duquel il a pris chair ? Rappelons-nous que Luc rapporte dans son évangile que Jésus pleure sur Jérusalem…

Si nous entendons bien cette parole de Jésus à Pierre, elle signifie qu’il importe davantage de répondre personnellement à l’appel qui nous est adressé, que de savoir ce qu’il en sera des autres… Il ne s’agit pas de faire comme s’ils n’existaient pas, mais de considérer qu’il y a là un mystère qui n’appartient qu’à Dieu. Une vérité trop souvent oubliée, qui peut masquer un autre oubli : celui de répondre personnellement à l’invitation de Jésus : « Suis-moi »… Ce qui nous revient, c’est d’ouvrir nos propres yeux et nos propres oreilles pour accueillir la parole de Dieu et son œuvre – l’espérance d’Israël –, et la mettre en pratique.

D.E.

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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 06:18

La trajectoire du disciple

Actes 25, 13-21 ; Jean 21, 15-19

Comme nous sommes à l’avant-veille de la Pentecôte, la liturgie presse un peu le pas, pour que nous arrivions au terme du récit des Actes des Apôtres, et je ne saurais trop inciter chacun à lire dans le détail le récit que fait Luc, depuis l’arrestation de Paul jusqu’à son installation à Rome.  Le texte que nous lisons aujourd’hui, nous rapporte ce qu’a dit, au sujet de Paul, le procureur romain Festus au roi Agrippa et à sa sœur Berenice. Festus qui a succédé à Felix, dit ne trouver aucun motif d’accusation sérieux contre Paul, estimant que le problème porte sur une controverse théologique entre Juifs – qui semble le laisser totalement indifférent, lui Romain. Il semble même, à l’entendre, que  la question de savoir si « un certain Jésus » est mort ou vivant, n’est pas le seul aspect de ce différent. De fait ce que ses adversaires reprochent à Paul, ce n’est pas tant ce qu’il dit de la personne même de Jésus, mais ce qu’ils perçoivent de son rapport à la Loi : ils le perçoivent comme une menace pour le judaïsme. C’est un vaste débat qu’il n’est pas possible d’aborder en quelques lignes.

Festus a souhaité faire juger Paul à Jérusalem, mais celui-ci, revendiquant sa citoyenneté romaine, a demandé à être jugé par l’empereur. Il ira donc à Rome. Ce faisant, Paul réalisera un désir qu’il avait depuis longtemps, celui de porter la Bonne Nouvelle au cœur de l’Empire. Mais Luc nous a aussi appris que le Seigneur était apparu de nuit à l’apôtre emprisonné, pour le soutenir et le prévenir qu’il devrait lui rendre témoignage à Rome (Actes 23,11). Ainsi, nous observons une conjonction : la volonté de Dieu rejoint un désir profond de Paul, mais les circonstances ne sont pas celles que Paul avait imaginées. On peut noter ici, qu’il y avait, dans la vie de Paul une sorte de pierre d’attente de son désir : sa citoyenneté romaine, qui lui vient de son père.

« Suis-moi ! »

C’est un peu la même chose que pointe la fin de l’évangile de Jean, dans l’ultime conversation de Pierre avec Jésus ressuscité. « Pierre m’aimes tu ? » demande Jésus, par trois fois. Les deux premières fois, Jésus demande à Pierre s’il l’aime comme le Père aime le Fils, et comme le Fils aime le Père. Pierre lui répond qu’il est son ami, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. En grec, les deux verbes diffèrent radicalement. Alors Jésus « descend » encore, prenant le langage de Pierre, venant en quelque sorte habiter le désir de Pierre, le rencontrer là où il en est, et l’instaurer pasteur du troupeau – ce que désirait manifestement Pierre, dont le comportement de disciple a toujours été d’avancer en premier, au risque de se faire taper sur les doigts. Mais, il avertit Pierre que son désir se réalisera d’une façon qu’il ne souhaitait pas. « Un autre te mettra la ceinture pour t’emmener là où tu ne voulais pas aller ».  Et Jésus ajoute : « Suis-moi ! »

Voilà ce qui est proposé à chaque disciple du Christ, à chacun d’entre nous : que s’accomplisse notre désir en suivant le Christ, d’une manière paradoxale, que nous n’attendons sans doute pas. Cela suppose à la fois que nous soyons pleinement nous-mêmes, que nous écoutions en nous-mêmes notre désir le plus authentique, et que simultanément nous acceptions de recevoir de Dieu la manière dont ce désir va s’accomplir. Toute la dialectique de la foi est là…

D.E.

