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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 08:13

La Résurrection n’ouvre pas le temps où l’on rase gratis !

Actes 5, 27-33 ; Jean 3, 31-36

Les lendemains de la Résurrection sont paradoxaux.  Voilà ce que nous rappelle Luc dans le récit des Actes des apôtres.  Nous sommes peu après la Pentecôte, c’est dire que Pâques n’est pas si loin et que l’Esprit souffle. Dans ces conditions, tous les voyants devraient être au vert. La mort a été vaincue, le péché anéanti… Les apôtres devraient avoir devant eux un boulevard. Or que nous raconte Luc, une scène qui annonce un nouveau « vendredi saint » !

Pierre et Jean, du fait du succès de leur prédication, tiennent la place de Jésus. Ils sont devant les chefs du peuple, réunis en Conseil, et parce qu’ils refusent de se taire, ces chefs, « exaspérés,  projettent de les faire mourir » ! Quelle perspective pour des hommes « sauvés ». Ils ont plutôt l’air pris au piège…

Les lendemains de la Résurrection ne sont pas ceux où l’on rase gratis. Pas ceux où tout baigne. Pas ceux du bonheur façon club de vacances. Ce sont plutôt des jours de contradiction ! Reconnaissons que nous avons du mal à l’entendre, car ce n’est pas ce qu’instinctivement nous souhaitons.

Pourtant, Pierre et Jean font preuve dans cette situation d’une paisible assurance. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne connaissent pas la peur ou les doutes. Mais puisque le Père a ressuscité Jésus, ils disposent d’un point d’appui. Ils savent que l’épreuve ne leur sera pas épargnée, mais que la fidélité du Père est le gage de la victoire. « Il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ». En cela, Pierre et Jean donnent corps, leur propre corps, aux Béatitudes. « Heureux êtes-vous si l’on vous persécute à cause de moi… »

Ce n’est pas qu’il faille résolument chercher les ennuis, bien entendu…  Cela signifie plutôt que lorsque les ennuis sont là, il est une manière de les vivre, dans l’Esprit, qui nous fait entrer dans la joie du Père et du Fils. Si je peux me permettre une petite incursion dans l’actualité, par les temps qui courent, où l’Église est dans les ennuis, y compris ceux dont elle est elle-même responsable, il y a là quelque chose à méditer. Face à cette tempête, sommes-nous dans l’amertume, dans la récrimination, dans l’invective, dans la défense contre les « agresseurs » ou les « coupables » ou sommes-nous comme les apôtres en train de chercher, modestement, mais résolument, à répondre à l’appel de Dieu ?

Pas de Résurrection sans Passion

Jean lui-même invite à ce discernement qu’il faut exercer quant à nos actes et à nos paroles. Il oppose un comportement « terrestre » et un comportement « qui vient du ciel ». N’entendons pas cela comme une opposition entre deux camps, entre « les bons » et « les méchants », mais comme un discernement qu’il faut opérer en nous-mêmes – et non pas sur le dos des autres.

Ce que nous sommes, ce que nous faisons, ce que nous disons rend-il témoignage à Dieu ? Tout le reste n’est que paille dans le vent. Ce que nous sommes, ce que nous faisons, ce que nous disons repose-t-il sur l’amour du Père pour le Fils, un amour qui par le Fils s’étend à tout homme ? Ce que nous sommes, ce que nous faisons, ce que nous  disons, témoigne-t-il de la vie éternelle qui nous est donnée ? Tout le reste n’est qu’une vaine agitation, aussi nombreux soyons-nous à nous agiter, à protester…

Tout le reste – qui n’est pas la foi quand bien même on crie « Seigneur, Seigneur ! » ou « l’Église, l’Église ! » – tout le reste nous expose à la colère de Dieu, dit Jésus. Cette colère ce n’est pas celle d’un père fouettard, c’est tout simplement l’effet en retour du mal que nous commettons en n’étant pas ordonnés à la Parole de Dieu. C’est l’effet en retour du mal que nous avons commis et dont nous ne nous sommes pas repentis, que nous n’avons pas réparé. C’est le fruit de notre mensonge et de notre hypocrisie.  Et pour des chrétiens, le premier mensonge, la première hypocrisie, consiste à ne pas accepter l’épreuve par laquelle Jésus nous a ouvert les portes de la vie. C’est celle de propager le rêve d’une résurrection qui ferait l’économie de la Passion.

