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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 22:20

Bonsoir,

Les éditions du Cerf ayant dernièrement publié une Encyclopédie des Mystiques Rhénans, il m’a paru intéressant de mettre mon nez dans Maître Eckart, pour en partager avec vous quelque enseignement.

Dans l’un de ses sermons, on lit ceci : pour être établi en Dieu, l’homme « doit posséder trois choses ». :

« La première c’est qu’il se soit renoncé lui-même, et qu’il ait renoncé à toutes choses (…). La seconde chose, c’est qu’il n’aime ni ce bien-ci, ni ce bien-là, mais qu’il aime le Bien d’où flue tout bien car aucune chose n’est agréable ni désirable qu’autant que Dieu est en elle. (…) La troisième chose, c’est que l’homme doit saisir Dieu dans sa substance pure et dépouillée en laquelle il se saisit lui-même dans sa nudité (…). C’est pourquoi ôtez de Dieu tout ce qui l’enveloppe et saisissez-le en sa nudité, dans son vestiaire, sans rien qui le couvre et dans sa pureté, tel qu’en lui-même. Ainsi vous demeurerez en lui ».

J’aime particulièrement cette invitation à ôter de Dieu tout ce qui le couvre… Autrement dit, pour connaître Dieu, il faut le « désimaginer » ! Cesser de s’en faire une image. Au diable les idoles, y compris celle de la religiosité.

 

Dans un autre sermon, Eckart dit encore ceci : « Dieu est une parole, une parole inexprimée ».

Autrement dit, pour connaître Dieu, il faut sans doute se garder de trop en parler…

Et donc, sur ce, je me tais, et vous laisse méditer.

 

Toutes mes amitiés.

Desiderius Erasme

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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 20:04

La "Charité Politique"

Un texte du groupe Parole

À quelques semaines de l’élection présidentielle française, il est bon de rappeler que la politique est le lieu par excellence où nous cherchons ensemble à discerner le bien commun et à le mettre en œuvre. S’il est nécessaire que cette recherche soit guidée par le souci de la justice, de la liberté et de la fraternité, cela ne suffit pas : tout se joue en effet dans l’écoute les uns des autres, dans le dialogue et l’expression respectueuse des points de vue. C’est ainsi, seulement, que nous pouvons trouver les chemins du vivre ensemble. Une telle attitude de dépouillement et de disponibilité est, pour les chrétiens, une manière d’être réceptifs au travail de l’Esprit et à l’accueil de « celui qui vient ».

C’est d’autant plus nécessaire que les problématiques, les solutions et les modèles qui ont prévalu à un moment ne sont pas nécessairement adaptés dans d’autres circonstances et qu’il faut donc sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier. De manière plus fondamentale encore, comme l’a expliqué le philosophe Claude Lefort, en démocratie le pouvoir est un lieu vide qui n’est plus occupé par un souverain qui incarnerait la transcendance et à ce titre déciderait du bien commun. Il n’y a plus d’aristocratie qui serait porteuse par nature des valeurs et en charge de les dicter ou de les faire appliquer. Si bien que la démocratie est par nature toujours inachevée et en débat.

La politique est donc le lieu d’une recherche permanente. Cette condition précaire est en elle-même spirituelle : elle nous invite à sans cesse nous tenir « en route », comme Abraham s’est lui-même mis en marche ; elle nous invite, comme l’ont fait les prophètes, à sans cesse mettre en cause ce qui produit de l’injustice, de l’asservissement, de l’idolâtrie, c’està-dire une réduction de l’humain à moins que lui-même dès lors qu’on le considère comme un outil, un objet, une fonction (consommer, produire…), etc ; elle nous invite enfin à inscrire cette recherche dans le temps, sans quoi il est impossible d’articuler les différences et les contradictions propres à toute société.

