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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 08:12

Jeudi Saint

Exode 12, 1-8.11-14 ; 1 Corinthiens 11, 23-26 ; Jean 13, 1-15

Le Jeudi Saint, en relisant le début du chapitre 13 de l’Évangile de Jean, nous refaisons, chaque année, le geste accompli par Jésus, lors de son dernier repas avant sa Passion. Je voudrais vous inviter ce matin à lire ce passage en allant un peu plus loin que ce que la liturgie nous propose, parce que le texte a été coupé un peu trop tôt, omettant les deux versets suivants (16 et 17) : « En vérité, en vérité, je vous le dis, le disciple n’est pas plus grand que le maître, ni l’envoyé plus grand que celui qui l’envoie. Sachant cela, heureux serez vous si vous le faites » (autrement dit : si vous vous lavez les pieds les uns aux autres). C’est en quelque sorte l’avant-dernière béatitude, la dernière étant prononcée devant Thomas (« heureux ceux qui croient sans avoir vu »).

Heureux…  Jésus nous indique le chemin pour entrer dans le Royaume, pour jouir de la plénitude de la vie qu’il va donner en mourant sur la Croix. Il nous invite à agir comme lui.

Le geste qu’il accomplit est inouï. Jean prend soin de nous permettre d’en prendre toute la mesure. Le moment tout d’abord : « son heure était venue de passer de ce monde à son Père ». Le geste de Jésus a valeur de testament, d’ultime témoignage, de dernière volonté…

L’intention ensuite : « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout ». L’amour est porté à son comble. Jésus loin de se retirer en lui-même en raison de la gravité du moment, se tourne vers ses disciples, vers ceux qu’il désignera à Marie-Madeleine, au matin de Pâque, comme ses frères, et il leur témoigne un amour dans lequel il se donne totalement, en agissant comme le plus humble des serviteurs, par un geste qui n’incombait même pas, dans une famille juive, à un esclave juif, mais à un étranger.

Le statut même de Jésus : « le Père a tout remis entre ses mains, il est venu de Dieu et il retourne à Dieu ». Jésus dispose en cet instant de tout pouvoir. Jean nous dit ainsi qu’il est déjà, de façon encore cachée, au sommet de la gloire et de la puissance. Celui qui est maître de tout se fait serviteur !

Style de vie

Le disciple n’est pas plus grand que le maître. Si le maître s’abaisse ainsi, qu’en est-il du disciple ? A quelle attitude sommes nous conviés ? Faites-de même, les uns pour les autres, dit Jésus. Soyez en rupture avec l’ordre du monde, renoncez à la domination, choisissez le service.

« Heureux êtes-vous si vous le faites ! » Jésus n’édicte pas une loi, il nous propose un style de vie. Pas une nouvelle morale, ni même une recette pour se sentir bien personnellement et avoir l’estime de soi. C’est non seulement un art du vivre ensemble, mais une clé pour entrer dans le mouvement même de la vie de Dieu qui n’existe qu’en aimant, qu’en servant sa création. Jésus nous indique une manière d’accéder ensemble, dans le don et le service mutuel, à l’être de Dieu, un chemin pour passer avec lui de ce monde au Père ; ou mieux encore, pour faire entrer ce monde – qu’il ne s’agit pas d’abandonner – dans le sein du Père, et faire demeurer l’amour du Père en ce monde.

Sacré programme ! Si nous le faisons nôtre, alors nous serons comme les Hébreux, dans la nuit de Pâque : ils mangent l’agneau et les azymes, « la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le  bâton à la main », prêt à marcher vers la Terre promise, vers leur libération.

D.E.

 

 

 

 

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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 08:24

Mercredi Saint

Isaïe 50, 4-9a ; Matthieu 26, 14-25

Isaïe poursuit son portrait du serviteur de Dieu. Un texte que connaissait bien sûr Jésus et qu’il pouvait sans doute lire comme un carnet de route. Pour nous qui le lisons aujourd’hui, il est donc bien sûr une invitation à contempler le Fils. Cependant, contemplant le Fils, nous découvrons ce à quoi nous sommes nous-mêmes appelés.