D.E.

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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 05:51

Dieu donne… pour donner

Actes 5, 17-26 ; Jean 3, 16-21

« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. » C’est ainsi que se poursuit le dialogue avec Nicodème. Par cette affirmation, qui est le principe même de la foi. Au départ, l’amour de Dieu. C’est le mouvement fondamental. Un amour qui se manifeste par le don, le don du plus cher, celui qui est plus que « l’os de mes os, la chair de ma chair », pour reprendre l’expression par laquelle Adam reconnaît Ève. Celui qui est le fils unique !

Mais ce don a une caractéristique singulière : il ne vise pas à acheter l’amour de celui à qui il est adressé. Les anthropologues ont montré que pour les hommes, le don a force d’obligation, il oblige au contre-don.  L’évangéliste nous dit tout autre chose. Ce don n’a qu’un but, celui de permettre un don supplémentaire : l’accès de l’homme à la vie éternelle. La finalité du don, c’est de rompre l’enfermement de la vie dans les limites, les contingences du temps.

La vie éternelle, ce n’est pas simplement la vie après l’écoulement de notre temps, dont le fil se rompt un jour, sur le modèle des Parques romaines. La vie éternelle, c’est une vie qui n’est pas après le temps, mais au-delà du temps. Dès maintenant. La finalité du don de Dieu, de son amour, ce n’est pas d’abord d’être aimé en retour, mais de nous faire accéder à sa propre éternité. Cela peut nous paraître très étrange, à nous, occidentaux, européens, qui pensons le temps comme passé, présent et futur. Le peuple de la Torah, le peuple de l’Alliance, pense non pas le temps, mais l’action en terme d’accomplissement – l’action est accomplie, ou ne l’est pas. Ce qui ne signifie pas qu’elle est achevée, terminée. L’amour de Dieu est parfaitement accompli, ce qui signifie qu’il demeure éternellement, qu’il agit en permanence. La foi nous fait basculer d’une conception à l’autre, pour accéder à l’être même de Dieu.

Ce que nous affirme Jean dans cette suite du dialogue avec Nicodème, c’est que le don de Dieu est sans limite, il n’a de sens que de permettre au don de se poursuivre, sans même attendre de contre-don. Il est la gratuité par excellence. C’est pourquoi Jean écrit que Dieu a envoyé son fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé. Le seul jugement qui s’opère, c’est celui de l’homme qui accueille ou non le don qui lui est fait.

Ce caractère inlassable du don de Dieu est parfaitement illustré par la suite des tribulations de Pierre et Jean, dans le récit des Actes. Puisqu’ils ont refusé de se taire, contrairement aux injonctions des chefs religieux, les voilà jetés en prison. Le récit de Luc nous dit que l’Ange du Seigneur – une manière discrète de dire la présence de Dieu lui-même – les en délivre.

Devenus fils

Mais l’important n’est pas le merveilleux miracle de la délivrance, mais la suite : Dieu les renvoie au Temple en leur demandant d’« annoncer au peuple toutes les paroles de vie ». Ce qui compte ici, c’est de manifester la poursuite du don de la parole qui sauve. Pierre et Jean sont en quelque sorte devenu eux-mêmes le fils unique envoyé dans le monde pour que le monde soit sauvé ! Et ils ne font rien d’autre, alors qu’ils auraient pu considérer que, tirés d’un mauvais pas, ils pouvaient légitimement se mettre hors d’atteinte de leur persécuteurs. Ils sont le fils qui se donne accomplissant l’amour du Père, vivant du seul amour du Père.

Dieu a tant aimé le monde... Dieu aime tant le monde : c’est aujourd’hui, ici et maintenant. Ce n’est pas seulement à contempler de manière extérieur, c’est à recevoir, c’est à accomplir à notre tour.

D.E.

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13 avril 2010 2 13 /04 /avril /2010 08:55

Ne revenons pas à nos moutons comme si de rien n’était

Actes 4-32-37 ; Jean 3, 7-15

Après l’octave de Pâques, voilà que tout en lisant le début des Actes de apôtres, dans lesquels Luc nous rapporte la naissance de l’Église, nous sommes invités à lire le début de l’Évangile de Jean. Et nous commençons par la conversation avec Nicodème. Une conversation de nuit. Ce détail nous remet d’une certaine façon dans la nuit de Pâques, et cela d’autant plus qu’il est question de « renaître ».

