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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 14:08

Pierre-et-Mohammed.jpgJ'ai vu il y a quelques jours un spectacle consacré à Mgr Claverie, l'évêque d'Oran, mort en 1996, victime d'un attentat terroriste, à l'époque des "années noirs de l'Algérie". Remarquable. Voici la présentation qu'en a fait Témoignage chrétien :

 

Le sang de la fraternité

Par Jean-François Bouthors

Avec Pierre et Mohamed – Algérie 1er août 1996, le sang versé de Mgr Pierre Claverie et de son chauffeur parle pour aujourd’hui.

Le 1er août 1996, la voiture de Pierre Claverie explosait, tuant l’évêque d’Oran et son chauffeur. Cet assassinat, revendiqué par le GIA, n’était pas une surprise pour ceux qui avaient en mémoire les prises de parole courageuses et dérangeantes de ce dominicain. Pierre Claverie croyait passionnément que le Christ appelait les hommes à la rencontre et à la fraternité. Il aimait tout aussi passionnément l’Algérie et les musulmans.

Entre lui et son jeune chauffeur s’était nouée une profonde amitié au point que Mohamed, qui avait parfaitement compris où menait le chemin emprunté par son « patron », avait refusé de rendre son tablier quand Pierre Claverie le lui avait proposé. Sur son corps fut retrouvé un carnet où il avait noté ce qui lui semblait l’essentiel de cette rencontre…

À partir de ce document et de quelques textes de Pierre Claverie, Adrien Candiard a créé Pierre et Mohamed, dans laquelle résonne alternativement la voix de l’un et de l’autre, magistralement portée par Jean-Baptiste Germain, accompagnée par la très belle musique de Francesco Agnello qui a réglé la mise en scène.

Une heure d’une intensité rare qui nous convoque au plus profond de nous-mêmes. Une heure qui balaie la médiocrité de tout ce qui s’est dit de l’islam durant la campagne électorale. Une heure qui nous apprend que le sommet de l’humanité est dans la rencontre de l’autre. Cette leçon écrite dans le sang doit être entendue de toute urgence.

Crypte Saint-Sulpice à Paris, jusqu’au 26 mai, à 12 h 30 Réservation : 06 64 64 01 51

Le 23 mai à Chartres (Église de la Madeleine, 20 h 30), le 12 juin à Nîmes (Auditorium du lycée Saint-Vincent de Paul, 19 h 30), le 15 juin La Chapelle-Saint-Luc près de Troyes (Église du Sacré-Cœur, 20 h 30) et du 7 au 28 juillet au festival d’Avignon (Chapelle de l’Oratoire, 18 h).

 

 

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 12:38

Le ton est donné. François Hollande était à peine élu que l’on battait le tocsin autour des « points non négociables » que d’aucuns avaient brandis pendant la campagne électorale comme principaux outils de discernement pour les catholiques au moment de voter… Civitas, l’une des officines intégristes, n’a pas tardé à organiser une manifestation pour préempter la place de leader d’une « l’opinion publique catholique » qui devrait, à les en croire, s’opposer résolument aux lois qui pourraient être annoncées durant l’été ou à l’automne sur la fin de vie, le mariage homosexuel, et l’homoparentalité. Défense de la dignité de la vie, au début et à la fin ; défense de l’institution du mariage ; défense des droits de l’enfant ; tel est brièvement l’argumentaire de ceux qui veulent appeler la conscience catholique à se révolter contre une société relativiste, matérialistes, etc. À l’heure des « indignés », voilà de grandes causes d’indignation que les intégristes et les traditionalistes ne vont pas manquer d’exploiter. Inutile de dire que ce débat risque d’être très vite instrumentalisé dans la campagne électorale des législatives, en vue de ramener vers la droite, les catholiques qui se seraient « égarés » en votant Hollande plutôt que Sarkozy.

Ajoutons que sur ce terrain, les intégristes et les traditionalistes espèrent imposer leur agenda, et populariser leurs idées, comme ils ont réussi à le faire sur le terrain de la culture (rappelez-vous les manifestations devant les théâtres et la destruction de l’œuvre du photographe Andres Serrano), en conduisant les évêques français à les suivre sur le terrain qu’ils avaient choisi, comme si c’était là que se jouaient centralement le témoignage de la foi et la fidélité à Rome… Tout en désavouant la violence et les manifestations extrêmes des activistes de Civitas, les évêques avaient validé dans l’opinion publique l’idée que la conscience chrétienne était choquée… Quant aux médias, qui préfèrent toujours ce qui est spectaculaire, ils ont trouvé facile de choisir Civitas comme une « icône » du catholicisme. Cela permet en général aux journalistes et commentateurs de jouer les belles âmes en dénonçant l’obscurantisme et en se posant en défenseur de la liberté de conscience. Il est plus facile de faire de l’audience sur ce registre, qu’en rendant compte du travail de fourmi accompli par bien des chrétiens « discrets » sur le terrain de la solidarité et de l’action sociale, par exemple. Cela évite aussi d’avoir à se casser la tête pour réfléchir plus en profondeur sur le fond des questions en jeu. La complexité, coco, ça ne fait pas d’audience.

En face, si l’on peut dire, chez ceux qui poussent à la modification de la loi en matière de mariage, d’adoption ou de fin de vie, on trouve évidemment des gens qui se frottent les mains face à ce type de réaction. Cela permet de camper sur une position dure, idéologique, en se présentant comme défenseur de principe de la liberté individuelle, du droit, du respect de la dignité humaine (vue évidemment d’un autre point de vue) tout en dénonçant l’obscurantisme de l’adversaire.