Le verset 4 à lui seul est tout un programme. Il pose un petit problème de traduction parce qu’en hébreux, la même racine dit à la fois « enseigner » et « étudier », et le contexte invite à choisir. Cette racine revient deux fois dans le verset. Nos bibles et la traduction liturgique choisissent presque toutes de le traduire par disciple (ou une expression équivalente), ce qui donne ceci : « le Seigneur Dieu m’a donné une langue de disciple pour réconforter à mon tour celui qui n’en peut plus ; la Parole me réveille chaque matin (…) pour que j’écoute comme un disciple »

En réalité, il vaudrait mieux traduire la première partie du verset « Dieu m’a donné une langue d’enseignant, [ou de maître]  pour réconforter celui qui n’en peut plus ». Dieu donne en effet une assurance intérieure qui permet de secourir celui vers lequel il nous envoie. La seconde partie du verset explique quelle est la source de cette assurance, de cette maîtrise : elle vient de l’enseignement reçu chaque matin de la Parole qui me réveille.  Ce réveil est un relèvement, une résurrection ! C’est la puissance de ce relèvement qui est l’assurance dont nous avons besoin pour relever celui qui n’en peut plus.

C’est exactement la conduite de Jésus. Il nous faut l’imiter, comme on disait jadis, en allant puiser dans l’écoute de la Parole une véritable assurance qui nous transforme en envoyés du Fils. Cette assurance, qui n’est pas le fruit de nos seules capacités, de nos seuls talents, est alors celle qui réconforte et relève celui qui n’en peut plus. Dès lors, celui-ci peut à son tour se relever et devenir lui-même témoin du don qu’il a reçu. Ayant entendu la Parole comme « disciple », il peut la dire comme « enseignant »…

Le verset 5 nous livre la clé de ce miracle. Cette écoute fondamentale est un don de Dieu : « Le Seigneur Dieu m’a ouvert l’oreille et je ne me suis pas révolté.» Voilà ce qu’il nous faut demander sans cesse afin de pouvoir répondre à l’appel de Dieu. Des oreilles, un cœur ouvert à la Parole. 

La suite du texte d’Isaïe dit la confiance qui en résulte pour affronter l’inévitable contradiction, l’inéluctable épreuve.

L’erreur de Judas

L’évangile de Matthieu nous rapporte la trahison de Judas. Quel est le ressort qui conduit Judas à cette extrémité ? Matthieu ne l’explicite pas, cependant cela ne nous interdit pas d’y réfléchir. La situation de Jésus, à cet instant semble déjà désespérée. Judas n’aurait-il pas oublié l’enseignement d’Isaïe ? N’aurait-il pas considéré que le combat était perdu, et essayé de tirer seul son épingle du jeu ? La suite de l’histoire montre qu’il s’est perdu lui-même faute de croire en la puissance de « relèvement » de la Parole. A l’inverse, Jésus qui sait que Judas va le livrer, loin de chercher à s’en prémunir, se confie totalement à la Parole du Père et y trouve l’assurance qui lui permet d’affronter la mort. Au matin de Pâques, nous sommes témoins que la Parole du Père l’a « réveillé ».

D.E.

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30 mars 2010 2 30 /03 /mars /2010 08:48

Mardi Saint

Isaïe 49, 1-6 ; Jean 13, 21-33,36-38

Hier, Isaïe nous faisant entendre l’amour du Seigneur pour son serviteur. Aujourd’hui, c’est la réponse du serviteur qu’il nous est proposé de méditer. De l’un à l’autre, la concordance est totale, et ce « dialogue » nous donne une idée de ce que Jésus dit lorsqu’il affirme que le Père est en lui comme lui est dans le Père.

Pourtant, cette communion parfaite n’épargne pas l’épreuve. Si le Seigneur à dit à son serviteur : « En toi je me glorifierai », ce dernier en vient à s’interroger : « Je disais : “Je me suis fatigué pour rien ; c’est pour le néant, c’est en pure perte que j’ai usé mes forces.” » Il y a un passage où l’offrande du serviteur le met à vif, à nu. Un moment où l’obéissance à la volonté du Père conduit au dépouillement, à la solitude, voire au doute. C’est le moment où s’authentifie le don de soi.

Le serviteur affirme que dans cette épreuve son « droit subsistait aux yeux du Seigneur, [sa] récompense auprès de [son] Dieu ». Si Dieu laisse le serviteur aller jusqu’au point où le don qu’il fait de sa vie est absolument gratuit, parfaitement volontaire, sans être « adouci », il n’a pas renoncé à sa fidélité, à sa promesse.

