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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 08:18

L’Esprit est parfois contrariant

Actes 16, 1-10 ; Jean 15, 18-21

Voilà Paul reparti en voyage. Avec Silas pour compagnon, cette fois. Il commence par visiter les communautés qu’il a fondées en Asie mineure. Il les informe des décisions prises à Jérusalem concernant les conditions de l’accueil des païens et le respect de la Loi. Il est à noter que Luc commence par raconter que Paul est le premier à les mettre en œuvre, en imposant la circoncision à Timothée, qui est juif par sa mère. Ce faisant, Paul montre qu’il se soumet lui-même à ce que l’Église a décidé. Luc note alors que les communautés grandissent dans la foi et que le nombre des croyants s’accroît. La fécondité nait de la fidélité à ce que « l’Esprit dit à l’Église ».

La suite montre qu’il y a bien une distinction entre les motions de l’Esprit, et les projets que peuvent faire les chrétiens. Paul n’y échappe pas. A deux reprises, Luc note que l’Esprit empêche les projets de Paul de se réaliser. Ce n’est pourtant pas que Paul avait de mauvaises intentions : il voulait annoncer la Bonne Nouvelle en Asie proconsulaire, puis il avait imaginé d’évangéliser la Bithynie. Mais à chaque fois Paul doit renoncer.

Comment l’Esprit s’est-il manifesté ? Luc ne le dit pas. En revanche, il raconte que Paul a une vision la nuit qui le conduit à se rendre en Macédoine, ce qui n’était pas du tout ce qu’il avait envisagé. On peut d’abord en conclure que si c’était par une vision que l’Esprit avait empêché Paul de se rendre en Bithynie ou en Asie proconsulaire, Luc l’aurait précisé. Ce sont plus probablement les circonstances qui ont fait obstacle. Paul et Silas se sont alors interrogés, peut-être l’ont-ils fait avec leurs autres compagnons de voyage, ou avec les membres des communautés où ils se trouvaient. Ils ont fait œuvre de discernement, pour conclure qu’il n’était pas bon de s’entêter et d’en faire une affaire personnelle. « Les événements sont nos maîtres », dit Ignace de Loyola.

La vision est celle d’un homme de Macédoine qui appelle au secours, en précisant qu’il pour cela faut traverser la mer. L’image du passage à accomplir est forte, même si la traversée en elle-même n’est pas si grande. Elle indique tout autant qu’il faut à Paul et ses compagnons passer à une autre étape, aller vers un monde autre, moins familier. Un monde qui n’est plus contigu de celui qu’ils connaissent. Il leur faut aussi s’arracher à leurs projets initiaux. La décision est immédiate et sans hésitation. Paul obéit à l’Esprit. Obéir, c’est se soumettre à la voix que l’on écoute…

Hypocrites

Vivre selon la foi, cela ne consiste donc pas seulement à mettre en œuvre les valeurs que l’on a reçues, à mettre en pratique des commandements, ou un programme, même si tout cela est respectable et n’est pas exclu. C’est rester dans une écoute et une disponibilité telles que nous acceptions que nos manières de voir, nos projets, même s’ils sont légitimes, même s’ils n’ont rien de mauvais dans les intentions, ne soient pas ceux de Dieu. En les qualifiant d’hypocrites, Jésus ne reprochait pas aux pharisiens d’avoir de mauvaises intentions, mais de ne pas comprendre que leurs bonnes intentions ne visaient pas juste, n’étaient pas à la hauteur de ce que Dieu souhaitait – c’est le sens étymologique du mot hypocrisie : une visée trop basse, qui conduit à rater l’objectif.

S’enfermer dans ses projets, fussent-ils les plus beaux, c’est oublier l’avertissement de Jésus, que nous entendons ce matin dans l’évangile de Jean, et sur laquelle Jésus insiste : « Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : “Le serviteur n’est pas plus grand que le maître.” ». Mon Dieu, délivrez-nous de nos bonnes intentions !

D.E.

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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 08:50

Aime et fais ce que tu veux

Actes 15, 22-31 ; Jean 15, 12-17

Jésus énonce son commandement. Ce ne sont plus les six cent treize commandements des Écritures, ni même les dix paroles du Pentateuque, mais un seul commandement, une seule parole, où le nom de Dieu n’apparaît même pas : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Avec un court commentaire : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. »

 Voilà qui fait chaud au cœur, mais essayons cependant de ne pas céder à l’émotion facile, et examinons ce que Jésus donne comme indication pour comprendre ce qu’il entend par « comme je vous ai aimés ».