Nous sommes appelés à vivre cette recherche d’une manière qui soit une expérience de fraternité, afin qu’elle se diffuse dans la société tout entière, témoignant ainsi de Dieu en qui notre fraternité trouve sa source et son but. Ainsi, la politique peut-elle être considérée par les chrétiens, dont la vocation est de témoigner de la dimension transcendante de l’être humain, comme le lieu d’exercice par excellence de la charité : il s’agit de se faire le prochain des hommes et des femmes d’aujourd’hui dans les multiples dimensions de leurs existences. C’est en ce sens que Pie XI a pu dire : « le domaine de la politique… est le domaine de la plus vaste charité, de la charité politique, dont on pourrait dire que rien d’autre, en dehors de la religion, ne lui est supérieur. » L’espace public ouvre la charité à une forme d’universalité qui dépasse ses actions particulières en direction de telles ou telles personnes ou groupes de personnes. Cette ouverture sur l’universalité est de plus capitale à l’heure de la mondialisation, car il s’agit d’intégrer l’action politique nationale dans un ensemble toujours plus vaste. C’est évident en matière de migration comme en matière économique, écologique ou énergétique. À cet égard l’Europe s’affirme comme un espace de solidarité, et un outil de reconstruction d’une régulation face à la crise, alors que le niveau national est insuffisant.

Nous ne pouvons nous déterminer simplement en fonction de programmes ou de propositions de réformes ou de loi. Ce n’est pas non plus, même si c’est important, sur les seuls sujets éthiques ou sociétaux, indépendamment d’une manière de considérer la politique et l’exercice des responsabilités. La question se pose beaucoup plus profondément de savoir comment nous voulons être co-responsables de notre destin, comment nous voulons faire de la politique et comment nous voulons que la politique soit faite : c’est à partir de la manière de faire de la politique que se dessine notre vivre ensemble. Comment pourronsnous vivre et décider ensemble ? Telle est la question essentielle que nous devons nous poser face au choix qui nous est proposé.

En ce sens nous pensons que notre pays a fondamentalement besoin d’être rassemblé, pour raviver la confiance et le dynamisme qui lui font défaut. Cela passe par la justice sociale car elle rend possible la fraternité, par la solidarité car elle est la mise en œuvre de la fraternité, par le respect du plus faible et de l’étranger. Cela passe aussi, et surtout, par le fait de réapprendre à se porter et à se supporter les uns les autres, à partager les souffrances et les joies, pour progresser ensemble. Cela peut être tout le sens d’un engagement chrétien en politique, tout le sens d’un choix au moment de voter. Il ne s’agit pas de chercher à christianiser la société, mais de faire une expérience chrétienne de la politique.

Guy Aurenche, Jean-François Bouthors, Régine du Charlat, Laurent Grybowski, Monique Hébrard, Elena Lasida, Paul Malartre, Jean-Pierre Rosa, Gérard Testard.

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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 08:27

A lire sur le site de The Pariser, puisque dans la presse ordinaire et notamment catholique on en dit si peu au sujet de ce livre:

 

http://www.thepariser.fr/pedotti-cardinale/

 

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 08:32

Croire quand même, c’est le titre du livre d’entretien du père Joseph Moingt, jésuite né en 1915, qui témoigne d’une vive intelligence. Le livre est paru il y a déjà deux ans (Éd. Temps Présent), mais il n’a rien perdu de son actualité. Si vous ne l’avez pas lu, n’hésitez pas, c’est un ouvrage stimulant et riche, qui plaide la cause d’un christianisme ouvert, dynamique et confiant. Moingt n’est pas tendre avec l’Institution, même s’il ne croit pas à un christianisme sans Église. Il appelle surtout à la liberté pour retrouver le sens de l’Évangile.

« Le chrétien, écrit-il, voit le déclin présent de l’Église, qui se vide de ses fidèles et dont la foi déserte le monde, comme il lit la mort de Jésus : comme l’espérance et la promesse que les semences évangéliques, sortant de son enclos, vont se répandre dans le monde pour son salut. Seule, la foi nourrit cette espérance. Mais le fait que la foi ne meurt pas, malgré notre pauvre foi, qu’elle renaît sans cesse de nos doutes toujours renaissants, voilà qui soutient l’espérance du chrétien et lui donne l’assurance de sa victoire finale sur le mal et la souffrance. »

Je n’en dis pas plus, lisez vous-mêmes, si vous ne l’avez pas encore fait.

Sur un mode très différent, on retrouve une conviction voisine dans le dernier livre de Frédéric Boyer, Sexy lamb (Éd. POL). Le titre est emprunté à un poème du grand poète américain de la Beat Generation, Allan Ginsberg. C’est la figure de l’agneau que scrute Boyer, dans un ouvrage auquel il a donné le sous-titre suivant : « De la séduction, de la révolution et des transformations chrétiennes ». Boyer vient renverser quelques « idoles », pour rappeler que la foi chrétienne est une aventure qui nous confronte à la fragilité, à l’incertitude, et qu’il ne faut pas se hâter de s’en dégager. Il s’agit de ne pas perdre de vue que dans la foi chrétienne, Dieu se dépouille des attributs de la divinité pour se faire homme, dans toutes les conséquences de cette humanité. Il est tentant de vouloir faire l’impasse sur cet incroyable kénose.