Voilà les deux fers de la tenaille dans laquelle risquent fort d’être prises de vraies questions de fond, sans qu’il soit possible de les examiner calmement et en profondeur comme il conviendrait sur des dossiers aussi importants. Les camps opposés arc-boutés sur leurs principes, dominés par des stratégies de communication, vont en réalité avoir pour souci principal de faire du débat un terrain… d’autopromotion. Sous prétexte de défendre des valeurs et des principes, de part et d’autre, les plus acharnés auront en réalité pour objectif de se positionner en leader d’opinion, en oubliant l’épaisseur réelle, humaine, des problèmes à l’origine du débat.

Pour ce qui est de la loi Léonetti, sur l’accompagnement de la fin de vie, excellente sur le principe, qui dira que la situation actuelle du système de santé, en grave crise, est le principal obstacle à son application ? Qui dira qu’il est hypocrite de camper sur les principes, en se lavant les mains de cette situation ? Qui dira qu’il s’agit en grande partie de choix budgétaires, qui ne vont pas dans le sens de la réduction des déficits publics ? Qui dira que les familles sont de moins en moins « équipées », matériellement, mais aussi spirituellement et humainement, pour accompagner la fin, souvent difficile, de leurs proches, qu’elles demandent à en être soulagées, et qu’il ne suffit pas de décréter qu’elles doivent faire un effort pour qu’elles en soient capables ? Qui dira que le prix économique de la fin de vie est astronomique parce que la médecine a fait des progrès considérables ? Qui dira que la tendance à la judiciarisation fait peser sur les médecins qui sont en première ligne face à la mort des menaces de procès de plus en plus lourdes ?

Si l’on veut parler, par exemple, de la défense de la dignité absolue de la vie, autrement que par des pétitions de principes pour ou contre l’euthanasie ou l’assistance au suicide, ce sont ces questions qu’il faut regarder en face, en assumant les arbitrages nécessaires. Le respect véritable de la dignité humaine passe par la prise en compte, difficile, de toutes ces questions et de quelques autres encore. C’est en s’investissant sérieusement et profondément dans cette réflexion « pratique » que les catholiques pourront à la fois aider la société à s’orienter vers la mise en œuvre du bien commun et montrer que ce qui les anime en profondeur est porteur de vie pour tous.

Voilà quelques pistes. Je reviendrais ultérieurement sur la question du mariage homosexuel et de l’homoparentalité, où il faut essayer de ne pas se laisser enfermer dans un débat piégé.

Desiderius Erasme

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 16:00

Les sondages font le grand écart. 79 % des catholiques pratiquants auraient voté pour Sarkozy, selon La Vie et Harris Interactive. 66 % seulement selon Pèlerin et l’Ifop. La différence n’est pas mince. Sans doute faut-il s’interroger sur la pertinence des échantillons. En général ce genre d’enquête est « porté » à l’intérieur d’un sondage plus global, si bien que le nombre des pratiquants interrogés est trop faible pour ne pas induire une marge d’erreur considérable[1]. Pour échapper à ce biais, il faudrait que les deux hebdomadaires précités se soient offerts au moment du vote un sondage ne portant que sur les catholiques pratiquants… Il est peu probable que cela ait été le cas.

Quoi qu’il en soit, ces résultats semblent indiquer que le vote catholique pratiquant est bien ancré à droite. Il est vrai que le discours récurrent sur les « points non-négociables » habilement colporté par la droite, a permis de désigner le programme de François Hollande comme non catholico-compatible. C’est ce qui ressortait clairement par exemple d’une émission – la seule ? – consacrée par KTO à l’élection présidentielle. On peut la trouver, par exemple, sur le blog de Bernard Lecomte.

Desiderius Erasme, dans son blog, n’a pas donné de consigne de vote, contrairement à quelques bloggeurs catholiques patentés. Certains autres bloggeurs ont été relayés par les diocèses dans des documents mis à disposition des fidèles le dimanche du vote, à la messe. C’est par exemple le cas du diocèse de Nanterre dont la Lettre n° 15, de mai, faisait l’éloge de Koz Toujours et Zabou the terrible. Si Zabou se contentait d’appeler les catholiques à accomplir leur devoir civique plutôt que d’aller à la pêche à la ligne, Koz lui expliquait pourquoi le vote Sarkozy s’imposait. C’était évidemment son droit absolu. Pour ma part, j’avais préféré ouvrir des questions que fournir une réponse…

Après le scrutin, je voudrais faire remarquer ici que la défaite de Nicolas Sarkozy et la situation problématique dans laquelle il a mis l’UMP face au front national résultent, d’une erreur spirituelle profonde, fut-elle drapée dans la défense des valeurs chrétiennes.

En effet, si Nicolas Sarkozy a fait un score aussi haut, en allant chercher au prix d’un discours toujours plus ambigu, les électeurs frontistes, il n’a en rien réduit le Front national, mais au contraire roulé pour lui, puisque ces électeurs se sont vus finalement confirmés dans leurs peurs et dans leur agressivité, et qu’ils se voient aujourd’hui privés des solutions (?) promises par le perdant. On a vu deux jours après le scrutin, avec l’exemple de l’aciérie de Fleurange dont Arcelor-Mittal vient d’annoncer que le travail n’y reprendrait ni à court ni à moyen terme, ce que ces solutions avaient de volatil…

