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27 avril 2010 2 27 /04 /avril /2010 08:00

La tentation de l’incrédulité

Actes 11, 19, 26 ;  Jean 10, 22-30.

Nous poursuivons la lecture de Jean, comme nous le propose la liturgie en ce temps pascal. Une nouvelle fois, nous y entendons Jésus dire à ses interlocuteurs : « Vous ne croyez pas ! » Alors que nous sommes encore dans la lumière de Pâques, cela peut sembler surprenant. Certes, Jésus s’adresse à ses interlocuteurs juifs, mais ne concluons pas trop vite que cette admonestation ne nous concerne pas. Rappelons-nous les réactions des disciples, au lendemain de la résurrection : ils avaient peine à croire. Songeons aussi qu’aujourd’hui dans notre pays, beaucoup s’affirment chrétiens tout en déclarant ne croire ni en Dieu ni en la résurrection…

Pourtant, dans le même passage de l’Évangile de Jean, Jésus affirme également : « Mes brebis écoutent ma voix… personne ne les arrachera de ma main. » Cette parole, nous l’avons entendu dimanche dernier, et il nous est proposé de la méditer à nouveau. Elle est en effet extrêmement forte. D’autant que Jésus la redouble en disant : « Mon père qui me les a données [ces même brebis] est plus grand que tout et personne ne peut rien arracher de la main de mon père. » Nul ne peut s’opposer au don que Jésus fait de la vie éternelle.

Ainsi, ce qui nous a été donné ne peut nous être repris. Il n’appartient qu’à nous d’en vivre ou de laisser ce don en déshérence. Il est tentant alors d’adopter le comportement des interlocuteurs juifs de Jésus en lui disant : « Combien de temps vas-tu nous laisser dans le doute ? Si tu es le Messie, dis-nous le ouvertement » C’est une manière de faire porter sur Jésus le poids de notre incrédulité. Quand on y réfléchit, c’est ce qui se passe au Calvaire, lorsque Jésus assume entièrement, en y laissant sa vie, tout le poids des refus de ses contemporains.

Ils sont vu fleurir la Parole

Il est toujours tentant de charger Jésus de notre peur d’essayer tout simplement de vivre de la foi en la vie qu’il nous donne. Pourtant, faire ce pas en avant vers notre propre advenir, c’est bien la seule expérience qui nous permettra d’éprouver à quel point la parole du Fils est vraie, à quel point il nous donne effectivement la vie, non pas de manière passagère, mais de façon pleine et entière, éternelle.

Le récit des Actes l’illustre bien. Luc nous rappelle que la persécution de Jérusalem a « provoqué la dispersion des frères ». Ils auraient légitimement pu douter de cette étrange manière de donner vie. Mais loin de se lamenter, ils ont décidé de tirer parti de la situation dans laquelle ils se trouvaient, pour annoncer la Parole. Du même coup, ils ont vu la vie fleurir : la Parole a été entendue et a produit son fruit. Ceux qui étaient restés à Jérusalem, l’ayant appris, n’ont pas tardé à envoyer Barnabé pour voir ce qu’il en était, et celui-ci s’est mis au service de la foi qui grandissait à Antioche… Il a vu la promesse de Jésus s’accomplir : « Nul ne les arrachera de ma main… Personne ne peut rien arracher de la main du Père. » Il serait bon que nous en soyons à notre tout convaincus. Pour paraphraser Hamlet, la question est la suivante : To believe or not to be ?

D.E.

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 08:06

Quand Pierre et les chrétiens doivent encore se convertir…

Actes 11, 1-18 ;  Jean 10, 1-10

Nous lisons ce matin, dans les Actes, le récit que Pierre fait des circonstances qui l’ont amené à entrer chez le centurion romain Corneille et à prendre son repas avec lui, enfreignant ainsi les interdits de la loi juive. Ce récit est si important que Luc le raconte deux fois. D’abord pour nous dire ce qui arrive à Pierre, ensuite pour nous faire entendre la manière dont Pierre s’explique devant la communauté des croyants de Jérusalem – tous juifs.