« Croire, écrit Boyer, ne devrait jamais signifier que je me mette dans l’état d’esprit qu’une chose que je tiens pour impossible peut arriver. Mais plutôt exiger d’opposer à l’impossible tout le réel comme contradiction. De toute évidence, croire ne peut être possible qu’en acceptant les coups, les épreuves qui nous conduisent au bord le plus vacillant de l’existence. » Pas de pensée magique donc, qui viendrait recouvrir l’incertitude. Il faut plutôt accepter de traverser l’épaisseur de l’existence, avec tous ses linéaments, sans essayer de faire du christianisme « une officine de défense des valeurs quelles qu’elles soient : la famille, la vertu, la fidélité, la bonté, l’humanisme… » En effet, rappelle l’écrivain, Dieu a choisi les faibles, les rejetés pour confondre les forts, les puissants. Il n’y a pas là de quoi tirer gloire pour soi-même.

On l’a compris, le livre de Frédéric Boyer est décapant. Son écriture fortement poétique peut dérouter parfois. Mais elle propose au lecteur le même inconfort fécond que celui qu’il trouve dans la figure de l’Agneau. À lire…

Desiderius Erasme

 

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 08:31

Je voudrais saluer ce matin le geste accompli mardi soir, 7 février, à Rome, dans l’église Saint-Ignace, à l’occasion du colloque organisé à l’Université grégorienne sur les abus sexuels dans l’Église. Pour la première fois, une démarche pénitentielle spécifique a été organisée. Il ne s’agit plus d’une simple demande de pardon « verbale », mais d’un acte profond d’humilité, par laquelle l’Église, à travers ses responsables, reconnaît sa part de culpabilité, notamment par le silence dont elle a trop longtemps entouré ces affaires, et parfois même par la dissimulation. À juste titre, elle ne demande pas pardon pour les actes de pédophilie eux-mêmes, qui relèvent de la culpabilité de ceux qui les ont commis. Et naturellement, cette démarche pénitentielle n’exonère personne de l’exigence de justice qui doit être satisfaite.

Cela peut sembler peu de chose, pourtant c’est très important, puisqu’il s’agit de reconnaître devant Dieu, comme devant les hommes, les fautes qui ont été commises, la Parole qui a été trahie. C’est se rendre disponible à une vraie conversion, et se préparer à une réparation. Naturellement toutes les conséquences de ce geste doivent être tirées, de façon en ne pas encourir le reproche que l’on lit dans l’Écriture « ce peuple m’honore des lèvres… ». Mais cela peut-être un véritable point de départ et point d’appui pour revenir vers une attitude qui non seulement soit juste, mais puisse ensuite être source de vie, alors que l’on a trop longtemps fermé les yeux devant des situations qui sont de véritables meurtres de l’âme. Ce qui se joue, c’est ce que nous disons en conclusion du Notre Père : « Délivre-nous du mal ». Cet acte de pénitence est une étape pour que nous soyons libérés des liens dans lesquels le mal commis nous enserre, afin que nous puissions de nouveau être porteurs de la Parole libératrice.

Comprenons que cette démarche nous concerne tous : nous partageons la responsabilité, non pas des actes eux-mêmes, mais du silence et de l’indifférence qui ont trop souvent entouré ces situations.

Desiderius Erasme

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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 21:54

Pedotti-bataille.jpgCe fut sans doute, si l’on excepte les deux premières guerres mondiales, le premier événement majeur de la mondialisation. Le concile voulu par Jean XXIII en 1959, clos par Paul VI en 1965. Nous allons fêter, en octobre de cette année, le cinquantième anniversaire de son ouverture.

Le livre que vient de signer Christine Pedotti – La Bataille du Concile, Plon, 576 p, 24,50 euros n’est certes pas le premier, mais il est rare en son genre : il ne traite pas d’abord des textes produits par Vatican II, ni de leur réception, mais de l’événement en lui-même. Elle le raconte, après avoir lu et disséqué les récits et les journaux qu’en ont faits les participants, à chaud, au plus près de leurs impressions directes, premières, en se posant la question suivante : comment l’ont-ils vécu ? Avant d’être une affaire de doctrine et de théologie, le concile est, on l’oublie souvent, une histoire d’hommes et c’est, en ce sens, une histoire de foi bien plus que de savoir et de mots.