Ne nous trompons pas, cette épreuve n’a pas le sens d’une vérification. Dieu n’exige pas une preuve d’amour. Ce qui est en jeu, c’est la liberté totale et nue du don. Si le Père se retire – un peu comme il se retire au septième jour de la Création – c’est pour laisser à son serviteur, son Fils, toute sa liberté.

Paradoxalement, ce retrait est lui aussi un signe d’amour. Les parents le savent : pour permettre à leur enfant de marcher, il faut à un moment donner le lâcher. Pour lui permettre de devenir adulte, il faut cesser de le protéger des risques de l’existence et lui donner la possibilité d’avancer seul vers sa vie. Sinon il restera toujours dépendant, mineur… C’est parce qu’il aura pu faire cette expérience que le monde s’ouvrira à lui.

De la même manière, le Père peut dire, comme l’affirme le serviteur : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob et ramener les tribus d’Israël : je vais faire de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. » La liberté du don du serviteur élargit universellement la portée de son don.

Gloire de Dieu, gloire de l’homme

C’est au cœur de l’évangile de ce jour, entre les deux figures de la trahison que sont, lors du dernier repas, Judas et Pierre. Jésus le dit ainsi : « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu en retour lui donnera sa propre gloire ; et il la lui donnera bientôt ». La glorification de Dieu, c’est le don total du Fils de l’homme qui la signifie. Il n’y a pas de prix plus grand. Surtout quand il passe par l’épreuve de la trahison.

Mais en Jésus n’arrêtant pas, la trahison, alors qu’il le pourrait, Jésus manifeste aussi que le don qu’il fait de lui est tout autant un don d’amour pour les hommes, quels que soient leurs actes – y compris les plus vils. Il dit ainsi le prix incommensurable de l’homme à ses yeux, aux yeux de Dieu. Ainsi, la gloire du Fils, c’est aussi la gloire de l’homme… Voilà ce que nous pouvons contempler en nous demandant quel prix nous accordons à Dieu et à l’homme.

D.E.

 

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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 08:04

Lundi Saint

Isaïe, 42, 1-7 ; Jean 12, 1-1

En ce début de Semaine sainte, c’est l’œuvre de Dieu que nous sommes invités à contempler afin de pouvoir accueillir la Résurrection. Isaïe nous dit le projet même de Dieu : « Voici le serviteur que je soutiens, mon élu en qui j’ai mis toute ma joie. » Nous reconnaissons ici la parole qui retentit au moment du baptême de Jésus.

La mission du serviteur : faire connaître le jugement de Dieu. Mais quel est ce jugement, comment se manifeste-t-il ? Ce serviteur n’agira pas comme les puissants : il ne criera pas, ne haussera pas le ton, ne se fera pas entendre sur les places publiques, n’écrasera pas celui qui est affaibli, n’éteindra pas « la mèche qui fume encore ». Ce jugement veut permettre à toute vie, si vacillante soit-elle, de vivre.

C’est un Dieu de bonté que nous présente Isaïe. Une bonté telle qu’elle n’attend pas que nous la sollicitions ; elle est déjà et constamment au service des hommes. Elle s’exprime sans relâche, avec une fidélité sans faille, et nous sommes invités à en vivre. Essayons d’en prendre la mesure… Nous verrons qu’elle est sans mesure, et cette prise de conscience sera déjà en nous source de transformation, source d’une vraie liberté, car avec la force de la bonté de Dieu nous pouvons beaucoup plus que ce que nous imaginons…

Dans le récit de l’onction de Béthanie, dans l’Évangile de Jean, arrêtons-nous simplement sur le geste de Marie. C’est un geste d’action de grâce, de remerciement. Marie ne craint pas de s’exposer publiquement pour manifester à Jésus, sa reconnaissance. Rappelons-nous le récit de la résurrection de Lazare. Le cri de désespoir de Marie : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort ! » Jésus s’est alors manifesté comme le maître de la vie. Le geste de Marie, le grand prix du parfum, nous disent sa réponse à celui qui a rendu la vie à son frère, tout en scellant personnellement son arrêt de mort : symboliquement Marie donne tout d’elle-même.

Et nous, devant le don de Dieu ? Et nous devant le Serviteur qui nous manifeste la bonté du Père ? Et nous devant le Fils qui donne sa vie, jusqu’à la mort ? Quelle est notre réponse ? Jusqu’à quel point nous laissons-nous toucher par l’amour de Dieu ? Jusqu’où pénètre-t-il en nous ?