Il y a deux récits, parce qu’il y a, outre la conversion de Corneille et de son entourage, deux conversions successives : celle de Pierre d’abord, comme chef de l’Église, celle de la communauté ensuite. Il s’agit pour Pierre, puis pour les croyants de Jérusalem, d’accepter que l’annonce de la Bonne Nouvelle à toutes les nations établisse un lien de véritable fraternité entre tous ceux qui la reçoivent, qu’ils soient juifs ou païens. Jusqu’alors, la séparation était stricte, et les cas de franchissement exceptionnels. Très rares étaient ceux qui devenaient pleinement juifs ; il existait néanmoins un statut intermédiaire, celui des « craignant Dieu », qui n’étaient plus considérés totalement comme des païens, mais qui n’avaient pas pleinement accès à la communauté.

La conversion de Corneille marque un tournant : l’Esprit se donne manifestement aux païens – c’est la Torah de Dieu inscrite dans les cœurs. Et ce faisant, l’Esprit ouvre la possibilité d’une nouvelle interprétation des préceptes de pureté… Tous seront pleinement frères du Christ. Cependant, ce tournant restera longtemps un problème pour les juifs, comme Paul le constatera tout au long de sa prédication. Cela sera l’une des premières causes de la rupture entre le judaïsme d’après la destruction du Temple et la communauté chrétienne.

Ne nous contentons pas cependant de regarder ce texte des Actes seulement comme un point d’histoire. La question de l’annonce à toutes les nations, à tous ceux qui ne connaissent pas le Christ demeure avec une immense acuité. Et la tentation du repli sur soi menace tout autant. Ce que nous dit Luc, c’est que les croyants doivent se soumettre à l’action de l’Esprit Saint qui les précède dans le monde. Qu’ils doivent se laisser bousculer et ne pas fermer leur porte. Pensons, par exemple, aux questions que soulève l’arrivée de catéchumènes qui ne sont pas toujours dans des situations personnelles « simples »…

Qui fait le tri ?

Le texte de Jean nous rappelle l’objectif même de Jésus. Si nous le lisons attentivement, nous voyons qu’ici, Jésus ne se présente pas comme le bon berger, mais comme la porte de la bergerie. Une porte qui n’enferme pas, mais permet au contraire d’aller et venir, c'est-à-dire de vivre. « Je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance », dit le Christ. Il n’y a pas d’autre condition que de passer par la porte, pas d’autre condition que de reconnaître que Jésus est celui qui donne la vie en abondance.

Et puisque la porte/le portier, connait personnellement tous ceux qu’il appelle à passer par lui, comment pourrions-nous vouloir nous substituer à lui pour « faire le tri ».La conversion de Pierre et celle de la communauté de Jérusalem, cela doit être aussi la nôtre.

D.E.

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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 13:54

Entendre le témoignage de Pierre

Actes 9, 31-42 ; Jean 6, 60-69

Rarement la liturgie nous offre à méditer des textes aussi apparemment opposés que ce matin. Le récit des Actes, après la persécution de Jérusalem et la conversion de Saul nous offre un panorama presque irénique, où l’Église croît dans la paix. Il est bon de se rappeler que tout ne se construit pas que dans le drame et la contradiction.  A l’inverse, l’évangile de Jean, nous amène à la fin de ce qu’on appelle « le discours sur le pain de vie », où l’incompréhension est totale entre Jésus et ses auditeurs. Jean note qu’« à partir de ce moment, beaucoup des disciples s’en allèrent ». Et lorsque Jésus demande aux Douze s’ils ne vont pas partir, à leur tour, Pierre répond : « Seigneur, à qui irions-nous ? »

Comment articuler ces deux textes ? Sans doute en portant l’attention sur le personnage de Pierre, dont il est question de part et d’autre.

Dans l’évangile de Jean, Pierre ne dit pas qu’il comprend les paroles de Jésus mieux que ceux qui s’en vont. Il me semble qu’il y a chez lui plutôt quelque chose qui ressemble à un réflexe de survie, à une intuition intime que tout n’est pas encore perdu, en dépit des apparences contradictoire.  Il ne comprend pas, mais ne se résout pas à abandonner la partie. Cette conviction sourde et fragile, il la dit ainsi : « Tu as les paroles de la vie éternelle. Nous croyons et nous savons que tu es le Saint de Dieu. » Que sait Pierre de la vie éternelle ? Rien sans doute. Mais il connaît celui qu’il a rencontré,  celui qui l’a appelé. Il a perçu en Jésus quelque chose de la sainteté de Dieu, et cela, il ne veut pas le brader, même si les apparences sont déprimantes.