On s’embarque dans la lecture comme pour une longue traversée en mer agitée. Mais disons-le tout de suite, le talent de l’auteur fait qu’on n’a pas envie d’en perdre une miette. Surtout, d’entrée de jeu, on découvre que toutes les questions majeures qui agitent notre Église aujourd’hui sont là. Que les données de la crise que connaît le catholicisme en Occident, sont posées au moment où démarre la première session là. Non pas qu’elles trouvent leur source dans le Concile, mais que le Concile a tenté d’y répondre, et que des courants puissants et contradictoires l’ont traversé à ce sujet. À ceux qui sont tentés de penser aujourd’hui que les Pères conciliaires se sont fourvoyés – ce qui fut l’opinion de Mgr Lefebvre, mais aussi d’une bonne partie de la Curie – ce livre répond que c’est plutôt le fait que le Concile, et surtout Paul VI soit resté à mi-chemin qui explique la désaffection d’une bonne part de nos contemporains à l’égard du christianisme et de l’Église, alors qu’à l’époque l’intérêt était intense.

Qu'est-ce que la vérité?

L’un des débats immédiats et centraux portait sur le rapport entre l’Écriture et la Tradition. Il demeure extrêmement vif aujourd’hui, dans le débat avec les intégristes et les traditionalistes, mais il se prolonge dans le type d’usage qui est fait de la Parole, souvent instrumentalisée pour confirmer des positions morales ou spéculatives, sans que nous ayons encore vraiment pris la mesure que la Parole est la personne même du Verbe, qu’elle est vivante et dialoguante, qu’elle ne cesse de produire du sens nouveau si nous nous y exposons, si nous nous laissons travailler par elle en même temps que nous la travaillons.

Autre question majeure, celle que pose Pilate dans l’évangile de Jean : « Qu’est-ce que la vérité ? » Pour une partie des Pères conciliaires – la frange conservatrice – la vérité, c’est un corps de doctrine qu’il s’agit de défendre, car toute atteinte à la construction dont ils sont en charge risque de la déséquilibrer. La vérité, de ce point de vue, c’est moins une personne (Jésus qui affirme : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ») et un mouvement qu’un édifice. Dans cette perspective, le monde se divise selon qu’il est conforme ou non à cet édifice intellectuel qui dit le bien et le mal, la vérité et le péché. Ce discours est celui qui vient encore souvent de Rome.

Pourtant la majorité des Pères conciliaires, au terme de l’expérience rude qu’ils venaient de vivre, frottant leurs opinions diverses les unes aux autres, confrontant leurs désaccords, avaient fait l’expérience d’une vérité qui certes était une en Jésus Christ, mais ne cessait de se révéler, si bien que la question était posée de témoigner de comment elle se disait dans le monde en un temps donné. La vérité s’incarne, tel était bien la conscience dont témoignait le Concile, elle se risque, et elle ne craint pas d’aller à la rencontre des hommes. Plus encore, le rapport au monde qui se dessinait dans la volonté de Jean XXIII était marqué par la reconnaissance de l’œuvre de Dieu dans toute sa création. Par conséquent, l’idée d’un partage, d’une séparation entre le monde de la vérité et celui du péché était singulièrement remise en question… On voit bien qu’aujourd’hui, dans le catholicisme contemporain, il n’est pas besoin d’aller vers les marges les plus conservatrices pour entendre malheureusement un discours absolutiste, qui dénonce, comme le faisait déjà la Curie, le relativisme, le matérialisme, l’hédonisme… et certains mêmes, la démocratie.

La peur ou l'amour?

On voit aussi comment autour de la question de la personne de Marie, se noue un rapport à la foi pour le moins ambigu. En effet la bataille menée par les « maximalistes » instrumentalise la personne de la mère de Jésus pour faire prévaloir la Tradition sur la Parole – tant il est difficile de fonder scripturairement la « mariologie » et surtout la « mariolâtrie » qui aboutit à proclamer Marie « médiatrice » en lui appliquant un qualificatif qui définit la personne même du Christ. Non sans rapport avec cette vision de la « Vierge », c’est aussi l’approche de la sexualité qui apparaît comme terriblement problématique, et l’on comprend bien pourquoi on aboutira a l’impasse d’Humanae Vitae, qui donnera à tant d’hommes et de femmes le sentiment que décidément l’Église ne comprend rien à ce qu’ils vivent intimement.