D.E.

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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 07:04

Dieu ne renie jamais à son alliance

Ézéchiel 37, 21-28 ; Jean 11, 45-57

Le prophète Ézéchiel annonce que Dieu va mettre fin à la division qui a déchiré Israël, fin à l’exil, fin aussi au péché qui le détruit de l’intérieur. Le Seigneur veut guérir son peuple, le sauver définitivement, car il ne se résout pas à le voir souffrir et se perdre : « Je conclurais avec eux une alliance de paix, une alliance éternelle ! » Dieu ne renonce pas à l’alliance du Sinaï, mais il veut la parfaire. Ce n’est pas lui qui l’a rompue, mais le peuple qui s’en est écarté, et qui fait, pour cette raison, l’expérience douloureuse du mal, de la déchirure, de la mort.

Ce que Dieu cherche, c’est le moyen non pas de contraindre ceux qu’il aime à respecter l’alliance – ce qui en ferait une prison –, mais le moyen de leur permettre d’accéder librement et pleinement à la vie et au bonheur – ce qui est le souhait le plus cher de tout homme –, le moyen de les délivrer des chaînes de l’orgueil, de la violence et de la convoitise…

On sent dans ce texte, et c’est très émouvant, l’amour du Père pour ses enfants, un amour fidèle, inlassable, souffrant de voir ceux qui l’aiment  en difficulté. On entend ce cri qui retentit plusieurs fois dans la Bible : « Ah ! si Israël m’écoutait… » Si nous n’avons pas le cœur dur comme pierre,  cela  suscite en nous le désir de nous tourner vers lui, pour dire : « Voici, je viens… »

Pourtant, il arrive que les enfants résistent à ce qui les touche profondément, qu’ils ne parviennent pas  à se dégager de ce qui les enferme ; et il faut souvent aux parents une longue, et parfois douloureuse, patience qui exige beaucoup d’eux-mêmes, avant de voir le fils ou la fille accéder à une vraie liberté d’adulte.

Un don reçu comme une gifle

L’évangile de Jean témoigne de ce refus, qui est avant tout une forme d’impossibilité mystérieuse. Ceux à qui Jésus s’est adressé en leur annonçant la venue du Royaume, la libération de ce qui les divise, les déchire et les emprisonne, en leur disant : « Heureux êtes vous… »,  ceux-là ne peuvent pas croire que s’ouvre devant eux le chemin de la vie. Ils reçoivent ce don comme une gifle et se révoltent. Ils se sentent en danger. Ils craignent de se retrouver isolés et en position difficile,  si d’autres se laissent convaincre. Alors ils ne voient qu’une issue : se débarrasser de celui qui les met dans cette position si inconfortable.

Mais Jean ne nous raconte pas cela pour nous rendre haïssables ceux qui condamnent Jésus à mort. Il nous apprend ainsi jusqu’où va l’amour de Dieu pour les siens, pour les hommes.

Il est des parents qui renoncent et abandonnent leur enfant, parce que c’est trop dur de le voir s’enfermer dans ce qui le mine. En Jésus, Dieu, ne renonce pas. Il prend tous les risques, y compris celui de sa propre vie. Cette alliance éternelle, annoncée par Isaïe, c’est un amour qui ne rompt pas dans l’épreuve, qui ne se brise pas sous les coups, qui ne se dissout pas dans les échecs. Un amour qui ne meurt pas, même en traversant la mort, découvrirons-nous à Pâques. Voilà l’alliance de paix : toujours, à chaque instant, dans la plus profonde des détresses, dans le pire des refus ou des crimes, nous pouvons nous tourner vers celui qui nous aime ainsi, et retrouver le chemin de la vie. Il nous accueillera et nous aidera à nous relever.

D. E.

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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 07:04

Dieu ne renie jamais à son alliance

Ézéchiel 37, 21-28 ; Jean 11, 45-57

Le prophète Ézéchiel annonce que Dieu va mettre fin à la division qui a déchiré Israël, fin à l’exil, fin aussi au péché qui le détruit de l’intérieur. Le Seigneur veut guérir son peuple, le sauver définitivement, car il ne se résout pas à le voir souffrir et se perdre : « Je conclurais avec eux une alliance de paix, une alliance éternelle ! » Dieu ne renonce pas à l’alliance du Sinaï, mais il veut la parfaire. Ce n’est pas lui qui l’a rompue, mais le peuple qui s’en est écarté, et qui fait, pour cette raison, l’expérience douloureuse du mal, de la déchirure, de la mort.