Parfois, dans nos vies, nous connaissons de tels moments, où rien ne semble aller comme cela devrait, et pourtant nous croyons qu’il ne faut pas lâcher prise. L’heure est alors à la persévérance.

Le récit des Actes nous dit que cette persévérance est récompensée. Pierre n’a pas eu tord de rester auprès de Jésus quand d’autres partaient. Sans doute a-t-il lui-même flanché au moment de la Passion, mais Jésus ne l’a pas rejeté et lui a permis de revenir…

Le culot d’un « rescapé »

C’est cette expérience là qui permet à Pierre d’avoir le culot d’inviter un paralytique à se lever, et même de rappeler à la vie une femme morte. Étant lui-même passé par l’épreuve et l’échec, ayant été relevé par le Christ, il peut appeler d’autres sur le même chemin, et manifester ainsi la puissance de la foi en Jésus, sans en esquiver les exigences.

Le témoignage de Pierre peut être pour nous un véritable point d’appui, lorsque nous avons le sentiment de traverser personnellement, ou collectivement, une épreuve dont nous ne voyons pas le bout, comme cela semble être le cas aujourd’hui quand on regarde la situation de l’Église. Il ne s’agit pas de se rassurer à peu de frais en se répétant que tout va bien. Il s’agit de savoir que même si cela va mal, pour l’instant, « les paroles de la vie éternelles » sont là – même si on ne les comprend pas ou si elles se font difficilement entendre. L’épreuve n’est pas finie, loin s’en faut, mais nous sommes invités à croire que la Résurrection est toujours d’actualité, et que nous en serons à notre tour les témoins.

D.E.

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23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 08:59

Quelques  cailloux blancs de la route de Damas

Actes 9, 1-29

Le récit de la conversion de Saul sur le chemin de Damas est si connu que nous ne prêtons guère l’attention à ses détails, qui sont pourtant parlants. Sans doute le lecteur est-il lui aussi aveuglé par la lumière centrale du texte. Aussi, ce matin, je vous propose quelques remarques « périphériques », quelques petits cailloux blancs sur la route

Le premier point qui mérite attention, c’est « la rage meurtrière » qui anime Saül. Une intention que le disciple de Gamaliel croit bonne, légitime, mais qui est en réalité destructrice. S’il y a conversion, c’est parce qu’il y a un retournement du désir, une réorientation vers une dynamique de vie. Voilà qui doit nous interroger sur nos propres passions.  Il ne s’agit pas de renoncer à la profondeur du désir qui les suscite, mais d’accepter qu’elles soient réorientées de manière à devenir porteuses de vie.  Et l’un des critères, c’est non pas d’abord ma vie, mais la vie de l’autre…

Ne nous méprenons pas : l’appel de Saul n’a pas commencé à retentir pour lui sur le chemin de Damas. Il est inscrit en lui depuis bien plus longtemps. Mais encore faut-il qu’il reconnaisse que la manière dont il pensait le mettre en œuvre doit lui être donnée par celui qu’il veut servir, et que ce don réordonne sa vie, ses perceptions, et sa façon de se situer dans son rapport aux autres.

C’est pourquoi, et c’est le second point, la première expérience que fait Paul, dès lors qu’il a entendu l’appel du Seigneur, est de constater qu’il ne voit plus rien. Ce qui lui semblait clair auparavant, ce qu’il considérait comme une évidence sur la foi de laquelle il s’était mis en route, ou plutôt en chasse, ne l’est plus. Saul doit faire découvrir qu’il n’est pas sa propre lumière, qu’il ne sait pas dans quel sens il doit aller ni dans quelle direction il doit orienter le désir qui l’anime. En fait, pendant trois jours, il est comme mort : il est privé de la vue et reste sans manger ni boire. Il ne reçoit rien qui le fasse vivre. N’est-ce pas ce que l’on éprouve lorsque l’on constate que ce sur quoi on avait misé sa vie ne suffit plus à nous tenir debout. Saul attend d’être ramené à la vie… Chacun de nous est invité à passer par là.