L’erreur est la suivante : elle consiste à croire davantage à la puissance des maux qui travaillent la société qu’aux ressources dont nous disposons pour les combattre. Elle consiste à conforter les névroses, le sentiment d’impuissance, en désignant des coupables et des fautifs, en désignant des boucs émissaires. Les votants protestataires auront pu conclure du discours de campagne de Nicolas Sarkozy qu’ils avaient bien raison de protester et d’être en colère. Cela a permis certes de gagner des voix (quoique pas suffisamment), mais cela ne réduit en rien le sentiment de frustration ni la défiance. On cherche en vain dans le discours de Sarkozy les grandes ruptures de l’Évangile[2] : l’amour des ennemis, la soif de la justice, la recherche de la paix, le refus de la vengeance, le choix de la pauvreté (sobriété…). L’originalité de l’Évangile, c’est d’appeler les hommes, et en premier lieu les disciples de Jésus, à ouvrir les yeux sur le don déjà présent de Dieu, c’est-à-dire sur les forces de vie qui sont à l’œuvre. Il ne s’agit pas simplement de défendre la vie à son origine et à la fin, pour la garder sous cloche ou l’ignorer entre les deux, il s’agit de croire qu’elle nous habite, qu’elle nous soulève, qu’elle nous permet de traverser les épreuves personnelles ou collectives. Ce n’est pas pour rien que les évangiles commencent par mettre en scène des miracles où les malades sont guéris, où les paralytiques se lèvent… De même font les apôtres aussitôt après la Pentecôte. La Bonne nouvelle c’est cela : là où nous pensions être impuissants, malades, mourant, voire morts, la vie attend que nous nous levions, pour la manifester…

Je suis pour ma part convaincu que la seule manière de réduire le Front national, et parallèlement le Front de Gauche dont la rhétorique révolutionnaire et populiste n’augure rien de bon, c’est de faire en sorte non pas de conforter les protestataires dans leur posture de victimes, mais de leur donner les moyens de se lever et de prendre leur vie en main, de retrouver confiance, et de construire de la fraternité. Faire croire que cela passe par davantage de répression, d’emprisonnement, de sanctions est un leurre. Cela exige la mobilisation des énergies, la confiance partagée, l’écoute non pas des récriminations mais des aspirations profondes et l’encouragement concret à les mettre en œuvre…

Si les catholiques peuvent être utiles à quelque chose, dorénavant, ce n’est pas en étant les dénonciateurs paniqués des dérives sociétales – ce qui ne fera que renforcer les extrêmes –, mais en croyant, en actes, aux ressources de vie qui habitent cette société, jusque dans ses recoins les plus fragiles, en œuvrant à leur mesure et dans leur proximité immédiate pour commencer, à des solutions concrètes. Il faut retrousser ses manches et ne pas tout attendre ni du Ciel ni de l’État ni d’un grand soir.

Si nous faisons cela, je tiens le pari que non seulement le Front National reculera, et que les églises retrouveront de la fréquentation, non pas pour prier le Ciel de résoudre à notre place nos difficultés, mais pour nous réjouir ensemble de la vie qui reprend et en rendre grâce à Celui qui ne cesse de nous la donner.

Amicalement

Desiderius Erasme



[1] Sur un échantillon de 2000 personnes, représentatif de la population française, on trouve entre 140 et 90 catholiques pratiquants réguliers selon que l’on prend les statistiques de La Vie (7 %) ou de La Croix (4,5 % selon une enquête réalisé en 2009). Rappelons que l’on considère qu’il faut environ 1000 personnes pour que l’échantillon soit fiable, on en est donc loin pour analyser le vote des pratiquants réguliers.

[2] François Hollande, s’il n’y a pas fait référence, ne prétendait pas, lui, s’inscrire dans le fil du patrimoine chrétien…

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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 05:22

Dans son blog « Vu de Rome », Frédéric Mounier, le correspondant de La Croix au Vatican, écrit ceci (http://rome-vatican.blogs.la-croix.com/les-catholiques-doivent-ils-se-constituer-en-contre-culture/2012/05/04/) :

« Revenant sur l’évolution de nos sociétés sécularisées, l’archevêque de Dijon, membre de l’Académie pontificale des Sciences sociales, s’est inquiété : “Comment témoigner de la foi quand nos sociétés, en voie de désintégration, ne connaissent plus de valeurs communes, et visent à expulser le phénomène religieux de l’espace public ?”. D’où, pour lui, cette question essentielle : “Sans doute les chrétiens doivent-ils, si l’atmosphère générale ne permet plus d’être soi-même, créer une contre-culture, sans plus chercher à animer un monde qui n’a plus les antennes pour percevoir ces valeurs ?” »

Mgr Roland Minnerath s’exprimait lors d’un colloque organisé à l’université pontificale du Latran, le 3 mai dernier. Coïncidence, la dernière une de l’hebdomadaire La Vie était titrée, à propos de la campagne électorale : « Les chrétiens ont-ils été entendus ? » Jean-Pierre Denis, son rédacteur en chef pense justement, il s’en est longuement expliqué dans un livre, que le christianisme est une contre-culture… Sans doute Mgr Minnerath est-il un lecteur assidu de La Vie et de Jean-Pierre Denis. Peut-être pense-t-il, comme d’autres évêques français et une partie de la blogosphère catholique, qu’il y avait dans cette campagne électorale des « points non négociables » qui définissaient ces « valeurs communes » que « nos sociétés en voie de désintégration ne connaissent plus ». Peut-être a-t-il été fortement sensible à l’accent maintes fois mis par Nicolas Sarkozy dans sa campagne électorale sur les « valeurs chrétiennes » et à sa rhétorique « anti-système », qui est une manière de se prétendre lui-même porteur de cette « contre-culture »…

Dieu merci, nos prédécesseurs dans la foi que furent les apôtres Pierre et Paul ne se sont pas posé ces questions, lorsqu’ils ont répondu à l’envoi du Christ en mission. Le monde gréco-romain du premier siècle, n’était pas spécialement désireux d’accueillir le message chrétien, il ne connaissait guère de « valeurs communes » chrétiennes. La Rome de Néron ou Corinthe, telle qu’on peut la percevoir dans les lettres de Paul, n’étaient pas franchement des modèles d’une « atmosphère générale qui permettait d’être soi-même » au sens où l’entend l’archevêque de Dijon. C’est justement parce que les apôtres ne se sont pas posé ces questions mais qu’ils ont été dociles aux motions de l’Esprit qui les poussaient à témoigner que nous sommes aujourd’hui chrétiens.