Ce que Dieu cherche, c’est le moyen non pas de contraindre ceux qu’il aime à respecter l’alliance – ce qui en ferait une prison –, mais le moyen de leur permettre d’accéder librement et pleinement à la vie et au bonheur – ce qui est le souhait le plus cher de tout homme –, le moyen de les délivrer des chaînes de l’orgueil, de la violence et de la convoitise…

On sent dans ce texte, et c’est très émouvant, l’amour du Père pour ses enfants, un amour fidèle, inlassable, souffrant de voir ceux qui l’aiment  en difficulté. On entend ce cri qui retentit plusieurs fois dans la Bible : « Ah ! si Israël m’écoutait… » Si nous n’avons pas le cœur dur comme pierre,  cela  suscite en nous le désir de nous tourner vers lui, pour dire : « Voici, je viens… »

Pourtant, il arrive que les enfants résistent à ce qui les touche profondément, qu’ils ne parviennent pas  à se dégager de ce qui les enferme ; et il faut souvent aux parents une longue, et parfois douloureuse, patience qui exige beaucoup d’eux-mêmes, avant de voir le fils ou la fille accéder à une vraie liberté d’adulte.

Un don reçu comme une gifle

L’évangile de Jean témoigne de ce refus, qui est avant tout une forme d’impossibilité mystérieuse. Ceux à qui Jésus s’est adressé en leur annonçant la venue du Royaume, la libération de ce qui les divise, les déchire et les emprisonne, en leur disant : « Heureux êtes vous… »,  ceux-là ne peuvent pas croire que s’ouvre devant eux le chemin de la vie. Ils reçoivent ce don comme une gifle et se révoltent. Ils se sentent en danger. Ils craignent de se retrouver isolés et en position difficile,  si d’autres se laissent convaincre. Alors ils ne voient qu’une issue : se débarrasser de celui qui les met dans cette position si inconfortable.

Mais Jean ne nous raconte pas cela pour nous rendre haïssables ceux qui condamnent Jésus à mort. Il nous apprend ainsi jusqu’où va l’amour de Dieu pour les siens, pour les hommes.

Il est des parents qui renoncent et abandonnent leur enfant, parce que c’est trop dur de le voir s’enfermer dans ce qui le mine. En Jésus, Dieu, ne renonce pas. Il prend tous les risques, y compris celui de sa propre vie. Cette alliance éternelle, annoncée par Isaïe, c’est un amour qui ne rompt pas dans l’épreuve, qui ne se brise pas sous les coups, qui ne se dissout pas dans les échecs. Un amour qui ne meurt pas, même en traversant la mort, découvrirons-nous à Pâques. Voilà l’alliance de paix : toujours, à chaque instant, dans la plus profonde des détresses, dans le pire des refus ou des crimes, nous pouvons nous tourner vers celui qui nous aime ainsi, et retrouver le chemin de la vie. Il nous accueillera et nous aidera à nous relever.

D. E.

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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 08:55

Il est sain d’avoir des doutes

Jérémie 20, 10-13 ; Jean, 10, 31 43

Dans l’évangile de Jean, le procès de Jésus commence dès le lendemain de Cana, lorsque Jésus chasse les vendeurs du Temple. « Quel signe nous montres-tu pour faire cela ? » demandent alors les chefs religieux (Jn, 2,18). Jésus répond : « Détruisez ce sanctuaire et en trois jours je le relèverai ». L’évangéliste précise : « Il parlait du sanctuaire de son corps ». D’emblée, le corps de Jésus est menacé, sa vie est en danger. Ce procès ne va faire que s’aggraver, et le texte que nous lisons ce matin, parallèlement au livre de Jérémie, lui aussi en procès, indique un tournant.

Les chefs religieux viennent d’exiger de Jésus qu’il dise clairement qu’il est le Messie. Jésus leur  a répondu qu’il l’a déjà dit, et il a pointé leur refus de croire, en concluant : « le Père et moi nous sommes un. » Telle est l’origine de l’accusation de blasphème que ses adversaires portent contre lui au début du texte d’aujourd’hui, et de leur volonté de lapider Jésus.