Un converti peut en cacher un autre

Le troisième point, c’est l’appel adressé à Ananie, ce juif de Damas qui avait accueilli l’Evangile.  Lui aussi fait un chemin de conversion. On l’oublie souvent. Il est appelé à faire du bien à celui qui vient, en principe, faire du mal aux disciples du Christ. Cela ne va pas de soi, et d’ailleurs, le premier réflexe d’Ananie est de protester. S’il refuse, Saul reste dans la nuit… Beaucoup donc dépend de sa réponse. De sa foi en la capacité de retournement du Seigneur, en sa puissance de résurrection. « Faites du bien à ceux qui vous haïssent ! priez pour vos ennemis… » Ces paroles de Jésus, Ananie est prié de les entendre et de les mettre en pratique.

Enfin, dernier point, la parole de Dieu à Ananie au sujet de Saul, n’est pas moins surprenante : « Je lui ferai découvrir tout ce qu’il doit souffrir pour mon Nom… » La violence, Paul n’en sera plus l’ordonnateur, mais celui qui la prendra sur lui… Voilà le retournement. Paul va devenir le serviteur non pas de la colère de Dieu, comme il croyait devoir l’être, mais celui de la bonté de Dieu qui aime les hommes quels que soient leurs mérites, Dieu qui prend sur lui le mal pour rendre la vie de nouveau possible.

D.E.

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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 08:15

De qui la vie est-elle en jeu ?

Actes 8, 26-40 ; Jean 6, 44-51

Nous lisons ce matin dans les actes ce qui est arrivé à Philippe, l’un des compagnons d’Etienne. Le persécution de Jérusalem l’a mis sur la route. Il marche seul quand il aperçoit devant lui un voyageur. C’est un Éthiopien, eunuque de la reine Candace. C’est sans doute un prosélyte, puisque Luc nous dit qu’il était venu à Jérusalem pour adorer Dieu. Voilà donc un homme qui est mu par une force intérieure incontestable. Un homme qui cherche même à se nourrir spirituellement, puisqu’il lit le prophète Isaïe.

Luc nous dit que l’Esprit pousse alors Philippe à rejoindre le voyageur. Peut-être est-ce simplement le désir de ne pas marcher seul. Philippe est disposé à connaître celui qui le précède, prêt à faire route avec lui. Il découvre alors la lecture du voyageur. Avec une certaine perplexité : cet Éthiopien comprend-t-il ce qu’il lit ? Il le lui demande et l’eunuque répond très humblement : « Comment pourrais-je comprendre, s’il n’y a personne pour me guider ? » Il convient que la Parole de Dieu, malgré son désir de la connaître, malgré son désir de rendre un culte à Dieu, lui est inaccessible, s’il reste seul face à elle, si personne le lui ouvre le chemin… Son seul désir ne suffit pas !

Cette parole, il est pourtant capable de la déchiffrer au moins au premier degré, puisqu’il demande de qui parle le prophète, lorsque celui-ci fait le portrait d’un homme qui ne se défend pas contre ceux qui le conduisent « à l’abattoir », d’un homme qui s’humilie et dont la « vie est retranchée de la terre ». Le prophète parle-t-il de lui-même ou d’un autre ? demande l’eunuque. Lui-même vient de faire preuve d’humilité en reconnaissant son impuissance à comprendre. Lui-même est blessé dans sa chair, puisqu’il ne peut donner la vie. Lui-même de par sa fonction est voué à se taire et à ne pas dire ce qu’il voit… Dans cette histoire, de qui la vie est-elle en  jeu ?

Philippe lui annonce alors, à partir de ce passage de l’Écriture, la Bonne nouvelle, écrit Luc. Mais l’évangéliste nous laisse sur notre faim, puisqu’il ne nous donne pas à connaître ce que dit Philippe. Comme il ne nous avait pas dit comment Jésus avait commenté les Écritures aux deux disciples sur le chemin d’Emmaüs. Nous voilà à notre tour dans la position de l’eunuque. Qui va nous ouvrir les oreilles et l’intelligence ? Sommes-nous disposés à nous mettre comme l’eunuque en position d’écoute ? Écoute de notre désir le plus profond, disponibilité à la parole d’un autre…

Mais nous voilà aussi comme Philippe, seul sur la route, où il se passe quelque chose dès lors que Philippe est disponible à l’Esprit, prêt à la rencontre, prêt à écouter.