Nicodème semble ne pas comprendre la parole de Jésus. Il est pourtant « un maître », un homme « chargé d’instruire Israël ». Sans nous attribuer les qualités de Nicodème, nous pouvons reconnaître que comme lui, cette renaissance ne nous apparaît pas toujours comme une évidence. Ne faisons-nous pas plutôt l’expérience de la répétition des jours, l’expérience de rester les mêmes, pris dans les mêmes obligations, les mêmes contingences, les mêmes habitudes ?

Or Jésus annonce une liberté totale : l’homme né du souffle de l’Esprit est libre comme le vent, que l’on peut entendre, mais non pas saisir…

Si nous sommes invités à méditer ce dialogue dans la suite des jours de Pâques, c’est pour nous rendre disponibles à cette liberté, à cette vie éternelle donnée par le Christ, à travers sa Passion (le texte de Jean le rappelle : « ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle »).

Le risque que nous courrons, en effet, après les joyeux jours de Pâques, c’est de revenir à nos moutons ordinaires, comme si de rien n’était. Certes, nous devons vivre dans ce monde et y assumer nos responsabilités, mais il nous est proposé d’y vivre avec la liberté de ceux qui vivent de la parole de Dieu, qui cherchent en ce monde à accomplir sa volonté, parce qu’ils croient que cette volonté est libératrice.

Barnabé

La naissance de l’Église, telle que Luc nous la rapporte, participe de cette contagion de la liberté de l’Esprit. Dans le passage des Actes que nous lisons ce matin, Luc brosse un tableau qui semble idéal. En réalité, si l’on élargit la lecture, on voit que la communauté chrétienne connaissait des tensions et devait faire face à quelques difficultés… Luc ne veut pas nous tromper, mais nous dire la dynamique fondamentale d’amour et de solidarité qui ordonnait la présence dans le monde de cette communauté.

Si l’on est attentif, on voit aussi que Luc nous indique que l’Esprit pose des jalons pour l’avenir. En effet, l’évocation de la personne de Joseph, dit Barnabé, lévite originaire de Chypre, prépare ce qui viendra plus tard, l’accueil de Paul à Jérusalem – c’est Barnabé qui le prendra sous son aîle – et plus tard ses débuts comme apôtre, avec Barnabé, à Antioche, puis en mission en Asie mineure… Si l’Esprit est celui qui conduit Joseph-Barnabé aux apôtres, nul ne sait encore, à ce moment-là où il le conduira… Or la suite nous montre qu’une bonne partie du devenir de l’Église s’est retrouvé, à un moment donné, entre ses mains !

Comment ne pas penser qu’il en va de même aujourd’hui pour nous ? Alors restons attentif et disponibles à la vie qui nous est donnée. N’éteignons pas le souffle en nous, comme le Serviteur d’Isaïe n’éteint pas la mèche qui fume encore.

D.E.

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10 avril 2010 6 10 /04 /avril /2010 07:43

L’épreuve de vérité

Actes  4, 13-21 ; Marc 16, 9-15

Parmi les évangélistes, Marc est le plus lapidaire sur la résurrection. A l’inverse de Luc et Jean, il ne nous montre pas comment Jésus ressuscité agit avec les disciples pour les aider à passer du désespoir et de l’inquiétude de la Passion à la foi en la résurrection. Il témoigne essentiellement de la quasi-impossibilité pour les disciples de croire.

Au verset 8, qui précède la péricope de ce matin, Marc affirme que les femmes qui ont trouvé le tombeau vide « ne dirent rien à personne, car elles avaient peur ». Puis, lorsque Marie de Magdala, après que Jésus lui fut apparu, va enfin parler aux disciples, ceux-ci ne la croient pas. Quand les disciples qui partaient « à la campagne » – on reconnait ici les disciples d’Emmaüs – reviennent à Jérusalem, contrairement à ce que raconte Luc, on ne les croit pas non plus… Et quand Jésus se manifeste aux Onze, il leur reproche leur incrédulité…

L’évangéliste semble vouloir nous montrer que le doute s’impose, qu’il est l’attitude « naturelle », y compris parmi ceux qui avaient suivi Jésus jusqu’au dernier jour. Voilà qui devrait nous mettre en garde contre l’idée que nous pouvons croire aisément en la résurrection.