Accusé de se proclamer Fils de Dieu, Jésus oppose à ses détracteurs le sixième verset du psaume 82 : « Vous êtes des elohim, les fils du Très-Haut ». On traduit souvent : « Vous êtes des dieux », mais le mot hébreu employé est très précisément l’un de ceux que les juifs utilisent pour désigner Dieu.  L’argument est imparable. Jésus a pour lui la Torah elle-même.

Cependant, Jésus ne fait pas à ses adversaires le reproche de peiner à le croire. Croire qu’un homme est Fils de Dieu n’est pas de la première évidence loin s’en faut. Il est normal, et même sain d’avoir des doutes. Mais Jésus leur indique le chemin, comme il le fait toujours : « Si vous refusez de me croire, croyez les œuvres [sous-entendu “bonnes”, comme Jésus le dit au début du texte]. Et vous saurez et connaîtrez que le Père est en moi et moi dans le Père. »

Nous ne sommes pas plus clairvoyants que les pharisiens, et nous devons admettre la vérité : nous avons-nous aussi peine à croire que Jésus est le Fils de Dieu. Même les sondages le montrent : une bonne partie, près de la moitié, de ceux qui se disent chrétien affirment en même temps ne croire ni en Dieu ni en la résurrection.  Il ne s’agit pas d’en avoir honte, mais de prendre le chemin indiqué par Jésus : ouvrir les yeux sur les œuvres bonnes qu’il accomplit sous nos yeux.

Ouvrir les yeux sur l’œuvre de Dieu

Par les temps qui courent, ouvrir les yeux sur ce qui est bon, sur ce qui est vie, source de vie, pour soi, pour d’autres, n’est pas une démarche si fréquente. Il ne s’agit pas de chausser des lunettes roses, ni de s’abîmer dans un sentimentalisme gentillet. Jésus nous propose une attitude plus exigeante qui nous invite à découvrir l’œuvre toujours créatrice de Dieu. Il faut apprendre à voir comment la Parole féconde et fait le monde, comme au premier jour. Alors, la foi naîtra en nous…

Faire sienne cette attitude, c’est un choix, une décision, contre la tentation de croire que le monde est livré au hasard des luttes et des passions humaines, à la fatalité ou à de prétendus déterminismes naturels. Ce n’est pas si simple à dire, et encore moins à faire. C’est même dangereux, car le disciple n’est pas plus grand que le maître. Bon courage.

D. E.

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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 07:52

Dieu ouvre un  grand désir

Psaume 39 (40)

 Tu ne voulais ni holocauste ni sacrifice,

tu as ouvert mes oreilles ;

tu ne demandais ni holocauste ni victime,

alors j’ai dit : « Voici, je viens.

Dans le livre est écrit pour moi

ce que tu veux que je fasse.

Mon Dieu, voilà ce que j’aime :

ta loi me tiens aux entrailles. »

J’annonce la justice

dans la grande assemblée ;

vois, je ne retiens pas mes lèvres

Seigneur tu le sais

 

Nous fêtons ce matin l’Annonciation du Seigneur. Je vous propose de nous arrêter sur ce passage du Psaume 39, qui est à lui seul très impressionnant. D’abord par ce refus deux fois affirmé des sacrifices expiatoires. Dieu n’est pas un consommateur qui se repaît de sa Création pour que s’apaise sa colère. C’est évidemment une rupture avec tous les cultes idolâtriques, mais c’est aussi une formidable mise en cause de bien des fonctionnements humains, qui passent les hommes par pertes et profits des nécessités politiques et économiques. Rien, et surtout pas Dieu, ne justifie de piétiner la justice.

Ensuite, le premier acte de Dieu, dans ce psaume, c’est celui d’ouvrir les oreilles de son interlocuteur. De lui permettre d’entendre Sa Parole, mais aussi et ce n’est pas si différent la plainte des hommes qui souffrent. Tout commence par cette ouverture, cet élargissement. Y sommes-nous disponibles ? Pouvons-nous entendre une autre parole que celle de nos apparentes certitudes et vérités, une parole qui nous emmène plus loin, qui nous conduit les uns vers les autres, en nous faisant sortir de nos enfermements ? C’est le premier pas de la liberté.