Fécondité

Cette double disponibilité est féconde, puisqu’elle ouvre au don de la vie que signifie le baptême. Dès lors Philippe « est emporté par l’Esprit », comme Jésus disparaît au moment où les disciples d’Emmaüs le reconnaissent. Celui qui a reçu le baptême n’est pourtant plus seul, mais habité intérieurement, apte à poursuivre sa route librement. Et sa joie est celle de celui qui sait qu’il peut à son tour donner la vie…

Telle est la Bonne Nouvelle de celui qui se donne en nourriture, ainsi que Jésus se définit, dans la suite du récit de la multiplication des pains, dans l’évangile de Jean. Au cœur du récit de la rencontre de Philippe avec l’eunuque, il y a en effet la figure du juste qui donne sa vie, de l’agneau sacrifié. Luc nous a fait comprendre, mais en nous laissant le soin de nous le dire à nous-mêmes pour ce qui nous concerne– car n’est-ce pas aussi de notre vie qu’il est question ? – que c’est à partir de cette figure que l’eunuque de la reine Candace a pu découvrir, comment l’être blessé, marqué par la mort qu’il était, était lui-même sauvé, promis à la vie.

D.E.

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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 07:59

Quand l’adversité est un moteur

Actes 8, 1b-8 ; Jean 6, 35-40

Les débuts de l’Église ne sont pas une promenade de santé ou d’agrément. Après le martyr d’Etienne, c’est toute la communauté de Jérusalem qui affronte la persécution. Assurément, le chemin des disciples passe par la passion. Ce que nous apprenons aujourd’hui, dans la lecture des Actes, c’est que cette situation porte du fruit. Cela peut, encore une fois, sembler paradoxal, cependant, cela ne fait que confirmer ce que Jésus a dit à maintes reprises : « Si le grain ne meurt, il reste seul… »

Les chrétiens ne doivent donc pas s’étonner de rencontrer la contradiction, l’épreuve. Surtout, ils ne doivent pas se replier sur eux-mêmes, se mettre « aux abris ». Luc nous rapporte que l’effet de la persécution de Jérusalem, c’est au contraire de projeter les disciples de Jésus au-delà de la ville et de la Judée, pour témoigner de la Bonne Nouvelle.

Regardons un instant Philippe en Samarie. Il ne semble pas qu’il soit dans la lamentation ni dans l’amertume. Au contraire, il donne ce qu’il a, comme l’avaient fait Pierre et Jean à l’égard du mendiant de la Belle Porte du Temple. Sa présence est pour ceux qui le rencontrent source de vie, et de joie. La vérité de son témoignage est attestée par les signes qu’il accomplit, c'est-à-dire par son action qui fait du bien à ceux auxquels il s’adresse.

Ne nous focalisons pas sur le genre miraculeux du récit, qui est d’abord une figure littéraire, mais comprenons que Luc veut d’abord nous dire qu’en Philippe la parole et l’action vont de pair (rappelons nous ce que Jésus disait de ses adversaires : « Ils disent et ne font pas »). Il ne suffit pas de faire de beaux discours, il faut leur donner de la consistance, de la chair, les transformer en expérience…

« Je ne le mettrais pas dehors »

Ne nous attendons pas, cependant, à être automatiquement compris et crus. Jésus lui-même a fait face à la déception. Ainsi lisons-nous ce matin cette parole qu’il adresse à ceux qui ont été fascinés par la multiplication des pains : « Je vous l’ai déjà dit : vous avez vu et pourtant vous ne croyez pas. »

Pourtant, là encore, le Christ ne renonce pas : « Celui qui vient à moi, je ne le mettrais pas dehors… » Tous peuvent venir, tous peuvent recevoir la vie éternelle. Jésus accomplit la volonté du Père, qui est que tous aient la vie. C’est cette volonté qui le conduit à traverser la contradiction, à ne pas abandonner, à poursuivre le chemin malgré les embuches.  Le vrai bonheur est là, non pas dans le bien être personnel, dans la certitude d’avoir raison contre tous, mais dans la joie de voir la vie accueillie pas ceux qui la désirent. C’est bien ce qui anime Philippe dans les Actes. Que cela soit aussi notre joie.

D.E.

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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 08:05

Qui veut connaître le sort d’Etienne ?

Actes 7, 51 – 8,1a ; Jean 6, 30-35

C’est toujours dans le temps pascal que nous lisons le récit du martyr d’Etienne. Dans le récit des Actes, peu de temps semble s’être écoulé depuis la résurrection et la Pentecôte. Et la promesse de bonheur que nous avons entendu à Pâques prend un tour bien étrange. Déjà Pierre et Jean avaient connu la prison et les coups, voilà qu’Etienne meurt ! Tout cela nous ramène aux Béatitudes, à cette étrange promesse de bonheur par laquelle Jésus, selon Matthieu, avait inauguré sa prédication. Ce bonheur n’est-il pas redoutable ?