Au fond, toute la dialectique à l’œuvre dans le Concile Vatican II ainsi raconté à hauteur d’homme est celle qui balance entre la peur et l’amour, entre l’angoisse et la foi. Quand on referme le livre de Christine Pedotti, on est loin de la légende irénique du coup du Saint Esprit qui aurait, à l’exception de quelques grincheux irascibles comme Lefebvre, transcendé les différences. Certes le Saint Esprit était là, mais il s’est frayé son chemin dans les passions humaines, et pas seulement malgré elles, mais avec elle. Il a œuvré, comme toujours, dans la complexité, sans transformer le monde des hommes en un irréel monde des anges. Et il nous laisse le travail à parachever, puisqu’il faut encore et toujours se risquer dans l’aventure de la foi, pour pouvoir dire comme le patriarche Jacob à Bethel, « Dieu était là, et je ne le savais pas ».

La théologie de l’événement conciliaire lui-même reste à faire, qui viendrait compléter celle, en cours, de sa réception. Le livre de Christine Pedotti nous dit que s’est noué là un événement majeur pour notre monde, mais qu’il reste à saisir. Ce ne sont peut-être pas tant les textes qui importent, même s’ils marquent des tournants, des débuts, des renversements, que l’expérience que le Concile révèle, comme signe de Dieu. En se rappelant que lorsque Jacob dit que Dieu était là, il se remet en route… Il s’agit de considérer l’événement comme Parole, bien plus que comme texte(s), en définitive.

Vous avez compris, c’est un livre à lire d’urgence. Bonne lecture

Desiderius Erasme

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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 17:08

Je vous avais parlé du rabbin Shapiro dans un message précédent.Voici une brève présentation du livre que Catherine Chalier lui a consacré (parue dans Témoignage Chrétien) :Une lumièredans le ghetto 

 

Les commentaires bibliques du rabbinShapiro, resté avec les siens dans le ghettode Varsovie et mort en 1943, interrogentaussi la conscience chrétienne.Jean-François Bouthors

Le rabbin Kalonymus Shapiro avait fondé à Varsoviela plus grande yeshiva (maison d’étudede la Torah) hassidique de l’époque. Ayant choiside rester auprès de ceux dont il avait la charge, il n’acessé d’enseigner dans le ghetto de Varsovie, s’interrogeantsur le sens de ce qui se passait. Il est morten 1943.La philosophe Catherine Chalier retrace son itinérairespirituel et publie une sélection de ses commentairesbibliques, retrouvés après la guerre. Celivre bouleversant répond à la question posée parÉlie Wiesel, dans La Nuit, lorsque ce dernier s’interrogesur le silence et l’absence de Dieu à Auschwitz.Kalonymus Shapiro qui, peu à peu, a abandonné l’idéequ’Israël payait ainsi ses propres infidélités, finit paraffirmer depuis le ghetto : c’est Dieu lui-même quisouffre avec ses enfants. Un propos qui fait écho auxécrits d’Etty Hillesum qui n’exige rien de Dieu maisveut lui venir en aide au milieu de la détresse humaine.

Ce livre, riche d’enseignements sur la prière et la nécessitéd’étudier la Torah, ne peut manquer d’interrogerles chrétiens: les enseignements du rabbin Shapiroravivent le sens de nombre de paroles de l’Évangiletant la proximité est grande entre son cheminementspirituel et le témoignage de Jésus jusqu’à sa Passion.Écrire cela, ce n’est pas « christianiser » ce maîtrespirituel juif, mais interroger la densité de la compréhensionque nous avons de l’Évangile et retrouverle sens de ce qui nous relie à la foi de nos « aînés ».Au fil des pages, on comprendra que ce livre est unpur diamant.

Kalonymus Shapiro, rabbin au Ghetto de Varsovie,Catherine Chalier, Artfuyen, 168 p., 12

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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 20:50

Le thème de Job est inépuisable, mais on a pu voir récemment aux Ateliers Berthier du théâtre de l'Odéon une pièce de l'auteur juif Hanokh Levin particulièrement décapante sur le sujet. Levin, décédé en 1999 était né dans une famille hassidique pratiquante forte d’ancêtres qui avaient été de prestigieux rabbins. Dans Les Souffrances de Job, Levin pousse à l’extrême sa lecture, pour faire tomber toutes les images pieuses et rassurantes qui servent à nous protéger de ce que le livre a de dérangeant.