C’est parce que cette ouverture des oreilles, mais aussi de regard, nous est donnée par Dieu lui-même que nous pouvons répondre, si nous le voulons : « Voici, je viens. » C’est la réponse de Marie dans la scène de l’Annonciation, c’est celle de Jésus à son Père, constamment.  Cette réponse confirme l’ouverture d’un dialogue personnel avec Dieu, ce qui quand on y pense, n’est pas banal. En effet, le psalmiste précise : « dans le livre est écrit pour moi » Le propre de la parole contenue dans la Torah, c’est d’être toujours absolument personnelle. Dieu, si j’ose dire, ne parle que d’homme à homme. De bouche à oreille…

Béatitudes

Aussi, dans cette relation, ce qui se manifeste, ce n’est pas le devoir, mais le désir. En ouvrant nos oreilles, Dieu fait naître un désir puissant : « ta loi me tient aux entrailles ». Par le mot de loi, il faut ici entendre torah, ce n’est pas la loi romaine, mais la Parole vive, et toujours actualisée, de Dieu, la vie même. Et la puissance de ce désir se manifeste dans la passion de la justice : celui qui parle dans le Psaume le dit : « j’annonce la justice à la grande assemblée [c'est-à-dire à tous], je ne retiens pas mes lèvres… » Je ne peux pas m’empêcher de parler…

Importance fondamentale de la justice, qui revient deux fois dans les Béatitudes :

« Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, ils seront rassasiés. (…) Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, le Royaume des cieux est à eux. »

Oserons-nous dire « Voici, je viens » ? Laisserons-nous monter en nous ce désir irrépressible de justice ?

D.E.

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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 08:17

Voulons-nous retrouver le vrai visage de l’homme ?

Daniel, 3, 14-20,91-92.95 ; Jean 8, 31 42

Le récit que nous lisons ce matin dans le livre de Daniel est connu, c’est l’histoire de Sidrac, Misac et Abdénago, condamnés au feu sur ordre du roi Nabuchodonosor, pour avoir refusé d’adorer la statue qu’il avait fait dresser. « Quel est le dieu qui vous délivrera de ma main ? » leur demande-t-il. Leur réponse est admirable : « Ce n’est pas à nous de te répondre. Si notre Dieu que nous servons peut nous délivrer, il nous délivrera (…) Et même s’il ne le fait pas, sois-en bien sûr, ô roi, nous ne servirons pas tes dieux, nous n’adorerons pas la statue d’or… » Quelle liberté ! Au roi qui prétend les asservir, ils opposent une radicale fin de non recevoir, en assumant totalement le prix exorbitant de leur refus d’être réduit à l’esclavage spirituel – le plus profond qui soit !

Les trois hommes laissent à Dieu le soin de se faire connaître comme il l’entendra, et leur fidélité ne se mesure pas à la récompense qu’ils pourraient attendre de lui. Ils entendent célébrer Dieu gratuitement, en toute situation, fût-ce dans la mort. Ainsi la foi n’est-elle pas conditionnée par l’éventuelle réponse de Dieu. Elle ne pose aucun préalable, mais commence par reconnaître Dieu pour ce qu’il est, le tout Autre, celui auquel nous appartenons.

Le texte rapporte qu’en entendant cette réponse, le visage de Nabuchodonosor s’altéra. Le visage, c’est, comme l’explique Levinas, le signe même de notre humanité. D’une humanité « à l’image et à la ressemblance de Dieu ». Le roi, dans sa folie mégalomaniaque et paranoïaque, perd en quelque sorte son visage, son humanité se déforme,  s’effondre, se ruine. Telle est la conséquence immédiate de toute idolâtrie. Mais la chose peut aussi se lire « à l’envers » : là où l’humanité est défigurée, là où elle n’est plus respectée pour ce qu’elle est – image et ressemblance de Dieu – nous pouvons être sûr que c’est le fruit amer d’une forme d’idolâtrie qu’il faut donc refuser et combattre.

Être fécondé par…

« Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous être vraiment mes disciples ; alors vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libre », dit Jésus. La question est posée : voulons-nous être libres ? Libre de toutes les puissances qui prétendent gouverner le monde et les esprits… Libre de toutes celles qui défigurent le visage de l’humanité… Voulons-nous retrouver le vrai visage de l’homme ?

Le prix peut être élevé. Mais le témoignage de cette liberté est susceptible de rendre leur visage aux bourreaux eux-mêmes. Nabuchodonosor est bouleversé par l’effet de la liberté de Sidrac, Misac et Abdenago.  Ainsi, vouloir être libre, c’est vouloir simultanément offrir cette liberté à ceux qui en sont privés, y compris du fait de leur propre aveuglement.