Être chrétien, c’est donc cela ? Reconnaissons que nous avons peine à l’admettre. Reconnaissons que nous sommes pris à contrepied et que nous devons réviser notre manière d’envisager notre « religion ». Il semblerait que nous n’avons pas renoncé à attendre du Messie la « restauration d’Israël », c’est-à-dire la construction par le haut d’un ordre satisfaisant dans lequel nous pourrions nous couler, d’une société parfaite à laquelle nul ne devrait se soustraire. Nous ne sommes pas les seuls : on trouve dans l’islam des courants comparables, de même dans le judaïsme, mais aussi dans nos sociétés civiles. Mais il nous revient pour notre part de dire que toute nostalgie de la « chrétienté » n’est pas le chemin sur lequel le Christ nous appelle.

Le récit de la mort d’Etienne, si on le ne lit pas avec l’esprit distrait, est bouleversant. Nous avons devant nous un homme qui proclame sa fidélité à ce qu’il a reçu : l’Alliance ; un homme qui se livre entièrement entre les mains de celui qu’il a reconnu comme le fils de Dieu ; un homme qui prie pour ses persécuteurs. Etienne entre de plain pied dans le Royaume, comme Jésus l’avait annoncé. Avons-nous conscience que c’est ce qui nous est proposé de vivre, aujourd’hui encore ?

Le fruit de la mort d’Etienne

En mourant, Etienne offre sa vie même comme témoignage, et finalement comme nourriture spirituelle. Le futur Paul, Saül, assiste à la scène. Il ne sait pas encore qu’il en sera profondément transformé ni que ce qui se déroule devant lui portera le fruit de sa conversion sur la route de Damas et celui de toute sa prédication, dont nous sommes aujourd’hui les héritiers !

Telle est la nourriture que Jésus annonce à la foule, après la multiplication des pains, dans l’évangile de Jean : « Je suis le pain de la vie… Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif. »

Croire en Jésus, c’est entrer dans un autre rapport à la vie et à la mort que celui dans lequel nous nous installons spontanément. C’est entrer dans le bonheur des Béatitudes, qui n’est pas une compensation dans l’au-delà des malheurs du temps présent mais une autre manière d’habiter le monde, ce monde. Une manière de faire advenir le Royaume, c'est-à-dire le fait que tout être humain est appelé à devenir frère ou sœur du fils de Dieu.

D.E.

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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 12:34

Quand les foules cherchent Jésus…

Actes  6, 8-15 ; Jn 6, 22-29

Jean nous a raconté que Jésus s’est dérobé devant les foules qui voulaient le faire roi, après la multiplication des pains.  Pour autant, l’affaire n’est pas réglée. Les foules cherchent en effet Jésus, elles ont été durablement impressionnées par le miracle, et elles finissent par le retrouver à Capharnaüm.

Cette fois-ci, Jésus leur fait face. Il ne répond pas à la question de savoir quand et comment il est arrivé à Capharnaüm, mais va à l’essentiel : pourquoi les gens le cherchent-ils ? Qu’attendent-ils de lui ? Il ne le leur demande pas, mais explique ce qu’il perçoit de leurs motivations. Elles sont assez simples, pour ne pas dire triviales : « Vous me cherchez… parce que vous avez été rassasiés. »

Il ne leur en fait pas reproche. Ce qui nous met en route, ce sont parfois des choses très simples, très ordinaires, des manques ou des besoins très terre à terre. Pourquoi pas ? Ce n’est pas méprisable.

Mais Jésus indique qu’il faut désirer beaucoup plus. Pourquoi se contenter de ce qui n’est que passager, et ne pas demander ce qui demeure éternellement. Ce qui fait entrer dans le Royaume de Dieu. Il ne s’agit pas simplement de tendre la main pour recevoir, mais d’entrer dans une démarche qui engage : Jésus dit : « Travaillez, œuvrez… » C’est-à-dire prenez votre part de la construction d’une humanité en marche vers son accomplissement.

Que faire ?