Pourquoi Marc insiste-t-il ainsi ? Non pas pour jeter la pierre aux disciples, mais pour montrer à son lecteur qu’il ne doit pas s’étonner d’avoir lui-même du mal à croire. La nouvelle de la résurrection est inouïe, et il est normal d’avoir du mal à la recevoir. Ne pas admettre que nous sommes dans le doute, c’est s’illusionner. Il est sans doute même nécessaire de prendre acte de cette difficulté, d’en avoir conscience, pour recevoir du Christ la force qui permet de passer de l’incrédulité à la foi. En ce sens, le doute est une épreuve de vérité…

Écouter

Luc dans les Actes souligne d’ailleurs, à travers la scène de la comparution de Pierre et Jean devant le grand conseil d’Israël, le contraste entre ce que sont Pierre et Jean et la parole qu’ils tiennent. L’assurance dont ils font preuve n’est pas l’effet de leur qualité propre, mais l’œuvre en eux de l’Esprit saint. Ce que Pierre dit lorsqu’enjoint de ne plus prononcer le nom de Jésus il répond : « Est-il juste devant Dieu, de vous écouter plutôt qu’écouter Dieu ? A vous de juger. Quant à nous il est impossible de ne pas dire ce que nous avons vu. »

Cet « à vous de juger », il nous est aussi adressé. Il y a une décision à prendre, un choix à faire, qui est celui de la foi, qui n’a rien à voir avec la morale, les sentiments, les émotions… Un choix qui consiste à « écouter Dieu ». Ce faisant, Pierre invite son auditoire et nous-mêmes, à revenir à ce qui est le premier commandement, celui qui ouvre le pacte du Sinaï : « Écoute Israël ! »

Si nous voulons entrer dans la foi, sortir de l’incrédulité, il convient de commencer par là : accueillir le Verbe de Dieu.

D.E.

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8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 09:50

Ne jetons pas la Passion aux oubliettes

Actes 3, 11-26 ; Luc 24, 35-48

Avec Luc, que ce soit dans l’Évangile ou dans les Actes, nous sommes toujours dans l’approfondissement de la résurrection, et ce qui pourrait nous étonner,  c’est que Luc semble nous dire que pour comprendre la résurrection, la victoire sur la mort, il ne faut pas tourner la page de la Passion, mais au contraire y revenir.

La suite de la guérison de l’infirme de la Belle Porte du Temple le dit clairement. La stupéfaction des gens qui ont vu l’homme se lever est telle que Pierre doit s’expliquer. Il doit dire que la force qui a permis à cet infirme de se mettre debout n’a rien de magique, mais qu’elle est donnée par la foi en Jésus, celui que les habitants de Jérusalem ont rejeté et condamné à mort. Pierre insiste et détaille ce qui s’est passé, puis affirme que les prophètes avaient annoncé que le Messie souffrirait… Il reprend ainsi les paroles de Jésus lui-même…

Jésus, devant les disciples réunis à Jérusalem ne s’est pas en effet contenté de se montrer  et  de manger avec eux pour leur faire comprendre qu’ils n’avaient pas devant eux un fantôme, il est revenu sur l’enseignement de la Torah de Moïse, des Prophètes et des Psaumes au sujet du Messie. « C’est bien ce qui était annoncé par les Écritures : les souffrances du Messie, sa résurrection le troisième jour, et la conversion proclamée en son nom pour le pardon des péchés…  C’est vous qui en êtes les témoins. »

Cette insistance nous fait toucher du doigt quelque chose d’essentiel. Si les disciples et nous-mêmes avons du mal à prendre acte de la résurrection – En France, près de la moitié des chrétiens déclarés affirment ne pas y croire ! – il est tout aussi difficile d’admettre que la résurrection et la Passion sont indissolublement liées.

La dernière des Béatitudes

Pierre ne voulait pas en entendre parler, quand Jésus annonçait qu’il en serait ainsi. Cette difficulté demeure, et nous aimerions bien tourner la page et faire du christianisme une religion qui nous permettrait d’accéder au bonheur et à Dieu sans avoir à connaître la Passion. Nous sommes tentés par l’amnésie… Pourtant, dans Matthieu, la dernière des Béatitudes ne dit elle pas : « Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on  vous calomnie de toutes les manières à cause de moi. Soyez dans la joie et l’allégresse… » ?