Jésus nous dit le chemin de cette liberté : demeurer fidèle à sa parole, se mettre à son écoute et la mettre en pratique. C’est toujours le même appel depuis l’origine : « Écoute et agis ! ». « Alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libre. » Ne nous méprenons pas sur « la vérité ». Il ne s’agit pas d’un savoir théorique. Connaître, dans le langage biblique, doit toujours être entendu comme « être fécondé par, être ensemencé par ». En écoutant la parole et en la mettant en pratique nous faisons alors une expérience à la fois intérieure et pratique de la vérité qui nous féconde, et fait naître en nous la liberté que nous ne possédons pas par nous-mêmes.

Alors, voulons- nous être libres et partager cette liberté ?

D.E.

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23 mars 2010 2 23 /03 /mars /2010 08:01

Quelle idée nous faisons-nous de Dieu ?

Nombres 21, 4b-9 ; Jean 8, 21-30

Quitter nos servitudes n’est pas de tout repos. Et dans ces moments-là il est tentant de douter, de penser que nous faisons fausse route. C’est ce qui arrive au peuple d’Israël dans le désert. Le livre des Nombres nous rapporte que les Hébreux s’en prirent à Dieu et à Moïse, finissant même par trouver infecte la manne, le don de Dieu.

Sur quoi ce doute porte-t-il ? Sur l’être même de Dieu : est-il vraiment celui qui veut notre vie ? Est-il bon ? Jésus dit : « Dieu seul est bon ». Si nous pensons que Dieu est mauvais, nous allons à notre perte. Nous sommes seuls au monde… Le récit des Nombres nous montre cela de façon imagée : la morsure du doute est brûlante et mortelle, parce que dans cette traversée du désert qu’est la quête de notre liberté véritable, douter de la vie est absolument mortel. L’image du serpent nous renvoie bien évidemment au récit de la chute dans le livre de la Genèse, où le serpent figure la tentation de douter de la bonté de Dieu, en pervertissant sa parole, pour faire peser sur lui un soupçon. Dieu n’est plus bon, il est méchamment jaloux…

Comment comprendre alors ce récit qui nous dit que Dieu demande à Moïse de fabriquer un serpent de bronze et de l’élever sur un mat, comme une idole, alors que toute la Bible retentit de la condamnation des pratiques idolâtrique ? Il ne faut certainement pas conclure à l’instauration d’un rite magique. Le serpent de bronze n’a aucun pouvoir. Il ne guérit de rien. Précisément, ce que montre cette mise en scène, c’est l’impuissance profonde de la tentation, l’impuissance du doute. Il suffit de regarder ce doute en face, de le considérer pour ce qu’il est, pour comprendre sa vacuité, pour comprendre qu’il ne mène à rien.

Il y a dans nos vie beaucoup de doutes de cette nature qui nous susurrent de ne plus avancer, beaucoup de peur qui nous proposent de revenir en arrière. Il faut les regarder en face, considérer où elles nous conduisent et réaffirmer avec courage notre détermination à avancer, pour ne pas connaître le sort de la femme de Loth, changée en statue de sel…

Un amour sans limite

Contrairement à ce que l’on imagine, il n’est pas si difficile de faire preuve de cette lucidité pour ne pas être le jouet de nos doutes. C’est ce que dit Jésus à ses interlocuteurs : « Si vous ne croyez pas que moi, Je Suis, vous mourrez dans vos péchés. » Quand il affirme « moi, Je Suis », Jésus parle avec les mots de Dieu, lorsqu’il s’adresse à Moïse depuis le buisson ardent. Il s’agit donc d’interroger notre foi. En quel Dieu croyons-nous ? Si nous croyons que Dieu est bon, qu’il est source de vie, alors le choix se fait clairement, entre ce qui nous paralyse, et celui qui nous ouvre le chemin de la vie.

 Jésus dit encore : « Celui qui m’a envoyé est avec moi ; il ne m’a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui plait ». Accomplissant la volonté du Père, il sait que la vie lui est donnée en abondance, quelle que soit l’adversité qu’il rencontre. En mourant sur la croix, il nous montre bien plus que le serpent de bronze : pour « Je Suis » aimer ne connait aucune limite. Il nous donne tout, y compris sa propre vie. Ce n’est plus la vacuité de la tentation qui nous est proposée de regarder pour nous en détacher, mais la profondeur de l’amour de Dieu, totalement bon. Voilà notre source inépuisable d’espérance.

D.E.

 

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