D’abord, il met en question la justice de Job et sa piété. Ce n’est pas qu’il doute de la sincérité de Job, mais, demande-t-il, en quoi cette sincérité lui permet-elle de comprendre vraiment ce que vivent les miséreux auxquels il fait l’aumône ? Cette générosité n’offre aucune connaissance du malheur qu’elle surplombe, puisqu’elle n’expose pas Job à la souffrance de ceux qu’il aide en leur partageant les reliefs de ses festins. Question on ne peut plus actuelle sur la vraie nature de la solidarité. Question fortement politique. Il ne suffit pas que les riches donnent de leur superflu pour être solidaire. Rappelez-vous dans l’évangile, la louange que Jésus fait de la veuve qui vient verser ses trois piécettes dans le trésor du Temple : il célèbre le fait qu’elle s’est privée de ce dont elle avait besoin. Voilà la vraie solidarité.

On connaît le livre de Job : l’épreuve qui frappe le juste ruine la théologie de la rétribution. Le malheur n’est pas nécessairement le fruit amer de la faute, même si l’injustice conduit souvent au malheur. Mais Levin va plus loin en signifiant que nous ne savons pas, en définitive quelle est la foi de Job. Comme Job ne sait pas finalement pourquoi le malheur s’est abattu sur lui, le privant d’abord de ses biens, puis de ses enfants, puis le frappant dans sa propre chair, le spectateur ou le lecteur ne sait pas fondamentalement ce que Job pense finalement de Dieu, quand bien même, supplicié, il crie que Dieu n’existe pas. La question, telle que Levin l’aborde n’est pas là, mais plutôt du côté de la mort. L’auteur se tient à distante de la lecture usuelle de la fin du livre de Job, comme s’il voulait éviter le piège tendu par le rétablissement de Job dans ses biens – le retour à la « situation antérieure », d’avant l’épreuve, Dieu se « rachetant » en doublant la mise, y compris pour les enfants. Mais les enfants morts pourraient-ils être si facilement remplacés ?

La pièce s’achève sur un Job supplicié, entouré de toute la troupe réduite à l’état d’êtres mortels et misérables. La finitude, à l’état pur, à laquelle nul n’échappe. Pas de « happy end » rassurant : la condition mortelle qui frappe non seulement Job et ses amis, mais aussi tous ceux qui auront fait de sa souffrance une source de puissance ou de richesse en l’instrumentalisant. Dès lors qu’en est-il de Dieu ? Rien de dicible… Levin nous ramène à l’apophatisme – à la théologie négative –, et en juif tenace, maintient l’interdit de toute représentation, y compris mentale, de l’Éternel. Sur la scène, la seule figure en position transcendante est finalement celle de la nudité d’un Job qui agonise. Le lien avec la Passion est évident. En Job, comme en Jésus, c’est bien Dieu qui meurt, et Levin nous invite à ne pas déchirer cet acte de décès. Que reste-t-il de Dieu, quand Dieu meurt ainsi ? Ne revenons pas trop vite à la « situation antérieure », et rappelons-nous que le premier signe de la résurrection, c’est le tombeau vide : l’absence !

Et pour une présentation complémentaire de la pièce, permettez-moi de vous renvoyer à cet article du site The Pariser http://www.thepariser.fr/job-au-vitriol/

Amicalement.

Desiderius Erasme

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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 09:33

Chers amis,

Merci à ceux qui ont pris la peine d’essayer de répondre à la petite devinette que je vous avais suggérée. Je ne vais pas contredire ces réponses, elles ont toutes leur intérêt, leur richesse, et dans la manière dont elles se complètent, dont elles jouent les unes avec les autres, quelque chose transparaît de Dieu. Vous le savez peut-être, mais dans le livre de l’Exode, au moment où Moïse reçoit la Torah de Dieu sur le mont Sinaï, il est écrit littéralement que les Hébreux qui attendaient Moïse « virent les voix » (Exode 20, 15). Expression étrange que l’on peut commenter de multiples manières. Pour ma part et pour aujourd’hui je retiendrai que le pluriel des voix (remarquez que Dieu n’a pas une voix, mais des voix – et il ne s’agit pas simplement de la voix de Dieu plus celle de Moïse) donne quelque chose à voir de Dieu. Eh bien, dans ce petit échange auquel nous nous sommes livrés, nous pouvons entrevoir quelque chose de celui dont nous croyons qu’il nous donne la vie. Et nous savons bien en même temps que nous n’en voyons pas tout, que nous n’avons pas fait, bien évidemment le tour de la question. Nous pourrions poursuivre ainsi l’échange et l’étude. C’est bien d’ailleurs ce que nous devrions faire les uns et les autres avec ceux qui nous sont plus immédiatement proches, afin de nous ouvrir et de nous enrichir mutuellement, dans une expérience de curiosité et de disponibilité. La Parole prendrait assurément une dimension plus vive et plus communicative.