Il n’y a pas de résurrection sans passion, comme il n’y a pas de jour qui se soit précédé de la nuit…  Ne nous étonnons pas des difficultés, de l’adversité… Elles sont le lieu du passage par lequel la vie nous est donnée.  Ne rêvons pas de je ne sais quel nirvana indolore, mais accueillons le Messie qui ne cesse de donner sa vie pour les hommes, soyons avec lui dans ce passage, dans cette Pâque.

D.E.

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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 08:48

Ne  noyons pas la résurrection dans la langue de buis

Actes 3, 1-10 ; Luc 24, 13-35

Nous venons de fêter Pâques, à grand renfort de lumières et de chants, presque comme une évidence, après la longue marche du Carême. Pourtant, cette évidence est-elle si grande ? La liturgie de ce jour nous propose de lire le récit des pèlerins d’Emmaüs. Voilà deux disciples qui viennent d’apprendre que le tombeau a été trouvé vide, que des anges ont annoncé aux femmes que Jésus est vivant, mais ils sont abattus, et quittent Jérusalem défaits. Jésus va le leur dire sèchement : ils n’ont rien compris. La traduction de la Bible de Jérusalem est plus crue que celle que nous entendons dans  la liturgie : « Esprit sans intelligence ! »

Serions-nous plus malins que ces deux disciples ?

Comment entendre cette question sans pratiquer la langue de buis, sans aligner les belles phrases convenues qui évacuent la brutalité de l’interrogation ? Car il faut bien nous demander ce que la résurrection change, ou non, dans nos vie. Il faut bien mettre en question notre manière ordinaire, sinon routinière, de vivre et de faire face aux contingences de l’existence.

Ne serions-nous pas comme cet infirme que Pierre et Jean rencontrent à la Belle Porte du Temple, là où on l’installe chaque jour pour qu’il puisse pratiquer la mendicité, puisque c’est son lot ? Ou comme celui de la piscine de Bezatha qui attendait en vain depuis huit ans quelqu’un pour le porter dans l’eau lorsqu’elle se mettait à bouillonner…

La résurrection vient-elle briser nos enfermements, nos fatalismes ?

« Lève-toi ! »

A l’infirme de la Belle Porte, Pierre et Jean signifient qu’ils ne veulent pas jouer le jeu qu’il attend d’eux. Il n’aura pas d’argent… Mais ils lui annoncent qu’il peut se lever. Ils lui ouvrent, au nom de Jésus Christ, la possibilité de vivre autrement, de manière nouvelle.

Et nous, entendons-nous vraiment qu’il nous est dit, à nous aussi, comme à Abraham : « Lève-toi, marche… » ?

Écoutons cette insistance de la liturgie, qui nous montre, comme l’on écrit les évangélistes, que la résurrection n’est pas une évidence, que nous y résistons inconsciemment, comme les Hébreux n’ont pas facilement accepté d’être sortis d’Égypte.

 A chacun de nous de voir, dans notre vie d’homme ou de femme, à quoi nous convie cette parole : « lève-toi et marche », et par quelle décision mise en acte, nous  pouvons répondre à cette invitation. Croire commence aujourd’hui… chaque jour.

D.E.

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6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 07:55

Non plus serviteurs et mieux qu’amis : frères !

Actes 2, 36-41 ;  Jean 20, 11-18

Sur la rencontre de Jésus et Marie-Madeleine, au matin de Pâque, de si belles pages ont été écrites qu’on hésite à ajouter quoi que ce soit. Puis-je au passage vous recommander la lecture du très beau  (petit) livre du philosophe Jean-Luc Nancy Noli me tangere, paru chez Bayard ? Je retiendrais ce matin deux mots de Jésus : mes frères.

« Va plutôt trouver mes frères », lance-t-il à Marie Madeleine qui est tentée, peut-être, de retenir pour elle celui qu’elle aime et qu’elle croyait avoir perdu.

Lors de son dernier discours, Jésus avait dit à ses disciples : « Je ne vous appelle plus serviteur, mais amis, parce que le serviteur ignore ce que fait le maître ; je vous appelle amis car tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître. » Un peu avant, il leur avait dit : « Mes petits enfants… », et au début de l’ultime repas qu’il prenait avec eux, tout en leur lavant les pieds, il avait affirmé : « Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis ».