Dans ce bref passage, Jésus donne trois exemples de sa manière de se comporter.

« Je ne vous appelle plus serviteur, mais amis ». Cela exclut toute relation de domination ou d’exploitation, mais une égale dignité, une reconnaissance, et aussi une joie dans la relation. Après la résurrection, Jésus ira plus loin encore en parlant des disciples comme de ses frères !

« Tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître. » Cette égale dignité repose sur le partage du plus intime, de la connaissance la plus profonde de la vie, qui est le don du Père. Aimer quelqu’un, c’est lui faire don de ce que nous reconnaissons comme la source même de la vie.

« Je vous ai choisis et établis pour que vous partiez et donnez du fruit et que votre fruit demeure. »  Ce « pour que vous partiez » peut paraître étonnant. Instinctivement, nous souhaitons garder près de nous ceux que nous aimons… Jésus, pour sa part, donne l’assurance (« je vous ai établis ») qui permet l’autonomie, condition d’une fécondité personnelle durable (« pour que vous partiez et donnez du fruit et que votre fruit demeure »). C’est un amour qui rend libre et responsable, qui donne du champ.

Voilà ce que nous sommes invités à imiter, avec une promesse à la clé : dans cette dynamique nous pouvons tout obtenir du Père : « Tout ce que vous demanderez au Père, il vous l’accordera ». C’est une manière non pas de nous inviter à tirer les sonnettes du ciel pour résoudre tel ou tel de nos problèmes, mais à considérer qu’agir ainsi, c’est entrer dans l’accomplissement de l’œuvre même du Dieu.

Le message aux « frères »

Dans cette perspective, la suite de l’Assemblée de Jérusalem est instructive. Il est décidé d’envoyer à Antioche, un message. Il est adressé, non pas à tous, mais aux païens convertis que certains juifs voulaient tenir à l’écart du salut s’ils ne devenaient pas comme eux, circoncis (façon de dire : je te reconnais, à condition que tu sois comme moi !). La lettre commence par désigner ces païens convertis non circoncis comme des étant « frères » à part entière –égale dignité dans la différence. Elle leur transmet ensuite une parole de vie et de liberté, sur la rupture avec l’idolâtrie et la dignité du comportement. Elle comporte enfin un envoi qui invite les destinataires à prendre pleinement leurs responsabilités : « Vous agirez bien, courage. » C’est exactement la dynamique proposée par Jésus.

A chacun de nous de faire de même. Augustin ne disait-il pas : « Aime et fais ce que tu veux » ?

D.E.

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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 08:11

Quand la première Église fait œuvre de discernement

Actes 15, 7-21 ; Jean 15, 9-11

« Comme la conversion des païens provoquait dans l’Église de Jérusalem des discussions assez graves… »  Au beau milieu du livre des Actes des apôtres, Luc nous rapporte que l’Église est en crise, comme on dit aujourd’hui. Comme quoi, les crises, les dissensions, dans l’Église, ce n’est pas nouveau. Ce qui est intéressant, c’est la manière dont ce moment dramatique est traversée.

Une crise, c’est étymologiquement un moment de décision, de choix. C’est aussi, comme l’ont découvert les apôtres avec la passion et la résurrection du Christ – la crise par excellence – un moment de retournement et de relèvement.

Comment la crise se dénoue-t-elle ? Pierre se lève. Il assume la charge qui est la sienne, celle de l’autorité. Mais se lever, c’est aussi, nous le savons depuis Abraham, se mettre en route vers le don de Dieu. C’est ce qu’on vécu ceux à qui Jésus a dit : « Lève toi et marche ». C’est enfin l’acte même de Jésus, qui s’est levé d’entre les morts. Pierre se lève, c'est-à-dire qu’il choisit la vie et qu’il invite, de par la charge qui est la sienne, les croyants à faire de même.  Ce faisant, il regarde la vie qui a déjà été donnée : c’est sur elle qu’il peut s’appuyer. Il constate quelle a été l’œuvre de Dieu. Et il dit qu’il n’est pas raisonnable d’aller contre. Il regarde également ce que les hommes eux-mêmes ont vécu, les moments qui n’ont pas été heureux (« le joug que nous n’avons pas été capable de porter »). Et il dit qu’il n’est pas raisonnable d’emmener les nouveaux venus dans ces enlisements. Ce qui importe, c’est le salut apporté par Jésus à tous. Un seul et unique salut.