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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 08:26

Le christianisme ne peut se couper de ses racines juives

Actes 22, 30 ; 23,6-11 ; Jean 17, 20-26

Nous retrouvons Paul à Jérusalem, après son arrestation. Des Juifs persuadés qu’il prêche l’abandon de la Loi de Moïse l’accusent d’avoir profané le Temple. Or si Paul s’est rendu au Temple, c’est pour y accomplir un rite de purification et manifester ainsi son observance de la Loi. Il y a eu un mouvement de foule et certains étaient prêts à le tuer quand la troupe romaine est intervenue. Le commandant romain organise alors une réunion pour confronter Paul aux membres du Sanhédrin et peser ainsi le sérieux des accusations lancées contre lui.

On lit souvent ce passage en considérant l’attitude de Paul comme une habileté tactique : se revendiquant « pharisien, fils de pharisien », mettant le doigt sur le débat qui oppose pharisiens et sadducéens quant à la résurrection, il divise son auditoire, et met une partie du Sanhédrin de son côté. Cette lecture n’est pas fausse, mais elle est incomplète et risque même de donner raison aux accusateurs de Paul, si on ne fait pas droit au fond de son propos : Paul se veut toujours juif, fidèle à l’enseignement qu’il a reçu de ses pères. S’il a fait, symbolisée par le moment de Damas, une expérience tout à fait nouvelle de la foi en rencontrant le Christ, cette expérience ne peut néanmoins pas se comprendre si on la coupe de ses racines. Elle a beaucoup à voir avec tout ce qui fonde les pharisiens à croire en la résurrection des morts. Elle ne peut se passer de l’intelligence de Dieu contenue dans la Torah et dans la tradition juive.

Voilà qui devrait non seulement nous prémunir contre l’antijudaïsme et l’antisémitisme, et plus encore nous donner soif de connaître la Torah et la tradition juive. L’affrontement, si virulent, entre pharisiens et sadducéens, nous montre d’une part que cette foi et cette tradition sont en débat – et que ce débat est de première importance, et d’autre part qu’il n’est pas possible de parler « des Juifs » de manière univoque et schématique, comme l’antijudaïsme chrétien l’a si longtemps fait.

Cela a-t-il quelque chose à voir avec la prière que Jésus adresse à son Père, avant de partir à Gethsémani ? Oh que oui ! Ce que nous lisons ce matin insiste sur ce que l’on peut appeler « l’inhabitation », le fait que Dieu vient habiter en nous : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi… Je leur ai fait connaitre ton nom… pour qu’ils aient en eux l’amour dont tu m’as aimé, et que moi aussi je sois en eux ». Jésus prie pour que nous fassions l’expérience la plus intime de sa présence, non plus simplement à côté de nous, mais en nous. Il veut habiter en nous, comme le Père habite en lui.

Le souffle de la Parole

C’est une présence vivante, celle qui fait dire à Paul, dans la lettre aux Galates : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi. » Cette expérience, nous la trouvons dans la manière vive de lire l’Écriture dans la tradition juive, et encore dans le judaïsme aujourd’hui. Il ne s’agit pas, contrairement à une image trop répandue, d’une lecture littérale, ou d’une lecture normative, d’une connaissance intellectuelle de choses qu’il faudrait appliquer, dans lesquelles il faudrait se couler. Il s’agit, si l’on peut s’exprimer ainsi, de respirer la présence de Dieu dans le texte, d’y boire son souffle, pour qu’il vive en nous aujourd’hui et nous mette en route. Le paradoxe, c’est qu’alors ce texte très ancien devient le plus actuel, une présence vivante qui ne nous détourne pas du présent et de nos contemporains, mais nous y renvoie pour y déployer nos énergies, reçues du souffle même de Dieu, dans sa parole.

D.E.