« Mes frères. » Quel changement ! Et à quel moment ! C’est le ressuscité qui parle ainsi, celui que Dieu a glorifié, celui qui n’est autre que le Fils de Dieu ! L’Unique ! L’unique fils de Dieu a donc des frères en Dieu, des frères adoptifs sans doute, mais des frères tout de même, qui sont à leur tour fils de Dieu ! Et Jésus insiste : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu ». Lui et nous, en égale position face au Créateur !

L’exemple de Pierre

Voilà bien plus qu’un effet « collatéral », bien plus qu’un débordement, bien plus qu’une une « bavure » de la résurrection. Voilà son œuvre. Une transformation radicale qui change notre relation à Dieu. Jean l’avait annoncé dans le Prologue de son évangile : « A tous ceux qui l’ont reçu, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu… » Ainsi dans la résurrection, la chair qui ressuscite, c’est aussi la nôtre ;  le corps qui se relève, c’est aussi le nôtre. Tel est le retournement qui s’opère en Marie Madeleine lorsqu’elle entend son nom dit par Jésus. Elle est arrachée au deuil, à la mort, et accède à la vie nouvelle.

Cette transformation, qui arrive à son achèvement avec le don de l’Esprit, à la Pentecôte, Luc nous la montre en la personne de Pierre, qui parle comme le Seigneur, et qui annonce l’accomplissement de la promesse, comme Jésus annonçait la venue du Royaume. Pierre dit la parole qu’il a entendu du Fils qui l’a entendu du Père. Il ne la dit plus comme un devoir à accomplir, comme une parole à répéter servilement, mais comme une source qui jaillit de son propre cœur, comme un élan qui est le sien propre, sous la motion de l’Esprit.

Puissions-nous, à nôtre tour, nous laisser devenir « frères du Christ », pour entrer dans la joie des Fils et du Père et la partager avec nos frères à venir…

D.E.

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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 10:19

C’est l’humanité qui ressuscite

Actes 2, 14, 22b-32 ; Matthieu 28, 8-15

« Jésus le Nazaréen, cet homme… »  Lorsqu’il s’adresse à la foule, le jour de la Pentecôte, Pierre affirme d’abord l’humanité de Jésus. La résurrection ne fait pas basculer Jésus dans l’ordre du mythe, hors de notre condition. Elle ne nous sépare pas de lui. C’est plutôt l’humanité, la condition humaine, qui acquière soudain toute entière, une stature que nous ne lui connaissions pas. Elle n’est plus ce misérable petit tas de secrets dont parle Malraux. Elle n’est plus ce ramassis d’orgueil, de convoitise, de cruauté, d’appétits de richesse et de pouvoir, ou cette accumulation de misère et d’humiliation, que nous constatons souvent.

Il suffit qu’un homme, un seul, n’ai pas été abandonné à la mort, que sa chair n’ait pas connu la corruption, pour que nous apprenions que chacun d’entre nous est infiniment plus que la somme des déceptions ou des vanités d’une existence. Il suffit que Jésus le Nazaréen soit ressuscité pour que s’éclaire dans nos vies un chemin possible où la mort n’a pas le dernier mot. Parce que, comme le dit Pierre, il n’était pas possible que la mort retienne cet homme en son pouvoir, il est désormais possible que la vie, notre vie, s’ouvre à la même plénitude.

Mais comment ? On pourrait croire que tout s’achève avec la résurrection. En réalité Pâques est un commencement, un principe – une « re-création ». Il ne suffit pas de se répéter « Il est ressuscité ! », de lever bras vers le ciel, de se regarder mutuellement avec de beaux sourires, de se congratuler et de se dire quelle chance nous avons d’être de ceux qui ont entendu le message. Il faut reprendre le chemin de la Galilée, le chemin des hommes, et comme le Fils, descendre dans l’humanité pour y porter la lumière qui nous éclaire.

Ne pas oublier non plus que cette lumière, nous la portons fragilement. Car, en définitive, de quelle huile s’alimente-t-elle ? De la parole de quelques témoins. Nous n’avons personnellement rien vu de la résurrection. Le ressuscité ne nous est pas apparu, comme il l’a fait pour les femmes, pour Pierre, pour les apôtres, pour une grosse poignée d’autres, et enfin pour Paul, le persécuteur…

Quels témoins ?