La réponse des interlocuteurs de Jésus est très logique : « Que faut-il faire ? » demandent-ils. Et plus précisément, « que faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? ». En d’autre terme : quelle pratique peut nous assurer de recevoir la nourriture qui demeure ? C’est une question qui revient sous diverses formes dans les évangiles, c’est celle du jeune homme riche, par exemple : « Bon maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? »

La difficulté, c’est que la réponse de Jésus est singulière : il ne dit pas ce que l’homme doit faire, mais ce que Dieu fait : « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyez en celui qu’il a envoyé ».  Nous voilà, comme les interlocuteurs de Jésus devant la question de la foi. En qui croyons-nous ?

Le récit des Actes nous conduit pour sa part à la figure d’Etienne. Ce qui est frappant, c’est que Luc construit cette figure sur le modèle du Christ. Annoncer l’Évangile, c’est être conformé à celui en qui nous croyons. C’est porter une parole qui nous habite et nous dépasse. C’est rencontrer les mêmes oppositions… Croire au témoignage des disciples de Jésus, c’est encore croire au Christ. Pas en un programme, pas en une morale… Avis aux amateurs !

D.E.

 

 

 

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17 avril 2010 6 17 /04 /avril /2010 09:40

Jésus vient là où nous pensons qu’il n’est pas

Actes 6, 1-7 ; Jean 6, 16-21

Nous poursuivons la lecture de l’évangile de Jean. Après avoir nourri la foule, Jésus s’est soustrait à elle. Les gens sont repartis, et les disciples rentrent à leur tour vers Capharnaüm.  Pour cela, il faut traverser le lac de Tibériade. Jésus pour sa part est resté pour prier à l’écart. Le vent se lève. La navigation est pénible...

On imagine les disciples décontenancés. Ils avaient dû être, eux aussi, enthousiasmés par le miracle de la multiplication des pains. Quelle puissance ! Avec un maître pareil, la vie promettait d’être facile… Le vent et le clapot, c’est le retour du réel qu’ils avaient peut-être rêvé de congédier, en pensant sauter à pied joint dans le royaume de Dieu, ou plutôt dans l’idée irréelle qu’ils s’en faisaient.

Sur ce point, à vingt siècles de distance, nous leur ressemblons beaucoup. Faire l’économie du réel, nous y sommes toujours prêts. Évidemment, le réel ne disparaît pas, et plus nous le nions, plus il nous revient brutalement. Dans les Actes, la belle unité « des croyants qui n’avaient qu’un seul cœur et qu’une seule âme » (Actes 4, 32) est vite mise à l’épreuve par des tensions sociales entre les juifs hellénisés et ceux qui étaient de langue hébraïque. Il faut prendre cette situation à bras le corps sinon c’est l’éclatement à brève échéance…

Pour ce qui est de la traversée du lac de Tibériade,  la suite de l’histoire nous est racontée comme un midrash juif et il faut le lire comme tel, avec sa part de fantaisie dans le récit, sans s’attacher à la véracité des détails. La vérité doit être cherchée dans l’interprétation des points saillants de l’histoire.

Le premier, c’est que Jésus n’abandonne pas ses disciples. Il vient là où ils peinent. Inutile donc de le chercher ailleurs que dans le réel dans lequel nous « ramons ».

Le second, c’est que lorsqu’il se présente, les disciples ne le reconnaissent pas. Ils ne parviennent pas à croire que Jésus est là. Plus grave encore, ils sont saisis de crainte. La situation les inquiétait. La présence de Jésus les panique !  Interrogeons-nous sur nos craintes et sur leurs fondements. Mettons-les en doute. Discernons, dans l’épreuve la présence de celui qui vient à nous, et ne nous fermons pas à lui. Il vient là où nous pensons souvent qu’il n’est pas !

« Je suis »

Enfin, le dernier point, c’est qu’avec Jésus, les disciples parviennent au but de leur voyage. Une petite notation mérite qu’on s’y arrête. Jean nous dit qu’ils y parviennent au moment où ils ont voulu le prendre dans la barque. Le caractère merveilleux du récit ne doit pas nous cacher un point essentiel : comme Jésus ne s’est pas laissé saisir par les foules, il n’est pas monté dans la barque des disciples. Il n’est pas une idole que l’on transporte avec soi pour conjurer le mauvais sort. Il marche à côté de nous, ce qui suppose que nous ne nous comportions pas comme des enfants qui ne veulent pas avancer sans leur « doudou ».