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19 mai 2010 3 19 /05 /mai /2010 08:06

Nous sommes « confiés » pour agir

Actes 20, 28-38 ; Jean 17, 11b-19

Les adieux de Paul aux Anciens de l’Église d’Éphèse n’ont rien d’iréniques. L’apôtre ne fait pas dans le genre « Tout va bien, Madame la Marquise ! » Au contraire, il annonce des troubles, des dissensions, des faux pasteurs… Il invite à la vigilance. Mais, aussitôt, il dit ceci : « Et maintenant, je vous confie à Dieu et à son message de grâce, qui a le pouvoir de construire l’édifice et de faire participer les hommes à l’héritage de ceux qui ont été sanctifiés. » La vigilance donc, mais sans perdre de vue la foi : c’est bien Dieu qui construit, c’est bien Dieu qui fait des hommes des fils, des héritiers…

Il y aurait un vrai danger à se crisper sur la vigilance au point de prendre subrepticement la place de Dieu. De plus Paul « confie » ceux qu’il a enseignés à Dieu. Il ne leur dit pas seulement « confiez-vous… », mais « vous êtes confiés à Dieu ». Ce choix ne leur appartient pas, c’est celui de Paul, comme Jésus dit au Père dans sa prière finale « ils sont à toi, ceux que tu m’as donnés ». Sachons que nous appartenons à Dieu, que nous avons été mis dans sa main.

Pour autant Paul n’invite pas à la démission. Il enchaîne en se donnant en exemple : « Argent, or ou vêtement, je n’ai rien attendu de personne… Je vous ai toujours montré qu’il faut travailler ainsi pour secourir les faibles… » Cette appartenance ne nous déresponsabilise pas, elle nous engage. Elle est le point de départ de notre agir. Telle est la dialectique de la foi et de l’engagement

Jésus dans sa prière au Père lui confie ses disciples : « Père saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom ». On aurait pu attendre qu’il dise « dans la fidélité à la parole que je leur ai dite », puisqu’il a souvent invité les disciples à gardes ses paroles, son commandement… Mais ces paroles, ce commandement, il les a reçus du Père, pour révéler son nom. Jésus ne prie pas pour que les disciples soient retirés du monde, soustrait à ses difficultés. Il prie pour que, dans ce monde, le Père les garde dans la fidélité à son nom, source de liberté et de vérité, pour qu’il « les garde du Mauvais ».

Cette prière de Jésus n’est pas une manière de se libérer de la tâche qui lui revient. Confiant ses disciples au Père, il va cependant en assumer jusqu’au bout la responsabilité. « Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’à la fin », écrit l’évangéliste en ouverture du récit du lavement des pieds. C’est sa vie que Jésus va donner sur la croix pour ses disciples et tous les hommes, afin qu’ils soient tout entier « consacrés par la vérité » – par la parole de Dieu qui est vérité. C’est la parole portée en actes jusqu’à la croix par Jésus qui va permettre que les disciples eux-mêmes la porte de la même manière.

Le don de la joie

Le secret de ce mouvement, c’est là joie. Jésus veut donner à ses disciples sa propre joie, mais cette joie, c’est qu’ils reçoivent la vie qu’il leur donne, qu’ils soient libérés de ce qui les entrave pour s’accomplir pleinement comme fils adoptifs de Dieu.

Paul le dit en citant une parole du Seigneur que n’ont pas rapporté les évangélistes : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. » De fait, nous l’expérimentons, rien ne nous réjouit plus que de voir l’autre goûter le don que nous lui faisons et accéder à une part plus intime, plus vaste et souvent surprenante de lui-même. Voilà cette joie où Jésus veut nous faire entrer, et c’est pour cela et en cela qu’il souhaite que nous soyons « consacrés » comme il se consacre lui-même.