Il est assez facile de se lamenter sur une société « en voie de désintégration », de se poser comme étant hors d’elle, en juge, et d’en conclure que nous n’avons plus rien à faire avec elle, que nous ne devons « plus chercher à animer un monde qui n’a plus les antennes pour percevoir ces valeurs ». Replions-nous donc sur nous-mêmes, petit troupeau frileux, autour de la crosse de nos évêques apeurés par ce monde effroyable, et attendons la fin du monde. Le dernier d’entre nous fermera la lumière en sortant de la chapelle…

Tout cela me rappelle les grandes heures de la fin du communisme à Moscou. Pour avoir assisté au dernier Congrès du PCUS, je sais de quoi il en retourne. Le communisme se pensait précisément comme une « contre-culture », comme un monde assiégé par l’ogre libéral. Il opposait sans cesse « Eux » et « Nous » et se croyait détenteur des véritables valeurs humaines. Il n’a pas résisté…

Si nous en restons à la perspective que dessine l’archevêque de Dijon, si nous cédons à la tentation du repli, pour tenter de « sauver » nos vies et nos valeurs, nous ne résisterons pas non plus.

Mais Dieu merci, la foi chrétienne n’est pas de cet ordre-là.

Ce à quoi nous sommes appelés par le Christ Jésus, me semble-t-il, c’est à être au contraire extrêmement attentifs à toutes les forces de vie qui sont à l’œuvre dans le monde, pour en prendre soin pour qu’elles grandissent et portent du fruit. C’est ainsi que j’entends le cri de Jésus : « La moisson est abondante, et les ouvriers peu nombreux ». La moisson est abondante, parce que dans le monde, celui-ci, tel qu’il est et nul autre, Dieu est un père qui donne en abondance. Il y a beaucoup à récolter. Ce qui nous menace, ce n’est pas le manque, mais la fermeture, l’aveuglement, le rétrécissement.

Les questions de Mgr Minnerath témoignent hélas de ce rétrécissement, de cet aveuglement. De ce refus de reconnaître la vie là où elle se manifeste. S’il y a une crise des vocations, son origine est là : dans l’incapacité à voir l’abondance de la moisson. Or ce monde manifeste, d’une manière fort surprenante et paradoxale, un incroyable désir de vivre. Si nous ne commençons pas par y être attentifs, si nous jetons d’abord l’anathème en décrétant que nos sociétés sont en voie de désintégration, alors qu’elles cherchent en fait passionnément et parfois désespérément comment se renouveler dans cette période de mutations accélérées, si nous prétendons qu’elles ne partagent plus de valeurs communes, alors nous ne pourrons pas accompagner ceux et celles au milieu desquels nous vivons, à qui nous sommes envoyés, dans la découverte d’une vie plus grande. C’est pourtant fondamentalement ce à quoi nous sommes appelés.

La question est en fait toute simple : avons-nous la foi ? Je crains que les partisans de la création d’une contre-culture aient davantage la religion et l’idéologie religieuse que la foi… Et à ce rythme, ils ne vont pas nous emmener bien loin… Rappelons-nous la question de Jésus : « Le Fils de l’homme quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre » (Luc 18, 8). Lorsqu’il s’exprime ainsi, ce n’est pas du monde Jésus doute : c’est à ses disciples qu’il enseigne qu’ils ne doivent pas se décourager, parce que Dieu ne cesse de répondre promptement, autrement dit de donner toujours la vie en abondance !

Amicalement

Desiderius Erasme

PS : il n’est pas interdit de prier pour que la foi retrouve des couleurs parmi les catholiques…

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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 22:43

Chers amis, pour vous faire une idée sur la question, je vous suggère de lire le blog de François Vercelletto, dans Ouest-France:

http://religions.blogs.ouest-france.fr/archive/2012/04/28/eglise-vide.html

Amicalement

Desiderius Erasme

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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 07:33

La France serait-elle perdue pour le catholicisme ? À lire le blog de René Poujol (http://www.renepoujol.fr/retour-de-rome/) rentrant d’un séjour à Rome, on n’est pas ému au Vatican par « le schisme silencieux » des catholiques qui quittent l’Église sur la pointe des pieds, tandis qu’on l’est bien davantage par l’idée que les disciples de Mgr Lefebvre pourraient bientôt rentrer au bercail. Tout se passe comme si, au fond, les premiers n’avaient jamais été de la famille. Ils peuvent bien partir, ce n’est qu’une « purification ». Rien que de la mauvaise graine qui s’en va. Comme une croûte qui tombe… Bon débarras.

Impressionnant mépris pour des femmes et des hommes qui ont souvent servi l’Église dans leurs paroisses avec abnégation. Incroyable indifférence.