Puis la communauté écoute Paul et Barnabé raconter ce qui a été accompli par Dieu au cours de leur mission. Encore une fois, il s’agit de discerner l’œuvre de Dieu, et non pas celle des hommes.

Enfin parle Jacques qui confronte ce qui a été vécu avec la Parole de Dieu : que disent les Prophètes ? Qu’est-ce que l’Écriture nous apprend des « projets » de Dieu. Ce qui a été vécu est-il confirmé par l’Écriture ?

Vient ensuite la décision. Elle résulte logiquement de ce qui précède, elle se veut réaliste (elle n’impose pas le joug qui n’a pu être porté), bienveillante et confiante. Elle dit cependant clairement l’objectif : devenir chrétien, c’est rompre avec l’idolâtrie. Enfin, elle explique qu’il existe un « outil » par lequel chacun pourra, là où il est, poursuivre le travail de discernement sur la mise en œuvre de cet objectif : les communautés où la Parole de Dieu est proclamée et entendue chaque sabbat, c'est-à-dire non pas au gré de l’inspiration du moment, mais selon la liturgie, c’est-à-dire selon un lien qui fait que chaque communauté est à l’unisson des autres et ne se donne pas seule sa propre règle...

Règle d’or

Les trois versets que nous lisons aujourd’hui dans l’évangile de Jean, disent clairement ce qui est le ressort de tout cela : L’amour du Père pour le fils, source de l’amour de Jésus pour les hommes. Et Jésus invite ses disciples à s’inscrire dans cette filiation : « Demeurez dans mon amour. »

La règle d’or, c’est de se situer à l’égard du Christ (« gardez mes commandements), comme lui-même s’est situé à l’égard de son Père (« j’ai gardé fidèlement les commandements de mon Père). Le fruit, c’est la joie – la joie de Jésus lui-même, celle du Royaume. C’est bien ce qui se passe à Jérusalem, lorsque l’assemblée recueille le don de Dieu, écarte ce qui ne porte pas de fruit, et reconnaît Jésus comme unique sauveur.

Voilà de quoi traverser les crises qui ne manquent pas de survenir. De quoi accueillir la vie nouvelle.

D.E.

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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 08:15

Il est toujours tentant de se prendre pour le sauveur

Actes 15, 1-6 ;  Jean 15, 1-8

Paul est donc de retour, avec Barnabé, à Antioche de Syrie. La communauté s’est accrue de non-Juifs qui ont accueilli la Bonne Nouvelle. La question se pose alors, sous la pression de « certaines gens venus de Judée » – ce qu’il faut comprendre comme des Juifs acquis à l’Évangile de Jésus Christ  – de savoir à quelle condition ces nouveaux venus ont accès au salut, et donc peuvent être membres de la « communauté des sauvés ».

C’est une question toujours actuelle qui ressurgit régulièrement d’une manière ou d’une autre. On le voit avec les querelles de rites, par exemple. On le voit aussi autour des modalités de l’accès aux sacrements, notamment pour ceux qui demandent le baptême, ou pour les divorcés remariés. Ce n’est pas une question simple, naturellement. Il s’y mêle souvent des jeux de pouvoirs. Nous sommes naturellement tentés de vouloir que les autres fassent comme nous, qu’ils passent par là où nous sommes passés. Ce qui traduit sans doute une inquiétude quant à nous-mêmes : qu’en est-il de nous, de notre vie de foi, si les autres trouvent leur chemin différemment ?

A Antioche, la question se pose à travers le rapport à « la loi de Moïse ». Cette fixation sur la loi de Moïse, c’est-à-dire sur la circoncision et les diverses obligations de pureté, notamment alimentaires, si présentes dans les controverses de Jésus avec les pharisiens, est une manière de faire passer au second plan celui qui sauve. La vie nous vient-elle de l’observation de la loi, ou du Christ crucifié et ressuscité ? demandera Paul. Dans nos débats de pouvoir, d’autorité, demandons-nous si nous n’opérons pas nous aussi un même déplacement.