Matthieu ne cache pas la difficulté, en montrant à la fin de son évangile, qu’il nous faut choisir entre différentes paroles, différents témoignages. Celle des femmes et des disciples, d’un côté, celle des gardes, de l’autre. Ne pensons pas que cette situation ait changé. Loin s’en faut. Bien des paroles, aujourd’hui, nous disent qu’il n’y a pas de résurrection. Et parmi ceux qui se disent chrétiens, nombreux sont ceux qui déclarent ne pas croire en la résurrection…

Qui sont donc les vrais témoins d’aujourd’hui ? Ceux qui prennent le risque de vivre de la résurrection, ceux qui engagent leur vie pour relever les hommes de leurs affaissements, de leurs effondrements, de leurs désespoir, au risque d’y perdre leur confort, leur certitude, avec l’idée fragile – une idée qui est aussi un désir – qu’ils feront pour eux-mêmes, et avec les autres, l’expérience de ne pas être abandonnés à la mort, même lorsqu’ils la rencontrent, l’expérience de trouver le bonheur dans la joie de ceux qu’ils aimeront comme des frères. De ceux là, les Pierre d’aujourd’hui et de demain, diront : « Jésus le Nazaréen, cet homme… ».

D.E.

 

 

 

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3 avril 2010 6 03 /04 /avril /2010 06:39

Samedi  Saint

Ce matin, la Parole est silencieuse. Le Fils de l’homme, mort sur la croix a été enseveli. Nous sommes le septième jour de la semaine. Jour du Shabbat. Jour de l’accomplissement.

Telle fut justement, selon saint Jean, la dernière parole de Jésus sur la Croix : « Tout est accompli. »

Nous sommes conviés aujourd’hui, à entrer, avec Israël, dans ce temps de l’accomplissement qui porte deux significations.

La première, nous la trouvons dans le livre de la Genèse : le septième jour Dieu se repose de toute l’œuvre qu’il a accomplie. Une œuvre « très bonne », nous dit le texte. Il n’y a plus rien à faire. Rien à ajouter. A l’être humain – on pourrait dire à « l’homme et femme » – cette œuvre est confiée, mais pour commencer, l’être humain est prié de ne rien faire à son tour, pour accueillir la plénitude du don qui lui est fait. Ce commencement, qui est plus un principe qu’un début, nous fait basculer d’entrée de jeu dans l’accomplissement pour nous en réjouir. Le Shabbat est réjouissance de la création, anticipation eschatologique de notre participation accomplie à l’œuvre de Dieu, œuvre de justice et d’amour. Inutile donc à l’homme de vouloir ajouter quelque chose de son cru, en cet instant. Inutile surtout de faire entrer le travail et sa peine dans la réjouissance. En ce jour du Shabbat, la peine n’a pas sa place. C’est un jour de bonté, exclusivement de bonté.

La seconde, nous la trouvons dans le livre du Deutéronome : par le Shabbat nous célébrons aussi la libération de l’esclavage. Israël fête la sortie d’Égypte. Avec lui nous nous rappelons que Dieu a entendu la plainte de son peuple, a vu ses souffrances et a appelé Moïse au désert pour qu’il délivre les Hébreux de la main de Pharaon. Ce faisant, Dieu a révélé son Nom qu’il avait tu à Jacob.

L'absolue présence du présent

Dieu s’est fait connaître. Il est « Ehyeh asher ehyeh » (Je suis qui je suis). Notre français est malhabile pour traduire l’hébreux qui ne distingue pas les temps des verbes, mais oppose les aspects de l’action : accompli ou inaccompli. L’action de Dieu est toujours exprimée à l’accompli – manière de dire que ce qui fait est parfait, sinon il ne serait pas Dieu – cependant ici, exceptionnellement, le verbe est à l’inaccompli (ce qui fait que l’on traduit parfois pas un futur). Ce qui nous indique que la manifestation de la présence de Dieu occupe tout l’espace du temps, qu’elle est totalement à l’œuvre dans cet espace. C’est une manière de dire l’éternité, comprise non  pas comme un temps qui s’écoule indéfiniment, mais comme l’absolue présence du présent, qui pour nous est si fugace.