Dans ces conditions, il n’est guère étonnant que l’Église n’intéresse pas le plus grand nombre qui sent confusément ce mépris. Il n’est guère étonnant que la rhétorique papale sur un monde dont Dieu serait absent ne rencontre aucun écho. Notons au passage que cette « confession » de l’absence de Dieu est pour le moins étrange dans la bouche de Benoît XVI. On se pince en entendant cela, et l’on vérifie dans la presse catholique qui rapporte le discours. Oui, c’est bien ce qu’il a dit. Me revient aussitôt le souvenir du rabbin Kalonymus Shapiro, déjà évoqué sur ce blog, qui dans le ghetto de Varsovie, s’employait au contraire à faire comprendre comment Dieu ne cessait d’être présent, dans une situation infiniment plus tragique, où il était légitime de se demander s’il n’avait pas abandonné son peuple et l’humanité. C’était un discours d’une autre trempe que celui qui résonne aujourd’hui au Vatican.

Disons-le, non pas l’Église comme corps du Christ, mais ces prélats qui ont en principe la charge du « peuple de Dieu » - il est plus juste de dire, comme l’apôtre Paul, « la famille de Dieu » –, démissionnent lorsqu’ils analysent le « schisme silencieux » en terme de purification, lorsqu’ils considèrent que ceux qui quittent l’Église catholique ne sont que des mécréants ou des protestants qui s’ignorent. Ajoutons qu’ils manquent singulièrement de lucidité sur les croyances de nombre de ceux qui restent, qui ne sont pas aussi « sûres » et fondées qu’ils le pensent.

Ce qui est certain, en revanche, c’est que cette manière de considérer ceux qui s’en vont parce qu’ils ne trouvent plus dans l’Église catholique la nourriture dont ils ont besoin, ni l’élan du témoignage en direction de nos contemporains est le signe d’une grave maladie spirituelle, d’une profonde crise de la foi au cœur même de l’Institution. Ce n’est sans doute pas étonnant : on aurait tort de penser que ce qui s’est manifesté à travers la crise de la pédophilie n’est pas le signe d’un mal bien plus profond : celui qui pousse une institution à ne plus servir qu’elle-même.

Pas très réjouissant ? Certes. Mais cela ne veut pas dire que le christianisme n’a rien à dire ou qu’il n’a pas sa place dans ce monde. Bien au contraire, il ne m’a jamais semblé plus pertinent qu’aujourd’hui. Il est temps d’inventer d’autres terrains pour le dire. Peut-être alors ces prélats trop sûrs d’eux-mêmes et méprisants retrouveront-ils la foi de leur jeunesse… Et nous serons heureux de voir leurs yeux se dessiller. Mais par pitié, qu’ils cessent de semer partout le découragement !

Desiderius Erasme

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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 12:31

Comment Erasme va-t-il voter ? C’est bien la question que je me pose. On a beaucoup entendu parler de « points non négociables » pour les catholiques… Pour ma part, il me semble qu’une telle approche est malvenue, parce qu’elle nous interdit de considérer l’ensemble de notre responsabilité quand nous votons, en focalisant le regard sur des questions certes importantes, mais qui ne sont qu’une partie des enjeux considérables de la situation présente.

Je renvoie volontiers les lecteurs de ce blog à la très intéressante interview que le théologien jésuite Christoph Theobald a accordé à Témoignage Chrétien dans le dernier numéro de cet hebdomadaire (vous pouvez l’acquérir en ligne sur le site : http://www.temoignagechretien.fr/). Ne protestez pas tout de suite en disant que TC est le dernier réduit des cathos de gauche. Témoignage chrétien est en train de revenir à l’intuition fondatrice du Père Chaillet, en novembre 1941 : offrir un outil de résistance spirituelle et de fraternité, pour permettre aux chrétiens de tenir leur place dans ce monde. Christoph Theobald explique qu’il faut que les chrétiens réinvestissent la politique, pour y faire l’expérience de la foi en l’autre, pour manifester qu’il y a un avenir possible, pour y accueillir les signes de la croissance de la vie…

Au terme de cette campagne électorale qui n’a pas été très enthousiasmante, il me semble que ce dont nous avons le plus besoin, c’est précisément de reconstruire cette confiance de la société en elle-même, cette confiance dans un avenir possible ensemble, cette confiance dans la richesse de notre diversité, formidable ressource si nous cessons de nous opposer les uns aux autres.

Certes, il n’y a pas de programme ni de candidat idéal. Néanmoins, il y a aussi des programmes et des candidats qui s’écartent de cet horizon de confiance et de fraternité.

Lesdits « points non négociables », qui touchent à des questions d’éthique, ne pourront pas trouver d’expression concrète dans une société qui ne retrouverait pas ce sens de la confiance mutuelle, du respect de l’autre, du dialogue. Pour faire face à des questions si délicates que la fin de vie, ou le désir d’enfant, il nous faut être capable d’écoute, d’échange, d’accompagnement. Tout ce qui serait simplement décrété ou asséné n’aurait aucune chance d’être compris ni efficace. Dans ces conditions, s’en tenir à ces points reste une position de principe qui se lave les mains des réalités difficiles.

Ne croyons pas que la question se borne à savoir pour qui nous allons voter dimanche. Il nous est demandé de savoir à quoi nous allons nous engager ensuite, pour prendre notre part de redressement de notre société, de la construction de l’avenir dont nous savons qu’il sera radicalement différent du passé, en raison des mutations économiques, technologiques et démographiques. Ces moments difficiles sont une chance, si nous savons conjuguer nos forces, nous mettre au service les uns des autres, et mettre en valeur ce qui est prometteur.