La célèbre parabole de la vigne et du vigneron, au chapitre 15 de saint Jean, que nous lisons ce matin en même temps que cet épisode des Actes, dit clairement qu’il n’est pas possible d’inverser les choses. C’est de la vigne – Jésus – que nous, les sarments, recevons la vie, qui nous permet de porter le fruit à la fois promis et attendu par le Père. Ne pas demeurer dans le Fils, ne pas le reconnaître comme celui qui nous offre le salut, c’est assurément se condamner au tarissement de la vie en nous.

Nettoyage

Mais ce texte dit encore autre chose : la croissance des sarments ne se fait pas sans émondage. Ce n’est pas simplement l’affaire du début de la vie avec Dieu, c’est en permanence qu’il est nécessaire que le vigneron procède au « nettoyage ». C’est que nous sommes traversés de multiples élans, de diverses motions intérieures, suscités par les situations dans lesquelles nous nous trouvons, et tous ne sont pas également bons et fructueux. Un discernement doit être fait. Jésus nous dit que c’est Dieu lui-même qui opère. Cela ne nous interdit pas d’y participer en ayant le souci d’agir et de nous comporter de manière responsable, raisonnée, mais encore faut-il avoir à l’esprit, là encore, que nous ne nous sauvons pas nous-mêmes, mais en accueillant l’œuvre de Dieu en nous.

Qu’il s’agisse des autres ou de nous, c’est encore une fois à un décentrement que nous sommes invités, alors que spontanément, nous sommes tentés de penser que le salut nous appartient, que nous en avons les clés.

D.E.

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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 07:54

Le prix d’un témoignage authentique

Actes 14, 19-28 ; Jean 14, 27-31a

Nous retrouvons ce matin Paul en Asie Mineure, au cours de son premier voyage. L’apôtre des païens, comme il se présente lui-même, a toujours commencé par prendre la parole dans les synagogues des lieux où il passait. Pour lui en effet, c’est à partir des juifs, du sein même de la communauté que se fait l’annonce universelle. Mais le choc de cette annonce, qui amène à la communauté beaucoup de non Juifs, est tel que certains y voient une menace pour eux-mêmes. D’où une réaction violente contre Paul. C’est ce qui nous est rapporté dans le passage que nous lisons ce matin.  A Antioche de Pisidie et à Iconium, Paul et Barnabé ont été chassés, mais leurs adversaires les ont suivi jusqu’à Lystres et  cette fois-ci, la peur tourne à la colère et à la rage.

Paul est lapidé, laissé pour mort. Il vit dans sa chair ce qu’a vécu Etienne sous ses yeux, ce qui a été pour lui une transposition de la passion du Christ dont il n’a pas été témoin. Si bien que le texte de Luc prend une dimension liturgique : Paul célèbre en sa chair la mort et la résurrection de Jésus. D’où cette image de Paul qui se « relève » lorsque les disciples se rassemblent autour de lui, comme Jésus s’est relevé d’entre les morts. Paul, conformé au Christ, par cette « Passion express », va pouvoir alors entrer dans la ville,  d’où il a été chassé, puis après être allé jusqu’à Derbé, il reviendra à Lystres, Iconium et Antioche, sans que se déchainent les mêmes violences.

Tout cela donne à l’exhortation de Paul aux communautés qu’il a ainsi fondées, avant de les quitter, une densité particulière : « Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le Royaume de Dieu. » Il ne s’agit pas simplement d’accepter des contrariétés, mais de passer là où Jésus est passé, par une expérience de mort et de résurrection, afin d’en donner un témoignage authentique, réel.

L’œuvre de Dieu

Naturellement, cela ne se planifie pas. Cela n’appartient qu’à celui qui nous appelle à lui pour le servir.  Luc le souligne de deux manières, dans le passage que nous lisons. Il nous dit d’abord que Paul et Barnabé reviennent « là où ils avaient été remis à la grâce de Dieu pour l’œuvre qu’ils venaient d’accomplir ».  Ce qu’ils ont vécu a donc été avant tout l’œuvre de la grâce de Dieu. Puis Luc indique que les deux voyageurs racontent « tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment il avait ouvert aux nations païennes la porte de la foi ». Ils disent dont l’œuvre de Dieu à laquelle ils ont été associés par grâce.