D. E.

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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 08:23

Des adieux de Paul à la prière de Jésus

Actes 20, 17-27 ; Jean 17, 1-11a

C’est à Millet que nous retrouvons Paul. Il est sur le point de revenir à Jérusalem et fait ses adieux aux Anciens d’Éphèse qu’il a convoqués pour l’occasion. Pressentant qu’il ne reviendra pas, l’apôtre dit ce qui l’a guidé et animé : annoncer l’évangile et servir le Seigneur, sans plier devant les difficultés, les contradictions, les persécutions. Une seule chose compte pour lui : « achever le ministère que j’ai reçu du Seigneur ». Il sait – et cette connaissance, dit-il, est le fruit de l’Esprit Saint – que « la prison et les épreuves l’attendent à Jérusalem » ; il pourrait encore renoncer à ce voyage – comme on le lui suggèrera –, mais il ne veut pas se dérober, car c’est encore pour « rendre témoignage à la Bonne Nouvelle de la grâce de Dieu » qu’il se remet en route.

La détermination de Paul peut sembler extraordinaire, hors d’atteinte. Pourtant lui-même laisse entendre qu’il n’est pas sûr de ses forces – « pourvu, dit-il, que je tienne jusqu’au bout de ma course… ». Il ne peut compter que sur Dieu. Rappelons-nous la vision d’Ananie, alors que Paul était en route vers Damas pour persécuter ceux que l’on appelait encore « les adeptes de la Voie ». Le Seigneur lui avait dit : « Va, car cet homme est un instrument que je me suis choisi pour répondre de mon Nom devant les nations païennes, les rois et les Israélites. Moi-même, je lui montrerai tout ce qu’il lui faudra souffrir pour mon nom. » Ce que vit Paul est impossible, s’il n’est pas investi de la force de Dieu.

Nous avons évidemment envie de dire que nous n’en sommes pas là. Que nous ne sommes pas appelés ainsi. Qu’il ne nous revient pas d’être conformés au Christ de cette façon, car c’est bien de cela qu’il s’agit. Pourtant, si nous avons été appelés à vivre de la foi, si nous avons reçu le baptême, c’est bien pour être témoins de la Bonne Nouvelle. Sans doute nous faut-il nous demander comment nous répondons-nous-mêmes à cet appel. Comment il se présente à nous. Et comment nous nous rendons disponibles à la force de Dieu, pour pouvoir, nous aussi, tenir jusqu’au bout de notre course.

Intimité

La prière de Jésus, après le dernier repas avec ses apôtres, est celle du Fils qui est devant l’ultime étape de sa mission. Jean nous fait entrer dans un moment d’intimité entre le Père et le Fils, moment qu’il nous donne à contempler, comme il l’a lui-même contemplé et longuement médité avant de composer ce texte sublime, par lequel Jésus dit qu’il va donner la vie éternelle à ceux qui lui ont été confiés. En Jésus, nous trouvons le mouvement qui anime Paul. Et comme Paul a reçu du Christ les paroles que lui-même avait reçus du Père, nous recevons de Paul, de Pierre, des apôtres et de ceux qui les ont suivis depuis lors, ces mêmes paroles qui nous introduisent dans la relation du Père au Fils et du Fils au Père. Nous sommes invités à y entrer, pour à notre tour, transmettre la vie que nous recevons. Souhaitons-nous mutuellement de pénétrer cette intimité avec le Fils et le Père, par l’Esprit qui vient à la Pentecôte.

D.E.

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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 08:02

Du baptême de Jean au baptême de Jésus

Actes 20, 17-27 ; Jean 17, 1-11a

Luc nous a informés de l’existence d’Apollos et de sa prédication à Éphèse. Paul arrive dans cette ville alors qu’Apollos est parti à Corinthe. A sa grande surprise, les disciples qu’il rencontre n’ont pas eu connaissance de l’Esprit Saint. Autrement dit leur foi ne connaît pas la Pentecôte. Ils n’ont reçu que le baptême de Jean, le seul que connaissait Apollos. De Jean, Jésus avait affirmé que le plus petit dans le Royaume des cieux était plus grand que lui (Luc 7, 28). Qu’est-ce à dire ?