Je pense en particulier à la jeunesse, et en particulier à celle qui vit dans des conditions difficiles : l’énergie qui l’habite est grande, et il nous faut lui permettre de s’orienter positivement. La peur qui nous tétanise et qui a été si souvent brandie pendant cette campagne électorale est mauvaise conseillère. Le regard se focalise trop souvent sur des faits divers dramatiques qui occultent tout ce qui se fait ou ce qu’il est possible de faire. Le discours de la désespérance noie des réalités encore fragiles, mais riches de potentiel. Comme si nous voulions nous persuader que tout ne peut qu’aller de plus en plus mal. À force de le répéter, nous créons les conditions de l’échec…

Je crois fondamentalement en une société ouverte : l’échange entre l’intérieur et l’extérieur est le principe essentiel de toute vie. Il est inutile de rêver à une fermeture étanche de nos frontières, c’est un leurre absolu, nous ne vivons déjà plus dans le simple espace de la géographie physique, tant les flux de tous ordres circulent autour de la planète. L’avenir ne sera pas autre que fait de métissage, de mobilité, de transversalité, d’échanges. C’est déjà notre présent et nos enfants y vivent très naturellement, souvent disposés à étudier ou à travailler à des milliers de kilomètres de leur famille. Plutôt que nous calfeutrer, il vaut mieux chercher à organiser, moduler, faciliter et réguler ce mouvement. C’est pour cela qu’en dépit de toutes ses limites, l’Europe est une nécessité indispensable. Ce continent n’est pas, contrairement à ce que l’on raconte, simplement vieillissant et hors-jeu : il peut être le laboratoire du monde qui vient. C’est un défi à relever, et nous en avons les moyens matériels, culturels et spirituels.

Comment donc Erasme va-t-il voter ? Pour ce qui divise le moins, pour ce qui espère le plus dans la mise en œuvre des responsabilités et des potentiels de chacun, pour ce qui brandit le moins la menace d’un monde effrayant, pour ce qui ne promet pas de remède miracle mais nous appelle à retrousser nos manches, pour ce qui n’oppose pas les uns contre les autres, pour ce qui croit que l’avenir reste ouvert.

À vous de choisir

Amicalement

Desiderius Erasme

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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 20:27

Dans le journal La Croix daté de mercredi 18 avril, en page 27, Geneviève Commeau, théologienne, enseignante au Centre Sèvres et membre du Conseil des évêques de France pour les relations interreligieuses rapporte que des membres de la Fraternité Saint-Pie X ont perturbé bruyamment une rencontre interreligieuse dans la Paroisse Saint-Léon, le 27 mars dernier, en déclarant qu’il était « inutile d’entendre ce qu’un rabbin ou un musulman va dire ». Cet incident n’est pas unique. Geneviève Commeau, connue pour sa modération et son sens de la mesure, note que plusieurs réunions de cette nature ont été troublées par des groupes de la mouvance de Mgr Lefebvre. Si c’est ainsi que doit se passer la réintégration des intégristes, cela augure mal de leur manière de pratiquer la « communion ecclésiale » que l’on entend restaurer. C’est une parfaite illustration de la manière dont je concluais mon texte précédent, en m’inquiétant des dangers d’une fausse réconciliation. Il y a tout lieu de croire que si la réintégration a lieu – ce qui n’est pas encore fait – ce genre de « pression » va se multiplier, car ces individus vont s’imaginer qu’ils sont ainsi légitimés dans leur violence.

Je crains malheureusement qu’à Rome on fasse peu de cas de ce genre de réalité de terrain. Je crains aussi que cela ne contribue à donner un bien piètre visage de notre Église pour ceux qui la regardent de l’extérieur. Si la nouvelle évangélisation tourne ainsi à la bataille de chiffonniers, les « laïcards » vont se frotter les mains… Et ceux qui sont indifférents, plus nombreux, trouveront des raisons de regarder ailleurs, que vers des catholiques qui donnent ce triste spectacle. Je ne suis pas sûr que le schisme aura disparu, mais certain que nous aurons le scandale, et que nous mettrons la lumière de la Bonne Nouvelle sous le boisseau. Ce sera une triste manière de vider de sens les mots de miséricorde et d’espérance que certains répètent à l’envie pour nous expliquer que « tout va bien Madame la Marquise ».

Desiderius Erasme

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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 23:46

La nouvelle est tombée aujourd’hui, comme le titre La Croix : « La fraternité Saint-Pie X accepte la main tendue du pape ». Voilà un énoncé qui doit paraître bien obscur à la plupart de nos contemporains davantage préoccupés par ce que nous réserve l’avenir au plan économique ou écologique, par les milliers de morts qu’égrène la répression féroce menée en Syrie par Bachar al-Hassad. En d’autres termes, les intégristes qui avaient suivi Mgr Lefebvre dans son refus du concile Vatican II n’ont pas rejeté radicalement le Préambule doctrinal que Rome leur avait présenté en préalable à leur réintégration. Il est difficile de savoir exactement la nature et l’ampleur du pas qu’ils ont fait, et le Vatican doit examiner en détail le contenu de cette réponse avant de dire si elle est suffisante pour considérer que l’unité brisée est retrouvée. Ce préambule ayant été tenu soigneusement secret, rares sont ceux qui sont en mesure de dire ce que Rome était disposée à accepter comme concession pour mettre fin au schisme. De toute façon, il semble que c’est à petite dose que l’on va nous faire avaler la chose, étape par étape, comme si la Curie inversait la vieille méthode du salami, inventée par Staline, qui éliminait l’opposition par tranche successive : cette fois-ci, c’est par petites tranches qu’on veut faire avaler ce saucisson pas casher, si l’on se souvient que l’intégrisme flirte dangereusement avec le vieil antisémitisme chrétien qui a fait tant de ravages.

Se réjouir…

D’aucuns se réjouissent déjà, et bruyamment, de la fin du schisme. Il semble que l’on s’en félicite d’autant plus bruyamment que l’on est traditionaliste ou intégriste – sur l’air de « Rome revient enfin à la raison et ne peut pas se passer de nous ». On s’en félicite aussi, plus modestement, lorsque l’on est en charge de l’Institution, à Rome ou à la tête d’un diocèse ou d’une grande paroisse… Comment ne pas se réjouir du retour du fils prodigue à la maison ? dit-on.