À mon tour donc d’apporter ma pierre à cette petite séance d’études que nous aurons partagée par ce bel outil qu’est internet. Je vous avais posé cette question à partir de la lecture du livre sur le rabbin Kalonymus Shapiro. Cette question m’était venue à l’esprit à partir d’un commentaire que propose ce rabbin à partir du fait qu’après avoir « vu les voix », les enfants d’Israël eurent peur, et préfèrent se tenir au loin, de crainte de mourir, laissant à Moïse le soin de prendre le risque de s’approcher de Dieu. Ils se contenteront de la voix de Moïse. Cette crainte prête à Dieu une toute puissance si grande qu’elle en serait dévastatrice, presque à son insu. Pour commenter cette situation, le rabbin Shapiro cite Rachi, grand maître spirituel juif, rabbin du xiesiècle, qui enseignait à Troyes, où il gagnait sa vie comme vigneron. Que dit Rachi ? Il interprète la réponse de Moïse au peuple : « Soyez sans crainte, c’est pour vous mettre à l’épreuve », en la traduisant ainsi : « Vous ne matérialisez pas Dieu, vous vous élevez vers Lui, et vos formes corporelles et vos visions s’en trouvent sanctifiées ».

J’aime beaucoup cette expression : « Vous ne matérialisez pas Dieu. » Rappelons-nous tous ces passages de l’Écriture qui s’en prennent à ceux qui adorent des idoles de bois qui ne parlent pas et n’entendent pas, et qui dénoncent la morbidité de cette croyance idolâtrique. En disant « Vous ne matérialisez pas Dieu », Rachi signifie donc « Vous ne ramenez pas Dieu à la condition de bois ou de pierre d’une idole ». Autrement dit vous n’en faites pas un objet sans vie.

Nous savons que quelques très rares personnages des Écritures rencontrent Dieu face à face, ou son ange (ce qui est une manière indirecte de dire la présence même de Dieu). Isabelle, dans son commentaire, rappelle à juste titre le cas de Jacob, qui se bat toute la nuit avec l’ange, auquel il demande son nom – il ne le connaîtra pas – et qui se trouve finalement nommé par lui : « On ne t’appellera plus Jacob mais Israël, parce que tu as lutté avec Dieu et avec les hommes et tu l’as emporté. » Nous pouvons en conclure qu’il est parfois possible de voir Dieu. Ce qui est en cause, c’est sans doute non pas le fait de voir Dieu, mais la manière de voir. La vision a ceci de problématique qu’elle est captivante. Elle fixe notre imagination, et finalement souvent enferme les choses. Nous avons du mal à voir au-delà de ce que nous avons vu une fois. Pour revenir au Sinaï, ce que voient les enfants d’Israël, ce n’est pas, paradoxalement, du visible, mais de l’audible : ils voient… les voix ! Cette vision-là n’enferme pas, parce que l’audible ne se laisse pas par définition enfermer dans la vision… Ils ne peuvent pas comme dit Rachi « matérialiser » les voix.

Quel rapport avec la mort ? C’est tout simple et finalement évident : si en voyant Dieu nous en figeons la représentation que nous en avons, si elle n’est plus discutable (j’ai vu, donc je sais), nous réduisons Dieu à une idole, nous annulons sa vie même, en le ramenant à un objet en la contenant dans une représentation (fût-ce celle du « grand architecte de l’univers »), alors que Dieu échappe à toute représentation. Dès lors nous ne pouvons pas recevoir la vie de cet objet qui n’en a pas, et nous nous fermons à la vie que Dieu ne cesse de nous donner autrement. Mais si nous ne recevons pas la vie de Dieu, nous sommes déjà morts, quand bien même nous pensons vivre et maîtriser notre vie.