Paul explique aux Éphésiens que Jean invitait à la conversion. Tel était le sens de son baptême : confesser ses péchés et se remettre fermement sur le chemin de la mise en œuvre de la Torah, de la parole de Dieu. Ce n’était pas rien. C’est pourquoi Jésus disait aussi que Jean était « le plus grand de tous les hommes nés d’une femme ». Cependant avec Jésus, un changement radical intervient : le don de l’Esprit, que nous allons fêter à la Pentecôte. Le don de l’Esprit, c’est la force de Dieu pour vivre, c’est la loi de Dieu écrite sur les cœurs, c'est-à-dire intime et non plus extérieure. C’est l’éveil du désir profond de la vie, et l’expérience que cette vie est possible…

C’est ce que Paul fait découvrir et expérimenter aux Éphésiens, d’où cette expérience presque surnaturelle, qui indique le dépassement de la seule conscience, du seul vouloir objectif : les interlocuteurs de Paul se mettent à dire des paroles mystérieuses et à parler comme des prophètes. C’est une manière de nous dire, comme on le lit dans l’Écriture en différents endroits, qu’ils sont investis de la « force d’en haut ».  

Nous avons besoin de cette force. Jésus le signifie à ses disciples, dans le dernier échange qu’il a avec eux avant sa passion. Lorsque ceux-ci lui disent qu’ils comprennent enfin, parce qu’il ne parle plus en paraboles et que par conséquent ils croient, Jésus s’étonne non sans une certaine ironie : « C’est maintenant que vous croyez ! » Sous-entendu : il est bien temps ; en êtes-vous si sûr ? Et il leur annonce qu’ils vont tous l’abandonner très bientôt.

Pourtant Jésus ne veut pas humilier ses disciples : « Je vous ai dit tout cela pour que vous trouviez en moi la paix. » Il veut les sauver. Mais comme son chemin passe par la Croix, celui des disciples passe par l’expérience de leur impuissance à se sauver eux-mêmes. Voilà ce qu’il faut que nous entendions : il est bon, il est juste que nous mobilisions toutes nos forces, tout notre cœur, toute notre intelligence, pour mettre en œuvre la Parole de Dieu, et pourtant, nous ne pouvons éviter de faire l’expérience que nos seules forces ne suffisent pas et qu’il nous faut recevoir la « force qui vient d’en haut ».

Ne nous le cachons pas, c’est un passage difficile, délicat, où nous pouvons côtoyer le découragement, le désespoir. Mais c’est aussi parce que nous touchons le fond que nous faisons réellement l’expérience d’être sauvés et que nous goutons une vraie liberté.

D.E.

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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 08:52

La foi circule en liberté

Actes 18, 23-28 ; Jean 16, 23b-28

Le récit des Actes s’arrête aujourd’hui sur la figure d’Apollos. Un Juif d’Alexandrie qui était devenu croyant et annonçait la Bonne nouvelle. Ce que nous apprend Luc, à travers Apollos, c’est que la foi en Jésus s’était répandue par des chemins inattendus, incontrôlés. En l’occurrence, Apollos semble en avoir eu connaissance par des disciples plus ou moins lointains de Jean-Baptiste. En effet, nous dit Luc, Apollos ne connaissait que le baptême de Jean, et non pas le baptême chrétien. Ainsi, pouvons-nous garder à l’esprit que le témoignage de la foi ne circule pas seulement par des voies « balisées ».

Cependant, les amis de Paul, Aquilla et Priscille, vont se charger de parfaire son instruction. Le récit de Luc est assez élogieux sur Apollos, laissant entendre qu’il s’est facilement laissé convaincre, et qu’il s’est ensuite montré très utile en Grèce, prêchant avec efficacité. Luc gomme sans doute les aspérités de l’histoire, car la première lettre de Paul aux Corinthiens fera vigoureusement état de tensions autour d’Apollos. La vie de l’Église, même en ses débuts n’est pas un long fleuve tranquille…

Il ne faut certes pas l’ignorer. Pour autant, il ne faut pas non plus perdre de vue le don de Dieu. La lecture de l’Évangile de Jean est là pour nous le rappeler. Nous lisons les dernières paroles que Jésus adresse à ses disciples avant son arrestation. « Si vous demandez quelque chose en invoquant  mon nom à mon Père, il vous le donnera (…) ; demandez et vous recevrez : ainsi vous serez comblés de joie. » Et un peu plus loin : « Le Père lui-même vous aime, parce que vraiment vous m’aimez… » Comment ne pas être profondément touché par de telles paroles qui disent toute la dilection du Père et du Fils à notre égard ?

Méthode Coué ?