On sent que la presse catholique française marche sur des œufs. À La Croix, on fait contre mauvaise fortune bon cœur, avec prudence… Il est vrai que la délation est une pratique désormais si courante parmi les catholiques, qu’on évite d’être pris en défaut de n’être pas dans la ligne du Saint-père. À La Vie, qui a fait d’un papisme presque sans nuance sa ligne éditoriale, on évite d’afficher un air parfaitement ravi, en se souvenant que cette démarche en vue de la réintégration avait commencé par un pataquès en janvier 2009, avec les déclarations négationnistes de Mgr Williamson, un des prélats de la fraternité : il n’est pas réjouissant de voir « revenir au bercail » quelqu’un qui tient de tel propos et tant d’autres de la même eau. À Famille chrétienne, on célèbre le désir d’unité du pape et les « bienfaits de l’obéissance » : ce qui importe, c’est que tout rentre dans l’ordre et que les moutons soient bien gardés…

… ou pas

Cette affaire n’est pourtant pas réjouissante. La vision de l’Église et du monde que portent la Fraternité Saint-Pie X et ses épigones est passéiste et sectaire ; il suffit de circuler sur les sites web qui la relaient sur internet pour s’en rendre compte. Elle est portée par une conception de la vérité en forme de citadelle, par un profond mépris pour le monde, par une vision manichéenne et pélagienne de la foi et enfin par une idée de la tradition marquée par le ritualisme et le refus de la modernité (en fait de tradition, il s’agit surtout de revenir au visage de l’Église qui précédait Vatican II, bien plus qu’à la grande et profonde Tradition qui s’est développée depuis les premiers siècles de l’Église). Or ceux qui portent cette vision n’ont guère montré l’intention de la remettre en cause : ils sont au contraire persuadés qu’ils pourront bientôt largement l’imposer à tous les autres, et convaincus que ces autres qui ont voulu avancer sur les voies ouvertes par Vatican II sont dans l’erreur.

Cette « réunification » a tout du mariage de la carpe et du lapin, et il y a fort à parier qu’elle va donner lieu non pas à une pacification, mais à une montée des tensions dans l’Église, et tout particulièrement dans l’Église de France. On a vu la manière dont les émules de la Fraternité sont intervenus, avec un art consommé de la manipulation et de la désinformation, à propos d’œuvres d’art et de pièces de théâtre qu’ils ont dénoncées comme scandaleuses et sacrilèges. On a vu, comment à cette occasion, ils ont en quelque sorte imposé leur agenda aux évêques français incapables de trouver la parade, puisque quand ils ne suivaient pas le cortège des protestataires depuis le début, ils ont fini par plier devant la pression en organisant à Notre Dame une veillée de prière qui s’apparentait à une condamnation douce des œuvres visées… Une manière de donner quitus sur le fond aux excités, tout en faisant semblant de s’offusquer de leur violence.

Faiblesse

Sous prétexte d’unité, l’Église catholique fait preuve de faiblesse. Elle défend mal les choix qu’elle a faits à Vatican II, dont il est pourtant évident qu’ils ont pour une bonne part anticipé les évolutions du monde et de la société. Le rejet de l’antijudaïsme, le combat pour la liberté religieuse, la collégialité, et la perception fondamentale, manifestée dans Gaudium et Spes, que l’engagement des fidèles dans le monde était l’un des enjeux majeurs de l’évangélisation – ce qui remet en cause une conception cléricale et verticale de l’Église – sont des points centraux et névralgiques pour l’avenir de la présence chrétienne dans le monde. On peut y ajouter évidemment les véritables retrouvailles entre le peuple et la parole de Dieu… Bref, les outils ont été posés pour une nouvelle intelligence et une nouvelle transmission du dépôt de la foi. Certes, ce dépôt ne change pas, il participe de l’éternité de Dieu, mais la manière dont il se livre, dont il s’exprime, est en perpétuel renouvellement, en perpétuelle actualisation. L’éternité n’est pas l’immobilisme, mais bien plus profondément la vie… C’est ce que les tenants de l’intégrisme et du traditionalisme le plus étroit ne veulent pas entendre. C’est pourtant ce que le Christ nous commande de garder et de transmettre.

L’Église catholique fait preuve de faiblesse, comme un père faible cède au caprice de son fils ou de sa fille qui ne veut pas grandir et voudrait en rester aux hochets de son enfance. En cherchant une unité de façade, elle manifeste qu’elle ne croit pas assez à la force qui l’habite, à la vérité de l’Évangile. Rappelons que la considération que les tenants de la Fraternité Saint-Pie X ont toujours eue pour Charles Maurras, pilier de l’Action Française, qui préférait l’Église – facteur d’ordre – à l’Évangile – germe d’anarchie…