De même, dans la péricope de l’évangile de Jean que nous lisons ce matin, Jésus ne se présente pas comme celui qui agit de son propre chef, selon sa seule volonté. « Il faut, dit-il, que le monde sache que j’aime mon Père, et que je fais tout ce que le Père m’a commandé. » Le Père est et demeure la source de toute chose, de tout témoignage. Cela ne veut pas dire que notre foi nous sort du monde, mais qu’elle nous invite à être dans le monde avec le Père qui y est à l’œuvre. C’est en ce sens que Jean dans sa première lettre : « Si quelqu’un dit “J’aime Dieu” et hait son frère, c’est un menteur, en effet, celui qui n’aime pas son frère qu’il voit ne peut aimer Dieu qu’il ne voit pas ». Ce que le Père commande en effet à Jésus, et à nous même, c’est d’être pour les hommes les signes de son amour, au prix même de notre propre vie.

D.E.

 

 

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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 08:10

Quand personne ne comprend ce que dit Jésus

1 Corinthiens 15, 1-8 ; Jean 14, 6-14

 

Nous fêtons ce matin Philippe et Jacques, apôtres. A cette occasion, il nous est proposé de relire le dialogue entre Philippe et Jésus, après le repas pascal, en l’évangile de Jean. Thomas avait dit à Jésus qui évoquait son « départ » : « Seigneur nous ne savons même pas où tu vas, comment pourrions-nous connaître le chemin. » Cette fois-ci, à Jésus qui vient de dire : « Puisque vous me connaissez vous connaîtrez aussi le Père. Dès maintenant vous le connaissez et vous l’avez vu », Philippe répond : « Seigneur, montre nous le Père ; cela nous suffit. »

Dans les deux cas, c’est l’incompréhension qui est manifeste. Une incompréhension sans mauvaise volonté cependant. Mais on sent dans la réponse de Jésus un certain désappointement, si bien qu’il emploie à l’égard de ses disciples une expression toute proche de celle qu’il a employée en s’adressant aux responsables religieux juifs qui s’opposaient à lui : « Si vous ne croyez pas à ma parole, croyez au moins aux œuvres. » Et de la même manière, il a affirmé : « Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même, mais c’est le Père qui demeure en moi et qui accomplit ses propres œuvres. » Au terme de la vie publique de Jésus, tout le monde semble dans le même bateau…

Il est vrai que l’affirmation de Jésus – « Vous avez vu le Père » – a de quoi surprendre. Nul ne peut voir Dieu sans mourir, lit-on dans la Torah.

Alors que voient les disciples. Jésus, habité par la Parole du Père. Que sommes nous appelés nous-mêmes à voir ? Des disciples habités par l’Esprit saint, présence en eux de l’amour qui lie le Père et le Fils, dialogue en eux du Père et du Fils. Que sommes nous invités à vivre ? A nous laisser agir par la Parole du Père et du Fils. Paul le dit d’une façon lapidaire : «  Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi. »

Voir le Père, c’est le voir à l’œuvre en nous, dès lors que nous accueillons sa présence, c’est le voir à l’œuvre dans ceux qui ont répondu à son appel. C’est se laisser conduire par sa présence discrète mais sûre.

Au-dela des témoins

Paul le dit clairement aux Corinthiens : « Cet Évangile, vous l’avez reçu et vous y restez attachés, vous serez sauvés par lui si vous le gardez tel que je vous l’ai annoncé ; autrement c’est pour rien que vous êtes devenus croyants. » Paul insiste ensuite sur le témoignage de ceux qui ont vu le ressuscité, qui accréditent ainsi la vérité de l’Évangile qu’il annonce. Il affirme aux Corinthiens qu’ils peuvent s’appuyer sur ce témoignage, mais il sait aussi que ses interlocuteurs, et nous-mêmes qui le lisons aujourd’hui, doivent faire le passage de cette parole entendu des témoins, à une expérience intérieure reconnue, celle de la présence intime du ressuscité.

C’est ce passage qu’ont opéré Philippe, Jacques et les autres compagnons de Jésus entre le dernier repas et les jours de la résurrection. Être sauvé par l’Évangile, c’est, en faisant de la Parole entendue la source de notre agir, reconnaître que cette Parole est effectivement source de vie, pour nous-mêmes et pour ceux auxquels nous sommes envoyés. C’est alors que se verra l’invisible.