Quelles que soient les contradictions auxquelles nous faisons face, sachons que nous sommes dans l’amour du Père qui veut nous combler de joie. Mais comment vivre cela sans verser dans la méthode Coué, sans en faire une pure logomachie ? Il ne s’agit pas de répéter un discours, mais de croire. C’est ce que Jésus dit aux Onze qui sont restés auprès de lui : « Vous croyez que je suis venu d’auprès de Dieu. » Nous voilà ramenés à ce point, extrêmement délicat, qui est celui de notre foi en la personne de Jésus. Que croyons-nous ? En qui ? Et croyons-nous vraiment ?

Il n’est parfois pas inutile que nous trouvions devant nous des Aquilla et Priscille qui nous aident à comprendre « plus exactement » de quoi il retourne, même si déjà nous sommes habités, comme Apollos, par le désir de faire connaître ce que nous avons éprouvé et reçu.

D.E.

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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 08:56

L’élection de Matthias

Actes 1, 15-17, 20a, 20c-26 ; Jean 15, 9-17

Nous fêtons aujourd’hui saint Matthias. Un compagnon de route de Jésus qui n’avait pas été appelé par celui-ci à être l’un des Douze. Mais après la défection de Judas, les apôtres n’étaient plus que onze. Luc rapporte qu’après le « départ » de Jésus, Pierre invita la communauté des « frères » à choisir quelqu’un pour prendre « la charge » vacante. Deux noms furent proposés, puis après avoir prié, on tira au sort. Matthias fut ainsi désigné. La scène se passe avant la Pentecôte.

Cela signifie qu’en fêtant Matthias, nous ne célébrons pas seulement les qualités, sans doute remarquables de l’homme, mais l’événement d’Église que constitue son « élection », c'est-à-dire la première étape de la succession apostolique.

La prière qui précède le tirage au sort indique clairement que l’élu n’est pas simplement désigné par la communauté, mais appelé et choisi par Dieu. Le tirage au sort symbolise le fait que le choix ne s’opère pas selon les seuls critères qui apparaissent pertinents à la communauté, même si celle-ci s’engage et réfléchit. Elle ne promeut pas d’elle-même l’un des siens, elle reçoit de Dieu celui qui doit exercer la charge vacante. Cette charge, c’est d’être témoin de la résurrection.

Il est à noter que Luc ne nous dit pas, dans ce passage, si Matthias a vu le Christ ressuscité… La charge n’est pas liée à une apparition du Christ – qu’en serait-il alors de nos évêques ? –, mais à la transmission du témoignage des apôtres. La question de cette transmission ne repose pas d’abord sur des qualités de gouvernement, sur des aptitudes politiques ou autres, mais plutôt sur un sens de la vérité, du discernement, du service. Il s’agit d’être un témoin digne de foi. C'est-à-dire capable de croire, mais sans croire n’importe quoi, d’une part, et de transmettre fidèlement ce qui a été reçu, d’autre part.

La source du discernement

Nous avons besoin de tels témoins pour que la Bonne Nouvelle de Jésus soit annoncée. Certes, chaque baptisé est lui-même appelé à être témoin et à prendre ses responsabilités. Cependant certains ont plus particulièrement la charge de la vérité du témoignage de l’Église afin que celui-ci ne soit pas dépendant des humeurs du temps, des modes, des engouements… On voit bien comment les peuples choisissent leurs gouvernants, souvent en fonction des passions du moment, de l’efficacité des discours, du chatoiement des promesses, des émotions collectives… Certes, les témoins de la résurrection ne sont pas des gouvernants, et c’est en ce sens que nous affirmons que Dieu les choisit : leur appel vient de plus loin, il est plus profond, il n’est pas le seul fruit des contingences… Cependant l’appelé reste responsable de la manière de remplir la charge qui lui est confiée. Tout reste à faire, et personne n’est infaillible. Songeons à l’histoire de David, le roi choisi par Dieu…

Jésus ne dit pas autre choses aux apôtres, avant la Passion : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ait choisi et établis, pour que vous partiez et donnez du fruit, et que votre fruit demeure. » Et pour cela, il laisse un commandement, celui de l’amour mutuel : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Tel est la source du discernement, c’est là que se renouvelle pour chacun l’expérience de la résurrection du Christ. C’est là que s’établit le fait d’être reconnu « digne de foi ». C’est à partir de là que doit s’exercer la charge de témoin.