Le souci de l’unité mis en avant par ceux qui se précipitent pour se réjouir semble à géométrie variable : comment prétendre que l’on met heureusement fin à un scandale en réintégrant les lefebvristes, alors que l’on tolère parfaitement que nous soyons séparés de nos frères orthodoxes et protestants, alors que sur bien des points la fraternité est plus grande avec eux qu’avec les futurs ex-schismatiques ? Le scandale n’est-il pas dans cette manière différente de sentir les urgences de l’unité ? Comment ne pas voir aussi que cette situation va encore creuser le schisme silencieux de ceux qui quittent nos communautés chrétiennes sans faire de scandale, parce qu’ils n’y trouvent pas de quoi nourrir leur foi ou de quoi la partager avec leur contemporain ? Comment ne pas voir que cette situation va conforter ceux qui considèrent que l’Église est décidément hors du monde, hors du temps, et que sa « cuisine interne » l’occupe davantage que les urgences contemporaines ? Ce ne sont pas les quelque 500 prêtres de la fraternité qui suffiront à boucher les trous à un moment où la démographie ecclésiastique va nous mettre devant la réalité du fait que nous n’avons pas su discerner les vocations qui existaient dans nos communautés, attachés que nous étions à des formes passées. Ce ne sont pas ces prêtres soucieux de soutanes, d’autorité à l’ancienne, de latin qui vont trouver les mots qui traduiront dans le langage d’aujourd’hui les motions de l’Esprit dans le cœur des hommes. En réalité, ce « retour » va conforter l’image d’une institution qui s’accommode de sombrer en Europe, aussi inexorablement que le Titanic, occultant les véritables ressources que le souffle de l’Évangile est capable de mettre en œuvre parmi les peuples qui sont encore aujourd’hui parmi les rares à défendre la démocratie dans le monde. Mais il est vrai que les intégristes ne voient pas la dimension évangélique de la démocratie…

Le risque de s’aveugler

Je ne doute pas une seule seconde du don que le Père ne cesse de faire au monde qu’il a créé, don de vie qui ne se repend pas. Je ne doute pas une seule seconde que le Christ livre toujours sa vie pour que le monde ait la vie en plénitude. Je ne doute pas une seule seconde de la force libératrice de l’Évangile, et de la puissance de l’Esprit. Mais je crains en revanche que notre Église aujourd’hui soit comme ces pharisiens qui disaient « nous voyons », mais ne voulaient pas voir l’impasse dans laquelle ils entraînaient le peuple. « Malheur à vous, docteurs de la Loi, disait Jésus, vous avez pris la clé de la connaissance et vous n’êtes pas entrés vous-mêmes, et ceux qui voulaient entrer vous les en avez empêchés. » (Luc 11, 52)Comment se fait-il que nous tardions tant à rouvrir les portes de l’Église à tous ceux qui ont tant soif de liberté, de vie, de justice, de miséricorde, à tous ceux à la rencontre duquel Jésus de Nazareth n’a cessé d’aller, les publicains et les pécheurs, les prostitués et les lépreux… Comment se fait-il que nous mettions la foi sous le boisseau ? Que nous la réduisions à des discours qui ne parlent plus à la plupart de nos contemporains et qui ont si peu de rapport avec la vie réelle ?

Je peux certes comprendre le désir du pape de rassembler les catholiques et de permettre à ceux qui le souhaitent de revenir dans le giron de l’Église. Il ne saurait être question de refuser de recevoir dans la maison commune le frère qui revient à la vie. Mais je me méfie de l’illusion d’un faux retour : il faut être lucide et dominer nos émotions, nos envies de « guérison » à moindre frais, accepter de souffrir nos insatisfactions – oui cette séparation est douloureuse, oui ce refus du concile par une partie de nos frères nous fait mal –, plutôt que d’accepter des solutions « rapides » et hasardeuses. Rappelons cette parabole : « Lorsque l’esprit impur est sorti d’un homme, il parcourt les régions arides en quête de repos ; comme il n’en trouve pas, il se dit : “Je vais retourner dans mon logis, d’où je suis sorti.” A son arrivée, il le trouve balayé et mis en ordre. Alors il va prendre sept autres esprits plus mauvais que lui ; ils y entrent et ils s’y installent ; et le dernier état de cet homme devient pire que le premier. » (Luc 11, 24-27). Remplacez le mot « homme » par Église, et vous aurez une idée de ce qui pourrait bien se produire, si nous nous accommodions d’une fausse réconciliation…

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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 19:37

Chers amis,

En guise de présent pour Pâques, cette citation d’un livre qui donne beaucoup à penser. Elle me semble aller bien au-delà de son sujet (le rapport des Juifs à la Bible) et dire ce qui vaut pour nous dans notre propre rapport à l’Écriture, et à notre être en Église, assemblée réunit par celui qui est le Verbe vivant… Il y a là, me semble-t-il, de quoi réfléchir à la manière de nous ajuster de manière à transmettre ce qui nous est le plus vital. Je n’en dis pas plus, je vous laisse méditer

 

Lévinas a comparé la Bible à « un texte tendu sur une tradition comme les cordes sur le bois du violon ». Sous son apparente simplicité, l’image cache une vraie complexité. Le son (le sens) ne se donne(nt) à entendre (à comprendre) que de l’union dynamique des cordes (la Bible) et de la Tradition (le bois). Les cordes sans le bois ne sont rien. Le bois sans les cordes n’est rien non plus. Mais les cordes et le bois ne sont rien encore. Pour que le son résonne et qu’affleure le sens, il faut encore que le musicien accorde son instrument et joue. C’est de l’accord des cordes sur le bois, du jeu du musicien et de la maîtrise de son art que dépendent la justesse du son et l’harmonie des significations. Cet accord, ce jeu, cet art, le musicien ne l’a appris ni des cordes (simple lecture de la Bible), ni du bois de son violon (simple lecture des vestiges finalement écrits de la Tradition orale) mais d’un maître, et ce maître lui-même l’a appris de son propre maître, et ainsi indéfiniment, selon la généalogie ininterrompue d’une tradition vivante, inspirée, autorisée, qui les surplombe et les justifie tous : les cordes, le bois, le musicien, le maître et le maître du maître.

 

Jean-Christophe Attias, La Bible et les Juifs, Fayard, 2012

 

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