D.E.

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1 mai 2010 6 01 /05 /mai /2010 11:18

Le travail remis à sa place

Genèse 1, 26 – 2,3 ; Col 3, 14-15. 17. 23-24 ; Matthieu 13, 54-58

1er mai. Fête de saint Joseph, travailleur. Votre serviteur doit avouer qu’il s’est demandé un instant ce matin s’il n’allait pas se donner congé… Mais la lecture des textes que nous propose l’Église pour cette fête m’a étonné, par la place donnée au travail.

La première chose, c’est qu’il n’est pas question de gagner son pain à la sueur de son front. Si nous lisons la Genèse, ce n’est pas pour nous rappeler que le travail est une malédiction – au sens de la racine latine du mot qui évoque un instrument de supplice – mais pour raviver en nous la conscience que l’être humain – créé homme et femme – est à l’image et à la ressemblance du Créateur. Au terme du sixième jour, ayant enjoint à l’homme d’emplir la terre et d’en assumer la responsabilité, Dieu trouve très bon ce qu’il a fait et le lendemain il chôme et se repose de l’œuvre qu’il a faite.

Ce qui est ainsi mis en valeur, c’est la dimension créatrice du travail, en même temps que le fait qu’il n’est pas le tout ni de l’homme ni de Dieu. Nul ne sait dire ce qu’est le repos de Dieu, mais il n’en reste pas moins que ce « repos », nous indique aussi, par le jeu de la ressemblance de l’homme à son créateur, une dimension humaine  qui elle aussi échappe à l’ordre de la seule efficacité, à l’ordre du faire. Il y a là comme une capacité de retrait – une invitation au retrait – qui ouvre une place au déploiement de l’autre, une manière de laisser du champ à celui qui vient après nous. Comme un père laisse place à son fils.

La seconde, c’est que Paul dans la lettre aux Colossiens, nous éclaire lui aussi à sa manière sur l’ordre des choses : la première, ce n’est pas le travail, c’est l’amour. « Mettez l’amour au-dessus de tout : c’est lui qui fait l’unité dans la perfection ! » Le travail ne trouve tout son sens et toute son efficacité que dans cette perspective. Cela n’en minore pas l’importance pour autant, mais évite de le sacraliser.

La troisième, c’est  que l’évangile de Matthieu nous montre ce que le statut social donné par le travail peut avoir d’aliénant. A Nazareth, on ne veut voir de Jésus que « le fils du charpentier », dès lors sa parole est presque inaudible et son action est entravée. Il n’y a plus de place pour « autre chose ».

Gagner « sa » vie ?

Certes, ces trois textes ne nous disent pas tout du travail, mais ils nous mettent en garde contre une vision par trop étroite de celui-ci. La vie ne se réduit pas au boulot, même s’il en faut… On pourrait se demander si en des temps où le travail manque à  beaucoup, cette mise en garde est pertinente. Mais ce regard « critique » de la foi sur le travail n’est-il pas en réalité une manière de libérer des énergies qui n’ont guère de chance de trouver à s’employer si nous n’ouvrons pas la raison économique sur une vision plus large de l’homme.

Et si le travail était bon pour déployer la vie et pas seulement pour la « gagner » ? Et si l’on se disait que « travailler plus » ne peut pas trouver son sens que dans le seul « gagner plus », mais dans celle d’une solidarité plus grande qui mette en œuvre l’amour que Paul nous invite à placer au-dessus de tout ?

D.E.

 

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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 08:55

Encore et toujours revenir à la Pâque du Christ

Actes 13, 26-33 ; Jean 14, 1-6

Pour poursuivre notre méditation du temps pascal, il nous est proposé ce matin de revenir, dans l’évangile de Jean, « à l’heure où Jésus passait de ce monde à son père », c’est-à-dire de nous situer de nouveau dans la perspective de la Pâque de Jésus, qui dit à ses disciples : « Je pars ». 

« Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. » La foi qu’ils ont héritée de leurs pères n’est pas en question, mais c’est en s’appuyant sur elle que Jésus leur demande de croire en lui.  Car c’est bien cela qui va être mis à l’épreuve de la Passion. Il n’est pas dit que la mort de celui qu’ils avaient regardé comme le Messie pousse les Douze à rejeter Dieu, à abandonner la religion dans laquelle ils ont grandi. En revanche, ils vont douter de la personne de Jésus et de sa résurrection. C’est bien là le passage névralgique de la foi chrétienne.

Quand Paul s’adresse aux juifs d’Antioche de Pisidie, il leur propose le même parcours : il part de leur appartenance à la race d’Abraham, et de leur amour de Dieu, pour leur faire connaître Jésus et leur annoncer sa Pâque. C’est dans la mort et la résurrection de Jésus, dit Paul, que « s’accomplit entièrement la promesse faite à nos pères ».

Voilà le parcours. « Pour aller où je m’en vais, vous savez le chemin », dit encore Jésus. « Où je m’en vais » ? Vers le Père, vers Dieu en qui les Douze croient. Mais encore faut-il imaginer qu’il est possible de le rejoindre. Dieu est tellement « autre » qu’il semble inaccessible. Telle est la réaction de Thomas, pour qui c’est tout simplement impensable : « Nous ne savons même pas où tu vas. » C’est ce même Thomas qui ne voudra pas se contenter du seul témoignage de ses frères, au lendemain de Pâques.

Engendrement

La réponse de Jésus, « Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie, personne ne va au Père sans passer par moi », nous propose – à nous qui n’avons que le témoignage de ceux qui nous ont précédés dans la foi – d’engager notre vie dans ce passage, de prendre acte de cet accomplissement dont parle Paul. La traversée accomplie par Jésus, l’ouverture qu’il instaure vers le Père peut être à la fois le lieu et le mode de notre vie. Une manière d’entendre pour nous même la parole du psaume 2, proclamé lors du baptême du Nazaréen : « Tu es mon fils, aujourd’hui je t’ai engendré. »

Voulons-nous entrer dans cet engendrement ? Voulons-nous, non pas fuir notre humanité dans une religion « hors sol », de pur rite, d’une spiritualité évanescente[1], mais chercher comment dans notre vie présente, dans nos responsabilités humaines y compris les plus ordinaires, s’incarne ce passage, cette Pâque – notre Pâque à la suite du Christ – ? Il en va de notre rencontre avec Dieu.

D.E.



[1] A coup sûr le réel reviendra violemment, selon le vieil adage, si parlant aujourd’hui : « qui veut faire l’ange fait la bête ».

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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 07:52

Le chemin de la liberté n’est pas celui du mensonge

1 Jean, 5 -2,2 ; Luc 10, 38-42

La fête de sainte Catherine de Sienne, docteur de l’Église et co-patronne de l’Europe – saluons l’honneur fait à une femme, ce qui n’est pas si courant dans le catholicisme – suspend notre lecture des Actes des apôtres pour nous faire entendre un passage du début de la première lettre de Jean. Dans ce moment où l’Église est secouée par les scandales des actes pédophiles commis par certains prêtres, ce passage résonne fortement : « Dieu est lumière, il n’y a pas de ténèbres en lui. Si nous disons que nous sommes en communion avec lui, alors que nous marchons dans les ténèbres, nous sommes des menteurs…  Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous égarons nous-mêmes et la vérité n’est pas en nous. »

Marcher dans la lumière de Dieu, c’est faire la vérité sur nos comportements. Cela vaut pour l’Église, cela vaut aussi pour nos sociétés. On voit aussi ces jours-ci les dégâts du mensonge en matière économique et politique. Et l’on a parfois le sentiment d’être accablé de toutes parts, tant la facture est lourde.

Pourtant le salut n’est pas à chercher en détournant le regard, en se mettant la tête sous le sable.  Jean dit bien que c’est en reconnaissant nos péchés, nos fautes, nos manquements, nos erreurs que nous connaîtrons la fidélité de Dieu, le pardon des péchés, et la libération des entraves dans lesquelles nous sommes pris. C’est en venant à la vérité que la vérité nous rendra libre.