Voilà me semble-t-il pourquoi nous ne pouvons voir Dieu sans mourir, à moins que Dieu ne nous fasse la grâce de « voir les voix ». Ne pensez pas que c’est une grâce si rare. Celui qui étudie avec d’autres la Parole en bénéficie tous les jours. Et pour conclure sur un passage de l’Évangile, rappelez-vous dans la guérison de l’aveugle-né, le moment où celui-ci retrouve Jésus. Un dialogue s’engage entre les deux : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » demande Jésus à celui qu’il a guéri (sans donc avoir demandé un témoignage de foi pour le guérir). « Qui est-il Seigneur pour que je croie en lui ? » demande celui qui était aveugle (une réponse qui montre qu’il ne sait pas qui est son interlocuteur). Jésus répond : « Tu le vois, c’est lui qui te parle » (autrement dit tu vois la Parole, ou « les voix »). Et l’homme de dire « Je crois », et de se prosterner devant Jésus, ce qui est une manière de manifester la conscience qu’il a de la présence du divin en cet instant, comme Moïse se voile la face devant le buisson qui brûle sans se consumer, du milieu duquel une voix l’a appelé.

Je n’en dis pas plus, je laisse cela à votre méditation et à vos commentaires. Ne m’en veuillez pas si je suis moins présent dans les prochaines semaines, mais je dois m’atteler à une tâche d’écriture qui va mobiliser mon énergie. J’essaierai de vous envoyer quelques messages, au gré de l’inspiration.

Amitiés

Desiderius Erasme.

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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 20:40

La lecture du rabbin Shapiro (voir mon message précédent) est bien inspirante. Permettez-moi de vous soumettre une devinette qui a germé dans mon esprit en lisant l’un de ses commentaires.

Vous savez qu’on lit dans la Bible, à plusieurs reprises, que l’homme ne peut voir Dieu sans mourir. Ma question est la suivante : à votre avis, pourquoi ? Je ne vous répondrais pas tout de suite, et vous suggère de faire des propositions de réponses en envoyant des commentaires. Je vous ferais part de ce que m’a inspiré le rabbin Shapiro, dans mon prochain message.

En attendant, je voudrais vous faire part du bonheur que j’ai eu à visiter, à la Maison Rouge, à Paris, non loin de la Bastille et de la Gare de Lyon, l’exposition de la collection Olbricht, intitulée « Mémoires du futur » (http://www.lamaisonrouge.org/spip.php?article763), qui est une vraie merveille, mêlant et faisant dialoguer des œuvres d’art anciennes (Dürer, notamment) avec des œuvres contemporaines de grande qualité. Elle est encore visible jusqu’au 15 janvier prochain. À ne pas manquer si vous êtes dans les parages d’ici là. Les œuvres sont rassemblées autour du thème des « vanités » tel qu’on entendait ce mot au xvieet xviie siècle : réflexion sur la destinée humaine face à la mort, à la violence.

Il y aurait bien des choses à dire, sur les œuvres. Je me contenterai de ceci : ce qui est impressionnant, dans ce jeu de dialogue entre les œuvres, c’est de constater la puissance de l’héritage culturel européen qui est le nôtre, à l’heure où nous sommes tentés de croire au déclin, face aux mutations économiques et démographiques. Cela nous dit que nous devons reprendre le chemin de la transmission de cet héritage, car c’est en lui que nous trouverons les richesses de sens qui nous permettront de traverser la difficile transition dans laquelle nous sommes engagés – c’est le sens du titre : « Mémoires du futur ». Les artistes ont commencé, mais c’est à chacun que revient cette tâche, cette mission, qui commence par faire l’effort de revisiter notre culture, non pas de manière passéiste, mais pour en retrouver les forces vives.

Rappelons-nous que cet appel à la transmission traverse de part en part toute l’Écriture sainte. Non pas une transmission figée, mais un renouvellement de sens dans lequel nous nous engageons. Il y a là, à mon avis, une immense et formidable aventure spirituelle à vivre. Et nous pouvons nous réjouir d’être invité à la vivre. Pour ma part je suis convaincu que celui qui s’engage sur le chemin du renouvellement du sens de l’héritage – et donc de la Parole –, à des fins de transmission, celui-là, au bout du compte, en saura davantage sur Dieu, car il fera l’expérience même de Jacob (dans le livre de la Genèse) qui s’écrie : « Dieu était là et je ne le savais pas ! »

Ceci n’est pas sans rapport avec ma devinette, mais je n’en dis pas plus. J’attends de lire vos réponses.

Amicalement

Desiderius Erasme

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