Jésus ne se laisse pas saisir, tout en étant là, il maintient une distance qui est celle de la parole et du regard. Une distance qui permet à chacun d’exister. N’oublions jamais cela, même s’il vient demeurer en nous, c’est toujours autrement qu’une idole, toujours en creusant une distance indispensable au développement de la vie. Toujours pour que nous puissions dire à notre tour « je suis », comme lui-même le dit.

D.E.

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16 avril 2010 5 16 /04 /avril /2010 08:58

La sagesse de Gamaliel est toujours d’actualité

 Actes 5, 34-42 ; Jean 6, 1-15

Et voilà Gamaliel, celui dont Paul se dit le disciple. Pierre et Jean comparaissent devant le grand Conseil. L’intervention de cet homme – qui est encore aujourd’hui considéré parmi les Juifs comme un des plus grands maître, lui-même élève de Hillel, figure majeure de la tradition juive – est décisive. Les chefs religieux d’Israël sont en effet tentés d’éliminer physiquement ces apôtres qui refusent de se taire et préfèrent avec obstination obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Gamaliel les en dissuade. Cette seule intervention devrait suffire, disons-le au passage, à nous garder de tout antijudaïsme et de tout antisémitisme.

Que dit Gamaliel ? « Si leur intention vient des hommes, elle tombera. Mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez pas les faire tomber. Ne risquez donc pas d’être en guerre contre Dieu. » Cette parole de sagesse a une portée qui déborde largement la scène que nous rapporte Luc. Elle doit nous éclairer sur notre rapport aux événements, sur notre rapport au réel, sur nos propres engagements.

Gamaliel nous invite à regarder ce que nous vivons et ce à quoi nous sommes confrontés en nous posant la question suivante : n’y aurait-il pas là, quelque chose qui viendrait de Dieu ? quelque chose contre quoi il est vain de lutter, quelque chose que nous sommes au contraire invités à accueillir, et à voir grandir. Gamaliel ne dit, au fond, pas autre chose que Jésus lorsqu’il annonce la venue du Royaume de Dieu.

Bien sûr, rien ne se présente à nous avec l’étiquette certifiée conforme « ça vient de Dieu ». Il n’existe pas de « label rouge » de cette sorte. Au contraire, Jésus nous a dit que le jour du Seigneur vient dans la nuit, que le maître arrive comme un voleur à l’heure où l’on ne s’y attend pas.  Nous n’aurons donc aucune certitude… La seule attitude qui vaille, c’est celle de la disponibilité et de la bienveillance. Y compris à l’égard de nous-mêmes. Gamaliel nous dit que ce qui vient de Dieu ne se laissera pas détruire. Cela devrait nous suffire pour accepter de vivre dans l’incertitude : c’est en accueillant ce qui vient, ce qui se présente,  ce qui nous emmène plus loin que nous ferons l’expérience de la solidité du don de Dieu.

Jésus se retire quand on veut mettre la main sur lui

Cela suppose évidemment de notre part une grande humilité, pour ne pas nous en emparer et ordonner ce qui vient de Dieu à notre volonté propre. Car Dieu alors se dérobe aussitôt. Autrement dit, si nous cherchons à nous rassurer, nous perdrons aussitôt le bénéfice du don de Dieu.

Se dérober, c’est ce que fait Jésus, dans le récit de la multiplication des pains dans l’évangile de Jean. Il comble les foules et leur manifeste ainsi sa volonté profonde : la vie pour tous, en abondance. Mais dès que les même foules, reconnaissant là un signe de la présence de Dieu veulent mettre la main sur lui pour assigner à ce « grand prophète » le rôle qu’elles imaginent pour lui, alors Jésus se retire pour se rendre lui-même disponible à la volonté de son Père. Lui aussi obéit à Dieu plutôt qu’aux hommes.

Acceptons cette incertitude, non pas en nous condamnant à la passivité, à la paralysie, mais plutôt en redoublant d’attention à la liberté même de Dieu, à son inventivité, de façon à ne chercher qu’une chose : le servir, pour que sa vie soit répandue en abondance. Gamaliel nous le dit : l’avenir appartient à ceux qui acceptent d’être surpris, plus qu’à ceux qui veulent contenir la vie de Dieu et la circulation de sa Parole dans leurs propres cases et leurs propres projets.

D.E.

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Published by Desiderius Erasme
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