Pas question de se croiser les bras

Certes, ce chemin n’est pas facile, mais c’est l’occasion de manifester notre foi en celui qui, nous dit Jean, « est la victime offerte pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais pour ceux du monde entier ». Cela paraît énorme, incommensurable. Nos sociétés qui ne connaissent pas Dieu, qui n’ont que si peu l’expérience du Christ, ne peuvent pas l’entendre. Cependant, nous pouvons, lorsque nous sommes chrétiens, aider à faire la vérité et à chercher les moyens de reconstruire ce qui a été brisé, montrer que c’est sur ce chemin que se trouve le relèvement. Peut-être, alors, permettrons-nous au monde de découvrir le don de Dieu.

Dans la fameuse scène du repas chez Marthe et Marie, que nous lisons dans l’évangile de Luc, il ne s’agit pas, bien évidemment, de conclure qu’il faut se croiser les bras pour rester simplement dans les sphères « spirituelles ». Il me semble que Jésus veut plutôt nous dire que pour marcher dans la lumière, l’inquiétude et l’agitation sont peu de choses. Il importe surtout de ne pas perdre contact avec celui dont la Parole est source de vie. C’est cette source qui donnera à notre action son sens et son efficacité.

D.E.

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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 07:51

La fécondité de la Parole

Actes 12,24 – 3,5 ; Jean 12, 44-50

Luc poursuit sa description de la naissance de l’Église. Après le temps de l’épreuve, celui du fruit : « La Parole de Dieu était féconde et se multipliait. » Notez l’expression : la Parole de Dieu était féconde. C’est une manière discrète de rappeler d’où vient la vraie fécondité, ce qui rappelle la parabole de la semence qui pousse d’elle-même, sans même que l’homme qui l’a semée sache comment (Marc 4, 26-29). Aucun orgueil à en tirer, mais plutôt une certaine tranquillité. A nous de faire notre part, sérieusement, pour semer la Parole, mais la croissance elle-même ne nous appartient pas. On retrouve cette attitude chez Jésus lui-même, lorsqu’il dit « Si quelqu’un entend mes paroles et n’y reste pas fidèle, moi je ne le jugerai pas… »

Le récit de Luc nous montre l’abondance des dons qui se manifestent à Antioche. Mais il nous montre aussi que les disciples ne considèrent pas pour autant qu’ils puissent se reposer sur les lauriers de la Parole. Ce qu’ils reçoivent, ils comprennent qu’ils doivent le donner à leur tour, au-delà des limites de la communauté d’Antioche. Il faut continuer à annoncer la Parole. Sans le geste du semeur, la graine ne peut porter du fruit… C’est évidemment l’amour qui les conduits à éprouver le besoin d’aller plus loin pour faire connaître la Bonne nouvelle. Quand Luc nous dit que c’est poussé par l’Esprit Saint qu’ils ont décidé d’envoyer Barnabé, Saul et Jean-Marc, il ne fait pas allusion à une opération magique, à une manifestation extraordinaire, mais à l’expression d’un accord né de la confiance et de l’amour, dans le désir de chercher ensemble la volonté de Dieu.

Il y a donc des envoyés, qui ne doivent pas oublier qu’ils sont envoyés, c'est-à-dire qu’ils ont reçu une mission, qu’ils ne parlent pas d’eux-mêmes. En cela, ils sont à l’image de Jésus qui dit « Celui qui croit en moi, ce n’est pas en moi, mais en celui qui m’a envoyé ; et celui qui me voit, voit celui qui m’a envoyé… » A de multiples reprises, dans l’évangile de Jean notamment, Jésus revient là-dessus et insiste.

Accéder à sa propre vie

Ce n’est pas de nous-mêmes que nous parlons. Ce n’est pas notre propre vérité que nous annonçons. Nous invitons ceux à qui nous nous adressons à entendre la Parole du Fils qui dit la Parole du Père. Cette dernière, assure Jésus, est vie éternelle. Il dit même que c’est le commandement du Père sur ce qui doit être dit, qui est vie éternelle.

Si l’on y réfléchit attentivement, cela signifie que le fait même de vivre comme envoyé est vie éternelle. Il s’agit en fait d’entrer dans une expérience qui nous fait accéder à nous-mêmes. Il s’agit de proposer à ceux auxquels nous sommes envoyés, non pas d’endosser une religion, une morale, mais d’entrer en quête de leur propre vie, sur le mode de l’envoyé… Parce qu’il n’y a pas de vie meilleure que celle qui est toute entière transmission de la vie reçue… Il n’y a pas de vie meilleure que celle qui trouve sa fécondité.

D.E.

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