 D.E.

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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 09:49

 Une nécessaire mise à distance

Actes 1, 1-11 ; Hébreux 9, 24-28 ; 10, 19-23 ; Luc 24, 46-53

Aujourd’hui, nous fêtons un départ, une distance qui s’instaure. Cela peut paraître surprenant, car on fête plus naturellement des retrouvailles, le bonheur d’être avec quelqu’un… Nous fêtons le moment où le ressuscité quitte ses disciples pour entrer dans la gloire du Père.  La nuée dans laquelle il disparait, selon le récit de Luc dans les Actes, c’est la nuée de la présence de Dieu, la shekina, qui, dans le Livre de l’Exode, accompagne le peuple dans sa marche. Jésus entre dans une dimension qui est celle du mystère, dans une forme de présence qui ne nous permet pas de le saisir…

Ce « moment », Luc l’a raconté deux fois, d’abord à la fin de son évangile, ensuite au début du livre des Actes des apôtres. Les deux récits ne sont pas exactement semblables, ce qui est déjà en soi une indication que nous sommes devant une situation qui nous échappe en partie.

Luc a pris soin, dans le récit des Actes, de rendre compte d’une sorte de malentendu, d’incompréhension. Il nous montre en effet le décalage entre ce qui préoccupe les apôtres et ce que leur demande Jésus. Pour les apôtres, la question se pose de savoir quand Jésus va rétablir la royauté en Israël. Pour eux, c’est l’objectif « naturel », dont ils ne doutent pas qu’il puisse être aisément réalisé puisqu’en ressuscitant Jésus a vaincu la mort… Ils attendent encore un coup d’éclat. Il leur est aimablement répondu qu’ils n’ont pas à se mêler d’une question qui est du seul ressort de la liberté du Père, et que Jésus attend d’eux autre chose : qu’avec le secours de l’Esprit Saint, ils soient ses témoins, ses envoyés, comme lui est l’envoyé du Père. On comprend que le « retrait » de Jésus semble nécessaire pour que ce témoignage soit rendu : cette prise de distance ouvre le temps de l’Église, du témoignage du peuple de Dieu.

Les disciples vont éprouver une certaine difficulté à se mettre en route, ce dont Luc fait état avec cette scène de deux hommes en vêtement blanc – une façon de désigner deux « anges du Seigneur », mais dans la Bible, l’ange du Seigneur, c’est souvent une manière de dire qu’il s’agit de la présence effective mais voilée (à peine) de Dieu lui-même – qui interpellent les disciples en leur disant : « Hommes de Galilée, pourquoi restez vous à regarder vers le ciel… »

Nous fêtons donc cette invitation à ne pas « rester à regarder vers le ciel », pour nous préparer à témoigner de l’œuvre accomplie par Jésus, pour dire Sa parole, avec « la force venue d’en haut », l’Esprit Saint.

Une ouverture

La lettre aux Hébreux vient corriger la perspective qui était celle des apôtres. Son auteur ne nous parle pas de la restauration de la royauté en Israël, mais nous annonce « nous pouvons entrer au sanctuaire du ciel, grâce au sang de Jésus ». Cette distance que nous célébrons aujourd’hui est donc en réalité une ouverture pour nous permettre d’entrer dans la joie du Père.

Témoigner, c’est vivre dès aujourd’hui, non pas en fuyant la réalité, mais en éclairant cette réalité à la lumière de la croix et de la résurrection du Christ. C’est le point de départ qui nous permet d’adopter une manière de vivre qui ouvre la possibilité de transformer ce monde, afin que les hommes y goutent les bienfaits de la justice, de la vérité, de la paix et de l’amour. En partant, Jésus rend paradoxalement possible l’expérience de sa présence intérieure pour le service des hommes, afin de leur révéler qu’ils sont appelés eux aussi à devenir frères de Jésus et fils de Dieu.

D.E.

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 00:00

Désolé de vous faire faux bond, mais je ne pourrais rien poster avant jeudi matin.

Amicalement

Desiderius Erasme.

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