Entrer dans le shabbat, c’est entrer dans l’absolue présence du présent. C’est à ce titre devenir fils de Dieu. C’est par là-même être libéré de la convoitise qui naît de l’idée que nous ne pouvons pas posséder ce que nous désirons, parce que le temps s’enfuit trop vite… « Ce que vous demandez, croyez que vous l’avez déjà », dit Jésus. Ici ne rien faire signifie que nous nous libérons de l’emprise de la raison matérialiste et productive, pour goûter le don qui nous est proposé. Souvent, l’empire du faire – l’exigence de la rentabilité, de l’efficacité – asservit l’homme qui finit par avoir moins de prix que la chose à produire, à vendre… Respecter le shabbat, c’est affirmer au moins un jour par semaine que nous résistons à cette logique de mort, c’est anticiper notre libération de la nécessité cruelle des jours ordinaires où nous devons peiner pour avoir de quoi nous loger et nous nourrir…

Voilà ce temps que Jésus a déclaré ouvert, en disant « tout est accompli ». C’est le temps du relèvement des souffrances qui commence dans la nuit de l’ensevelissement. Nous ne pouvons pas effacer cette nuit. Nous devons la traverser dans la confiance, et c’est dans cette nuit que nous verrons naître le jour de notre délivrance, le jour de notre accomplissement.

D.E.

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2 avril 2010 5 02 /04 /avril /2010 09:01

Vendredi Saint

Isaïe 52,13-53,12 ; Hébreux 4,14-16, 5,5-9 ; Jean 18,1-19,42

Comment ne pas être frappé en ce Vendredi Saint où nous célébrons la Passion de Jésus, par l’ouverture du texte d’Isaïe : « Mon serviteur réussira, dit le Seigneur, il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! » Tout le récit de la Passion nous montre son abaissement… Il faut cependant nuancer, car nous lisons ce récit dans l’évangile de Jean, où Jésus est plus disert que chez Matthieu où il se tient dans un silence glacial et coupant. Dans le récit de Jean, la posture de Jésus est imposante : même s’il est dans les mains de ses adversaires, il les domine totalement.

Il n’empêche. Ce début d’Isaïe est surprenant, alors que Jésus va mourir et que ses disciples vont l’abandonner et voir leurs espoirs s’évanouir. Sans doute nous est-il nécessaire d’entendre ce paradoxe pour comprendre ce que nous célébrons aujourd’hui. C’est bien une victoire, sous les apparences de la défaite. C’est la victoire de la fidélité. Soumis à la tentation la plus extrême, celle de voir sa propre vie anéantie, dans sa chair, mais aussi dans le sentiment d’échec absolu qui va déchirer ses disciples, Jésus ne se renie pas, il ne cherche pas à se sauver lui-même. Jusqu’au bout, il aime le Père et s’en remet à sa Parole.

C’est bien ce qu’affirme Isaïe : « Par lui s’accomplit la volonté du Seigneur ». Pourtant les apparences sont contre lui. Le serviteur exalté est si défiguré qu’il ne ressemble plus à un homme.  Ceux qui l’observent ont toutes les raisons de douter de lui, car il ne présente ni la beauté ni le brillant qui sont l’apanage des puissants. Il est comme le lépreux dont on se détourne.

Délivrance

Mais en contemplant ce lamentable serviteur, voici  que nait dans le cœur de celui qui ne détourne pas le regard, la conscience que cette apparence est le fruit de la violence qui s’abat sur lui, à laquelle il ne résiste pas. Dès lors, la victime révèle en miroir le mal qui l’accable. En lui, nous pouvons voir le mal dont nous sommes complices, dont nous sommes partie prenante, et cette prise de conscience  est le début de notre délivrance.  En prenant sur lui le mal sans le retourner contre nous, en se faisant notre intercesseur auprès du Père, pour que nous recevions la grâce de son pardon, pour que nous ne soyons pas enfermés dans notre violence, le serviteur, Jésus nous ouvre le chemin d’une vie nouvelle, affranchie de l’esclavage du péché.

Telle est sa réussite, sa victoire. Contemplons ce don stupéfiant. Laissons-nous émouvoir par lui afin que naisse en nous la capacité d’être à notre tour, à la suite du Christ, ceux qui éteignent la circulation de la violence, de la haine, en renonçant au mal, en acceptant de souffrir par amour pour nos frères. C’est à cela que cette fête, car c’en  est une nous convie.

D.E.

 

 

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